DEUXIÈME PARTIE
Anatomie et physiologie pathologiques générales
§ 1. — Suppuration et infection purulente.
Parmi les inflammations exsudatives, la plus importante, comme caractérisant au plus haut degré le processus inflammatoire, est évidemment l’inflammation suppurative.
Peu de temps après que Cohnheim eut fait connaître ses recherches sur la diapédèse et sur la suppuration, j’en fis, sous la direction de Vulpian, la critique expérimentale et je pus y ajouter quelques faits nouveaux.
Voici les principales conclusions des études que j’ai entreprises sur
Les phénomènes vasculaires produits par une irritation locale dépendent de conditions nombreuses qui rendent leur étude très complexe. Toutefois, pour que la suppuration se produise, il faut que l’irritation détermine une gêne de la circulation et non une stase complète.
Au moment où se fait l’apparition du pus, les phénomènes vasculaires le plus souvent réalisés sont :
t" Contraction et état moniliforme des aet^érioles ;
2” Dilatation des capillaires ;
3" Dilatation des veinules, beaucoup plus prononcée que la contraction des artérioles.
En même temps, il y a toujours un ralentissement plus ou moins marqué du cours du sang, tandis qu’autour du point irrité tous les vaisseaux sont élargis et la circulation très active.
Dans ces conditions, il se forme, d’une manière en quelque sorte mécanique, une accumulation de globules rouges et de leucocytes dans les capillaires, et, dans les veinules, un tassement des globules blancs le long de la paroi interne.
En vertu de ce nouvel état des vaisseaux et de leur contenu, un grand nombre de globules blancs ne sont plus soumis qu’à, une impulsion s’exerçant de dedans en dehors ; complètement arrêtés et poussés excentriquement par l’augmentation de tension dans les vaisseaux, ils tendent à traverser la paroi vasculaire.
On peut alors assister, en examinant un certain nombre de tissus suffisamment transparents, au phénomène de la migraticn des globuks blancs à travers la paroi des vaisseaux.
Dans les points où la stase est complète, un certain nombre de globules rouges s’extravasent également mr diapédèse.
Ces phénomènes se produisent sans qu’il y ait destruction de l’épithélium, et les éléments sortent simplement en passant à travers les intervalles qui séparent les cellules épithéliales et qui doivent être notablement agrandis par 1 élargissement souvent considérable des vaisseaux.
—Onvoitquelacauseprochainedeladiapédèseestd’ordremécanique. 11 faut qu’il y ait obstacle au cours du sang dans le réseau capillaire, sans que la circulation soit complètement interrompue. En étudiant les hématoblastes dans les vaisseaux du mésentère exposé à l’air, j’ai pu reconnaître la cause de cette sorte d’engorgement incomplet du réseau capillaire. Que la cause phlogogène agisse directement sur les éléments du sang ou indirectement par l’intermédiaire d’une modification des parois vasculaires, elle atteint les hématoblastes. Ceux-ci se réunissent en amas plus ou moins volumineux, s’agglutinent. Les masses plus ou moins visqueuses qu’ils forment passent difficilement à travers le réseau capillaire et contribuent à ralentir le cours du sang; bientôt quelques-unes d’entre elles sont assez volumineuses pour
bloquer un certain nombre de capillaires. Ce sont ces petits obstacles au cours du sang qui expliquent les autres faits concernant la stase inflammatoire.
Le sang lui-même joue donc un rôle considérable dans le processus de la suppuration, rôle resté jusqu’alors méconnu et plus important que les troubles yaso-moteurs invoqués par la plupart des auteurs.