Contractilité des veines
(Comptes rendus de la Société do biologie et Gazette médicale, 1849.)
Des expériences aussi nettes que simples démontrent cette contractilité sur les veines dorsales de la main, à l’état normal.
Depuis lors, généralisant ces expériences, j’ai interprété, par la contractilité longtemps méconnue des vaisseaux sanguins, plusieurs phénomènes morbides du plus grand intérêt. Ainsi, dans le cours de pathologie et de thérapeutique générales que j’ai professé à la Faculté de médecine dans le semestre d’hiver 1858-59, ayant eu à signaler, à propos de la fièvre, ces brusques alternatives de rougeurs congestives et de pâleur qui, dans toutes les maladies fébriles graves, s’observent à la peau soit spontanément, soit à la suite d’une friction rapidement faite avec l’ongle, j’ai expliqué ce curieux phénomène par l’irritabilité alors exagérée de la couche contractile des vaisseaux du derme. J’ai montré que, dans la congestion périphérique des fièvres, sur une peau d’une blancheur en apparence normale, les vaisseaux se rétractent subitement sous l’excitation légère du doigt; les figures tracées se dessinent en blanc au bout de quelques secondes. Le phénomène seTnanifeste mieux encore toutes les fois qu’il existe un érythème cutané, comme dans la scarlatine ou à la suite de l’application d’un sinapisme. Lorsque la friction est plus énergique, elle développe au contraire une rougeur plus intense (tache méningitique de M. Trousseau) due, soit à une expansion active des parois des capillaires, soit à la paralysie consécutive à l’excès d’action.
Ces phénomènes, et quelques autres observés du côté de la contractilité musculaire, révèlent une sorte 6!indépendance organique en vertu de laquelle chaque tissu, chaque élément momentanément affranchi de la domination du système nerveux, répond immédiatement à l’excitation du dehors.
6. Développement anormal des follicules mucipares dans la vésicule biliaire ,
(Société de biologie, 1849.)
Dans deux cas d’altérafion du foie, j’ai trouvé sur les parois de la vési«r cule biliaire de petites tumeurs verdâtres dont le sommet était marqué d’un point noir, comme celui des tannes, et qui étaient produites par un développement morbide des follicules mucipares. Ces deux faits confirment pleinement l’opinion émise par quelques anciens anatomistes.
admise par M. le professeur Gruveilhier, à savoir : que la vésicule du fiel, comme les membranes analogues, est pourvue de follicules muqueux. ♦
7. Mémoire sur un cas de dilatation variqueuse du réseau lymphatique superficiel du derme. Emission volontaire de lymphe, par M. Desjarjardins. Analyse de cette lymphe et réflexions par MM. Gubler et Quevenne.
[Mémoires de la Société de biologie et Gazette médicale, 1854.)
Ce cas, du plus haut intérêt, était précieux surtout parce qu’il a permis de recueillir une assez grande quantité de lymphe, qu’on pouvait considérer comme normale. Cette Jymphe a été plusieurs fois soumise à l’analyse chimique par Quevenne et à l’examen microscopique par moi-même. J’ai pu déduire de ce double examen cette conclusion importante : que la lymphe ne diffère du sang que par léfe quantités absolues et les proportions relatives de ses éléments qui lui sont, d’ailleurs, presque tous communs avec ce dernier. J’ai notamment signalé dabs la lymphe la présence, à l’état naissant, pour ainsi dire, de globules sanguins, reconnaissables â leurs petites dimensions et à leurs formes sphériques ; et ce fait, accepté par M. le professeur Longet, a été utilisé par ce savant physiologiste dans sa synthèse des fonctions d’hématose. Je m’en suis également servi, comme on le verra plus loin (n° 29), dans mon travail sur Y Hématurie de T lie de France. Au reste, cette observation capitale m’avait conduit â'considérer le système lymphatique comme l’appareil où débute l’élaboration du sang, et peut être considérée comme le point de départ de l’opinion qui commence à prévaloir sur ce point de physiologie.
8. Mémoire sur les abcès dés annexes de T utérus qui suivent le trajet du ligament rond.
(Union médicale, 1856.)
Celte terminaison des phlegmons du ligament large pouvait être prévue, d’après les résultats acquis en anatomie régionale, par les travaux de MM. Velpeau et Denonvilliers, confirmés depuis par ceux de MM. Jarjavay et Richet, mais elle n’avait pas encore été décrite. J’en indique le trajet anatomique, les signes et le traitement.
9. Les éléments microscopiques morbides ramenés aux types histologiques normaux par les lois de la pathologie et de la tératologie.
Ainsi que mon maître, le professeur Velpeau, a bien voulu le déclarer dans son Traité des maladies du sein, j’ai été l’un des premiers à poser les bases de la doctrine physiologique des éléments histologiques des tumeurs et des produits morbides, professée maintenant en Allemagne et en France par l’élite des micrographes. Pour moi, comme pour M. le professeur Robin, il n’existe pas d’éléments spécifiques du tubercule ni du cancer ; le corpuscule du premier et la cellule du second ne sont que des modifications des éléments normaux des organes qui sont le siège de la . dégénérescence. En général, toute forme morbide d’élément histologique s’explique par des altérations de composition, de structure, de consistance et de coloration comparables à celles qui atteignent les organes plus complexes ouïes individus entiers, dans l’état de maladie. On y reconnaît . également des déviations tératologiques, telles que le nanisme et le géantisme, la fusion de deux cellules en une seule avec un seul ou deux noyaux, la scission d’une cellule en deux, etc.
Ces idées, appuyées sur de nombreux exemples, ont été exposées devant la Société de biologie en 1849, dans une série de conférences à l’hôpital Beaujon en 1855, et développées dans le cours de pathologie et de thérapeutique générales de la Faculté de médecine en 1858-59, puis résumées dans un article publié la même année par la Gazette des Hôpitaux'.
10. De la sensibilité récurrente envisagée comme phénomènes de sensation réflexe .
(Comptes rendus et Mémoires de la Société de biologie et Gazette médicale, 1859.)
Il est positivement démontré, par les expériences de Magendie et de M. Claude Bernard, qu’il existe des manifestations douloureuses chez les animaux auxquels on irrite le bout périphérique d’une racine antérieure, séparée de la moelle par une section complète.
Pour expliquer ce phénomène, dit de sensibilité récurrente, il suffit d’admettre que l'influx nerveux se transforme en passant d’un ordre de nerfs à l’autre ; qu’ainsi un courant contrifuge, arrivé à l’extrémité d’un rameau moteur, s’y métamorphose en courant centripète revenant par le nerf de sentiment. C’est par ce passage et par cette métamorphose que je me rends compte du phénomène en question.
Pour expliquer la transformation de l'influx nerveux, je rappelle que
dans les mouvements réflexes, le changement du courant sensitif en courant moteur paraît se faire dans la substance grise de la moelle, formée en grande partie de cellules multipolaires. Puis, m’appuyant sur l’existence de cellules semblables vers les extrémités périphériques des nerfs, j’émets l'opinion que ces cellules, démontrées par Remak et d’autres anatomistes, ont également pour fonction de servir d’intermédiaires entre les deux ordres de filets nerveux, et qu’elles constituent, à la périphérie du corps, une sorte de moelle dissociée et diffuse.
Cette théorie fait comprendre comment la lésion d’un nerf moteur donne lieu à une douleur ressentie, non au point affecté, mais vers l’extrémité du cordon nerveux, ce que je désigne sous le nom de périphérisme des sensations. Je montre comment, les filets moteurs irrités transmettant l’excitation jusqu’à leur extrémité terminale, et l’impression ne commençant qu’à l’origine des filets sensitifs, cette excitation est naturellement rapportée à ce dernier point. J’ai fait, en outre, à plusieurs autres phénomènes physiologiques l’application de cette théorie, à laquelle M. le professeur Longet a donné place dans sa discussion des faits de sensibilité récurrente.
11. Névralgie réflexe et, plus tard, anesthésie d.u trijumeau en rapport avec une névrite du tronc du facial et une paralysie incomplète du côté correspondant de la face.
(Extrait de la Gazette médicale, 1864.)
Pour expliquer une névralgie de toutes les branches d’un nerf trijumeau, consécutive à un abcès de l’oreille ayant donné lieu à la paralysie du facial correspondant, on peut avoir recours à la théorie des sensations réflexes. Je rappelle que le nerf facial, dans l’opinion défendue par M. Longet, n’est autre que la racine motrice d’une paire nerveuse dont la racine sensitive est représentée par le-trijumeau, et qu’en conséquence ses extrémités périphériques doivent être en communication avec celles du nerf de la cinquième paire ; dès lors, il.est rationnel d’admettre qu’une irritation partie du tronc du facial, se transmettant aux filets sensitifs de la face, se manifeste par de la douleur dans le côté correspondant. D’où l’opinion qu’il existe ainsi une classe de névralgies réflexes, en rapport avec des lésions anatomiques bornées aux origines des nerfs de mouvement.
12. Rapport sur le prix Godard fait à la Société de biologie, 1865,
Dans ce rapport, fait au nom d’une commission composée de MM. Charcot, Martin-Magron, Robin, Vulpian et Gubler, rapporteur, cherchant
à expliquer l’action prédominante de la strychnine sur les muscles extenseurs et sur ceux qui déploient le corps, et rapprochant ce fait des cas pathologiques où la paralysie frappe de préférence ces mêmes puissances contractiles, j’émets l’hypothèse d’une région spinale spécialement dévolue aux muscles extenseurs, laquelle posséderait une moindre faculté de retenir et de condenser la force, ce qui rendrait compte de la production plus facile des paralysies en même temps que de la stimulation plus énergique par les agents excito-moteurs.
13. Cœur d'adulte avec persistance du trou de Bolal, et communication des deux ventricules à travers la cloison interventriculaire.
(Société de biologie, 1861.)
Dans ce cas fort curieux, où l’aorte naît à la fois de deux ventricules, je fais ressortir l’analogie qui existe entre l’absence d’une portion de la cloison interventriculaire chez cet adulte et l’ouverture qu’on rencontre dans le même point chez les Ophidiens. M. le docteur Jacquart, étudiant ce fait au point de vue de l’anatomie comparée, a présenté ailleurs sur cette analogie des considérations intéressantes. (Annales des Sciences naturelles; Zoologie.)