Mémoire sur les galles
(Lu à la Société de biologie en 1848.)
J’ai démontré, dans ce mémoire, l’analogie singulière qui existe entre ces productions anormales et les fruits, tant sous le rapport de la structure anatomique que sous celui de la composition chimique. La comparaison se soutient jusque dans les moindres détails de l’organisation. Ainsi, dans une galle parfaite, on trouve successivement, de dehors en dedans : 1° un épicarpe coloré des teintes les plus vives ; 2° une enveloppe charnue, espèce de sarcocarpe, dans laquelle l’auteur a découvert du sucre de glycose ; 3° un endocarpe formé par du tissu scléreux, identique avec celui du noyau des fruits, et constituant une coque dure et brunâtre ; 4° enfin, une masse de tissu mou, très-chargé de fécule qui représente un véritable albumen farineux, et sert, en effet, à la nourriture de l’œuf et de la larve. Je résume ces analogies en disant : qu’une galle est une sorte de fruit monstrueux dans lequel l’ovule a été fourni par un animal et les enveloppes par une plante. Je remarque aussi que les formes des galles rappellent parfois celles des organes normaux des végétaux qui les portent, et que les modifications de ces formes sont les résultantes des influences combinées de l'espèce de l’insecte et de celle de la plante.
106. Note sur les tumeurs du pommier produites par le puceron lanigère.
(Lue à la Société de biologie en 1848.)
L’étude de ces tumeurs et d’autres productions analogues m’a conduit à établir qu’en général, le travail hypertrophique, dans les végétaux, porte sur le tissu cellulaire, et non sur les vaisseaux.
Ces deux derniers travaux, communiqués à la Société de biologie à une époque (1848) où elle n’avait pas encore de publications régulières, sont restés inédits.
107. Découverte d’un nouveau champignon dans les olives malades. (Société de biologie, 1849.)
Cette espèce, appartenant au genre Fusarium , été nommée F. microphlyctis par C. Montagne, parce qu’elle est située sous des phlyctènes épidermiques de l’olive.
108. Mémoire sur T altération de la tige des céréales observée récemment en France, et désignée sous le nom de maladie du blé , par MM. C. Montagne, A. Gubler et E. Germain de Saint-Pierre.
(Comptes rendus et Mémoires de la Société de biologie, 1851.)
Les auteurs, décrivant cette altération, font voir que l’affection primitive se manifeste par des taches brunes, colorant toute l’épaisseur du chaume, indépendantes de la présence des insectes, et aussi de celle des mucédinées, puisque ces champignons parasites ne s’établissent au niveau des taches que lorsque le chaume est déjà altéré. Ils montrent que l’altération siège dans les liquides de la plante, et frappe de mort les points d’abord circonscrits où elle se manifeste, puis la plante entière quand, un anneau de la base de la tige étant complètement envahi, la sève ascendante est arrêtée, et, par suite, la nutrition. L’altération ne paraît se manifester avec ces signes qu’à une époque déjà avancée delà végétation. Elle semble due à des circonstances extérieures météorologiques et chimiques, soit à la'nature des matériaux nutritifs, soit plus probablement à l’influence des variations de la température.
109. Observations sur quelques plantes naines , suivies de remarques gé¬
nérales sur le nanisme dans le règne végétal.
(Lues à la Société de biologie en 1848 et publiées dans ses Mémoires en 1851.)
Dans ce mémoire, j’établis qu’il existe en botanique un nanisme accidentel, ou proprement dit, et un nanisme normal ou pygméisme , entraînant l’un et l’autre, pour les végétaux qu’ils affectent, des réductions de nombre dans les parties de la fleur, et même dans le système foliacé. Je signale, en outre, un nanisme partiel ou local, quand, par exemple, des plantes, d’ailleurs bien développées, portent des fleurs extrêmement exiguës, et dont le nombre des parties a diminué. Puis je démontre, par de nombreux exemples, qu’en vertu de cette loi de réduction, les organes,
exubérants, résultant de ce qu’on a nommé en morphologie les dédoublements latéraux et parallèles, disparaissent les premiers ; mais, qu’à un degré plus avancé, les parties fondamentales elles-mêmes diminuent de nombre et tendent à revenir à ce type primitif et fréquent dans lequel le nombre des pièces de chaque verticille de la fleur ne dépasse pas celui des feuilles nécessaires pour faire le tour complet de la tige, ce qui confirme l’analogie des verticilles floraux avec les cycles foliacés. Entrant enfin dans l’examen des cas particuliers, je donne les règles principales suivant lesquelles la réduction s’effectue dans les différents verticilles. Je tire des faits précédents cette conclusion : que l’identité de composition numérique des verticilles floraux ne saurait avoir, dans les classifications naturelles, l’importance qu’on lui attribue, puisque le nanisme peut la détruire dans quelques représentants de chaque espèce.. Je pense qu’en tenant compte de ce constant effet du nanisme, on arrivera à réunir des espèces que ce caractère avait fait préparer, malgré leurs affinités.
110. Fasciation du CYTisap Làburnum avec inflorescence acrogène,
Wfloraison automnale.
(Bulletijfde Société botanique de France, 1859.)
Après avoir décrit cette fasciation, qui porte sur une seule branche de l’arbre, je l’attribue à une exubérance dans le système végétatif de cette branche, exubérance attestée par le volume des rameaux et des bourgeons, ainsi que par la multiplicité des feuilles. Je montre que là, comme dans toutes les fasciations, les bourgeons terminaux se développent aux
dépens des latéraux, et que l’inflorescence générale est, selon mon expression, acrogène ou indéïinie, au lieu d’être acropleurogène ou mixte. Enfin c’est par cette même exubérance, et en s’appuyant sur ce fait : que toutes les plantes dont le feuillage est abondant sont peu fertiles, et inversement, que j’explique la floraison tardive.
111. Étude tératologique sur une anomalie du Pinus pinea constituée par la permanence de la foliation primordiale, transitoire.
{Société botanique de France, 1861.)
Après avoir rappelé que des différences considérables s’observent souvent entre les individus d’une môme espèce, suivant qu’ils sont jeunes ou vieux, j’établis que ces métamorphoses, depuis longtemps connues dans les cryptogames, s’observent aussi, bien qu’à un degré moindre, dans les dicotylédones, ainsi dans le genre Pinus, et dans d’autres Conifères.
M’appuyant sur un travail de M. Tristan, qui montre que la situation naturelle des feuilles du Pin est semblable à celle du Sapin, mais que ces feuilles ne se montrent dans leur état naturel que les deux premières années, et que les prétendus faisceaux de feuilles qu’on rencontre plus tard ne sont que des rameaux avortés, j’explique par ces données les différences qu’on observe dans les deux formes infantile et adulte du Pinuspinea, et prouve que l’anomalie est due à ce que les individus qui la présentent, placés dans des conditions défavorables, n’ont pu se développer suffisamment pour atteindre à la forme adulte et ont conservé la forme infantile. Essayant enfin de classer cette anomalie, je constate qu’elle ne trouve sa place dans aucune des classifications admises, et la compare à ces arrêts de développement décrits par Isid. Geoffroy Saint-Hilaire dans sa Tératologie animale, et dans lesquels l’animal a conservé jusqu’à sa naissance et au delà les attributs de la vie embryonnaire ou fœtale. Mais en tenant compte de l'individualité imparfaite des phytons, je pense que cette anomalie, pour laquelle je propose le nom d 'anomalie par stase morphogénique, et qui est un arrêt de développement par rapport à l’espèce, doit trouver place dans une nouvelle série de déviations que caractérise la permanence d’un type transitoire, et où elle se rangerait naturellement audessus des arrêts de développement d'un organe ou d’un appareil qu’on pourrait appeler stases organogéniques.
112. Des anomalies aberrantes et régularisantes à propos de deux cas tératologiques, l'un de géantisme et l'autre cf herma»h rodisme, observés sur le Pistacia lentisgus.
(Société botanique de France, 1862.)
Rappelant le fait cité plus haut des métamorphoses que subissent les ^plantes avec l’âge, et des anomalies avec persistance d’une forme transitoire qui en sont parfois la conséquence, j’établis un fait plus général encore, à savoir : que toute déviation tératologique reproduit un type normal, appartenant à un genre de la famille de la plante déviée, ou d’une famille voisine. Je montre qu’on retrouve, dans les différentes classes du règne végétal, au milieu de la diversité apparente des formes, un fond commun des caractères essentiels qui lient étroitement entre eiix les êtres composant ces grandes divisions ; et je m’appuie sur cette idéa^d'un premier type semblant avoir servi de modèle à toutes les autrui créations pour diviser les anomalies en deux classes comprenant des ordres de faits directement opposés. Dans la première, la déviation rapproche l’individu qui la porte d'une espèce de forme irrégulière et insolite ; dans la seconde, elle fait rentrer momentanément l’espèce, par le sujet anormal, dans la règle commune, dont elle s’éloignait naturellement. Je propose
d’appeler les anomalies qui ramènent au type régulier, régularisantes ou réintégrantes , et celles qui en éloignent, aberrantes; et je montre qu’elles s’observent dans les organes axiles et foliaires aussi bien que dans les organes reproducteurs. Décrivant ensuite les deux cas qui m’ont suggéré ces réflexions générales, j’établis, à propos de l'un, que l’hermaphrodisme accidentel est probablement un fait général dans les plantes unisexuées ; et à propos de l’autre; j’appelle l’attention sur la multiplication des pièces florales sous l’influence d’un excès d'activité nutritive et formatrice constituant le géantisme , et qui offre la contre-partie exacte du phénomène de réduction que je décris dans le nanisme.