TRAVAUX
et, en dernier lieu, tend à se substituer aux parties malades.
2” La gastrite interstitielle est caractérisée par la prédominance des lésions du tissu conjonctif qui paraissent primitives et commandent les lésions glandulaires souvent prononcées, mais toujours de
nature régressive et dégénérative. La forme subaiguë est caractérisée par une infdtration lymphoïde et leucocytaire plus ou moins généralisée, souvent avec pénétration des leucocytes jusque dans les tubes glandulaires, d’une part, et, de l’autre, jusqu’à la surface de la muqueuse. Les leucocytes peuvent pénétrer dans les éléments propres des glandes elles traverser (fig. 32).
La forme chronique ou scléreuse qui succède généralement à la précédente est une sorte de cirrhose stomacale. Les tubes sont séparés tes uns des autres par de larges bandes de tissu scléreux ; ils sontpeu nombreux, grêles, souvent monilifor-
Cette variété de gastrite se termine habituellement par atrophie, plus rarement par transformation muqueuse.
3* La gastrite mixte ou totale est de beaucoup la plus commune. Les altérations portent à la fois sur les épithéliums glandulaires et sur le tissu conjonctif.
Du côté des glandes, l altération prédominanti multiplication des cellules principales.
Le tissu est moins abondant, plus lâche que dan tielle; il est, par places, le siège d’amas ou d'infdtrations de cellules lymphoïdes. /jj Après une période d’état souvent pro- B longée, la lésion tend vers l’atrophie. 6 Mais elle n’aboutit généralement pas à \ l’atrophie simple. Beaucoup plus fréquemment, elle conduit à la transformation
4° Processus terminaux. — La trans- 1' formation muqueuse a pour point de J départ l’appareil muqueux qui, normale- J ment, tapisse toute la surface de l’estomac en s’enfonçant dans les entonnoirs glandulaires jusqu’au collet des glandes. Elle se développe en trois stades successifs.
Le premier stade (ou stade de préparation) commence au moment où la gastrite j primitive est parvenue à la phase d’atrophie. Les goulots des glandes s’élargissent et sont le siège d’une prolifération cellulaire qui est surtout prononcée au niveau des collets.
Au deuxième stade, de l’épithélium proliféré i des bourgeons embryonnaires simples ou digités, les cavités des glandes en voie d’atrophie.
Enfin, au stade ultime, les nouvelles glandes ontt seur de la muqueuse et forment un appareil dans muqueux des éléments épithéliaux s’est accentué de son développement,
La transformation muaueuse constitue le mo
ordinaire do la gastrite mixte. C’est une sorte d’effort de régénération glandulaire, mais incapable de reproduire les glandes anciennes. Le type auquel il aboutit est sensiblement te même que celui des glandes intestinales (fig. 33).
h'atrophie gastrique représente la phase ultime de la plupart des gastrites.
Lorsque l’atrophie est extrême, la muqueuse, réduite à, une lame d’un tiers de millimètre h un demi-millimètre d’épaisseur, environ, est dépourvue de plis, complètement lisse. Elle est constituée par une trame conjonciive plus ou moins riche en éléments embryonnaires. dans laquelle on trouve quelques tubes glandulaires courts, offrant le type muqueux ou pylorique, parfois un type indifférent, plus rarement un type peptique avec quelques cellules do bordure. La surface est plane, creusée, de distance en distance, de petits entonnoirs glandulaires et revêtue d’une couche d’épithélium cylindrique bas. Parmi les éléments qui infiltrent la trame conjonctive, on trouve souvent un grand nombre de corps hyalins dont la nature est inconnue.
L’atrophie de la muqueuse coïncide le plus souvent avec une atrophie de la paroi musculaire.
Chez un malade mort de péritonite suraiguë par perforation de la paroi stomacale, j’ai trouvé, sur la face antérieure de l’estomac, au voisinage du cardia, deux ulcères nettement arrondis, cratériformes, dont l’nn était perforé.
A l’examen histologique, la muqueuse présentait dans la région de la grosse tubérosité, au niveau et autour des lésions ulcéreuses, un épaississement considérable. Cet épaississement était d(i à lar production d’un tissu adénomateux dans lequel se trouvaient taillés les ulcères et qui était constitué par des grappes de vésicules arrondies, tapissées d’épithéliums pavimenteux h noyau basal, reproduisant le type des glandes de Brunner. L'adénome
MALADIES
DE l’estomac
paraissait s’être développé dans la couche profonde de la muqueuse, au niveau de la musculaire muqueuse ; il avait pris l’apparence d’une nappe très étendue en soulevant, d’une part, la couche glandulaire et en repoussant, de l’autre, les tuniques celluleuse, musculaire et séreuse. Le tond de l’ulcère non perforé était formé par une lame fibreuse épaisse, ses bords par la couche adénomateuse évidée en entonnoir. Latéralement, on trouvait au-dessous de cette dernière couche la tunique celluleuse épaissie, la couche musculaire, puis une autre couche cellulo-fibreuse, plus épaisse que la première, qui correspondait au tissu conjonctif sous-péritonéal.
J’ai, dans un autre cas, trouvé une néotormation analogue en voie de transformation cancéreuse, au niveau d’un ulcère ancien de la région pylorique.
Ces deux observations m’ont donc permis de démontrer l’existence d’une variété d’adénome ou de polyadénome gastrique, constituée exactement sur le type des glandes de Brunner. Ce polyadénome semble partir du fond de la muqueuse. l)e là, il ne tarde pas à perforer la musculaire muqueuse pour atteindre tout son développement dans la couche sous-muqueuse. 11 peut siéger en divers points de l’estomac. Quand il se forme au voisinage de la valvule pylorique, on peut admettre qu’il provient d’une hypertrophie envahissante des glandes de Brunner situées sur le versant duodénal de cette valvule. Quand il se développe dans la région du cardia, l’origine en est plus obscure.
MM. Soca et Bensaude, qui en ont observé récemment un cas intéressant, ont confirmé entièrement ma description. Ils pensent que ce type de tumeur a peut-être pour point de départ des glandes de Brunner aberrantes.
§ IV. — Pathologie.
Les gastrites naissent sous l’influence de causes qui agissent souvent sur un terrain préparé ou prédisposé.
TRAVAUX SOIENTIPIQUES
Les causes déterminantes sont de quatre ordres différents qui permettent de classer les gastrites en ; 1” gastrites par vices de l’hygiène alimentaire ; 2“ gastrites toxiques ; 3° gastrites infectieuses ; 4° gastrites d’origine mécanique.
Parmi toutes ces causes, il en est une sur laquelle j’ai tout particulièrement attiré l’attention, c'eil l’abus des médicaments. Cet abus produit les effets les plus déplorables. On peut incriminer tous les médicaments, les plus inofîensifs devenant nocifs quand on en continue l’usage d’une façon prolongée.
La gastrite peut avoir pour origine première une intervention médicamenteuse au cours d’une maladie de longue durée. C’est ainsi que l’administration du copahu, du santal, du cubèbe dans la blennorragie, du mercure, de l’iodure, du sirop de Gibert dans la syphilis, du salicylate de soude, de la quinine, de l’antipyrine dans le rhumatisme, etc., etc., ont une action plus ou moins marquée sur l’estomac.
Plus souvent encore, la gastrite médicamenteuse apparaît comme surajoutée à un état gastrique préexistant, né sous l’influence d’autres causes et aggravé par l’usage prolongé des médications les plus diverses. Le nombre des faits de cette espece est véritablement considérable. Il faut signaler comme particulièrement nuisibles les préparations de colchique, de strychnine, les différents calmants, les purgatifs répétés (drastiques, salins).
L’inflammation gastrique peut encore être due à, l’action de certaines substances, qui, introduites par une voie quelconque pu formées dans l’organisme lui-même, sont éliminées par les glandes de l’estomac. L’émétique, les iodures et beaucoup d’autres substances agissent ainsi.
Dans certains cas, l’abus des médicaments est tel qu’il se développe un état d’empoisonnement chronique. 11 peut se faire, quand les médicaments sont dépourvus d’effets irritants sur la muqueuse stomacale, que cet empoisonnement général soit le fait prédominant et qu’on doive lui attribuer certains troubles de la fonction chimique.
C'est ce qu’on observe, par exemple, chez les malades qui font un
MALADIES
l’estomac
usage habituel et immodéré de bicarbonate de soude. On peut alors voir se développer une hyperchlorhydrie tellement considérable, que l’acide chlorhydrique libre devient presque le seul facteur de l’acidité
La gastrite médicamenteuse et l’empoisonnement chronique qui succèdent à l’absorption des médicaments doivent être, en outre, considérés comme les principales causes déterminantes des désordres nerveux locaux ou généraux qui viennent si souvent compliquer les gastropathies primitivement simples.
— Dans tous les cas où les malades ont pris pendant assez longtemps des médicaments, l’analyse du suc stomacal fournit une indication particulière dont il faut être prévenu. Le type chimique et fonctionnel réel se trouve masqué par les effets se rapportant à l’effet médicamenteux. Ce type peut être définitif; mais assez souvent, après une période plus ou moins longue d’abstention de toute médication, il se modifie. On voit alors reparaître un type plus simple, directement lié à l’affection primitive, type qui reste absolument invariable, tant que les malades ne reprennent plus de médicaments.