RAPPORTS PRÉLIMINAIRES
Pendant toute cette expédition j’ai exigé de chacun des membres de l’Etat- Major qu’il me fût remis un rapport mensuel sur les travaux exécutés. Je m’astreignais bien entendu moi-même à cette obligation pour tout ce qui me concernait personnellement et je mettais au net et classais au fur et à mesure tous ces documents,
Il me suffit de quelques jours pendant l’escale de Montevideo, exigée par les réparations du bateau, pour grouper définitivement ces documents, les corriger une dernière fois et les expédier à l’Académie des Sciences.
Cette haute Assemblée décida l’impression immédiate de ces Rapports préliminaires et la prit à sa charge 1 , de sorte qu’avant même que le Pourquoi pas? ne fût rentré en France le monde savant était officiellement au courant des travaux et de quelques-uns des résultats de la Deuxième expédition antarctique française. Je dois ajouter que çette innovation créa un certain étonnement dans les milieux scientifiques qui ne lui ménagèrent pas leur appréciation flatteuse.
Tout comme pour l’expédition du Français, je me contenterai d’invoquer ces rapports préliminaires, mais, comme ils constituent un gros fascicule de plus de 100 pages, je ne reproduirai que leur résumé qui fut rédigé dans la préface par M. le Professeur Joubin sur la demande de l’Académie des Sciences.
1. Institut de France. Académie des Sciences. Rapports 'préliminaires sur Us traoaux exécutés dans l’Antarctique par la mission commandée par M. le D’ Charcot, de 1908 à 1910. Paris, Gauthier-Villars,
« Topographie côtière et sondages. — Des levés de plans ont été exécutés à l’île Petermann, à Pendulum Cove (île Déception), à Admiralty bay; de nombreux sondages ont été exécutés dans ces localités.
« 5. Travaux météorologiques. — Us avaient été confiés à M. Rouch, dont les observations ininterrompues sont actuellement en voie d’élaboration définitive. Les observations se divisent en deux parties, celles prises pendant l’hivernage à l’île Petermann et celles faites pendant les deux campagnes d’été.
« Pendant l’hivernage deux observatoires complets de premier ordre, l’un au niveau de la mer, l’autre à 35 mètres d’altitude, ont été soigneusement installés. La série complète de tous les éléments a été recueillie et il a été possible d’établir des comparaisons intéressantes dans les couches basses de l’atmosphère. Ces observations ont été complétées par des mesures de température du sol, d’actinométrie et des séries à diverses altitudes.
« Pendant les campagnes d’été, un observatoire de premier ordre était établi à bord, et parmi les résultats les plus intéressants il faut noter trente-six jours d’observations à l’île Déception et des observations prises dans le Pacifique du Sud. Toutes ces observations seront particulièrement intéressantes pour l’étude des coups de vent si fréquents dans ces régions; elles pourront être comparées à celles faites aux observatoires de Punta-Arenas, d’Ushuaïa, de l’île des Etats et des Orcades du Sud. Le dépouillement de toutes ces observations a été fait sur place.
« Électricité atmosphérique. — M. Rouch a pu enregistrer la valeur du gradient potentiel de l’atmosphère pendant une période d’environ dix mois. C’est la première fois que des appareils enregistreurs fonctionnaient dans l’Antarctique. Le dépouillement révèle une variation annuelle très nette avec minimum en juin et une variation diurne à simple période avec minimum vers 4 heures du matin. Ces observations ont été complétées par des mesures de la conductibilité électrique de l’air à l'aide de l’appareil du Père Gerdien. En moyenne, la conductibilité de l’air est parfaitement inverse du gradient potentiel.
« Océanographie physique. — Environ cent sondages, dont treize dépassent 1 000 mètres, ont été effectués; deux cents échantillons d’eau de mer à la surface et en profondeur ont été recueillis; il a été fait un même nombre de mesures de température; vingt dragages dont le plus profond atteint 450 mètres, et un filet vertical à environ 1 000 mètres constituent l’étude océanographique des eaux de la terre de Graham. Les sondages révèlent un plateau continental très accidenté et le limitent à l’Ouest. Au Nord ils complètent l’œuvre de Nordenskjold dans le détroit de Bransfield, au Sud l’œuvre de la Belgica. Us montrent l’existence d’une fosse de 5 000 mètres complètement inconnue et un exhausse-
et de la banquise le permettait. Vingt dragages, dont la 400 mètres, ont rapporté un grand nombre d’échantill par les spécialistes. Les Spongiaires, les Stellérides, les An ■ les Pycnogonides ont fourni les espèces lès plus nombreui nouvelles. A la fin de l’hiver, quand l’état des glaces i ■plages, de nombreux échantillons d’animaux littoraux pêche au grand filet Richard, par 950 mètres de considérable d’êtres planktoniques.
« Pendant l’été, des recherches d’animaux terr plus grand soin, et ont fourni des Arthropodes ten boles. Diptères; des Crustacés d’eau douce ont été t tant de la fonte des glaces, en particulier des Bran
somme vinrent s’ajouter 14000 francs consentis sur la fondation Loutreuil. Cette publication comprend les travaux suivants réunis en fascicules :
Sciences naturelles : Documents scientifiques.
Némertiens, Céphalopodes, Brachiopodes, par L. Joubin, Professeur au Muséum et à l’Institut océanographique.
Alcyonaires madréporaires, par Ch. Gravier, Assistant au Muséum d’Histoire
Hydroïdes, par Armand Billard, Agrégé, Docteur ès sciences.
Oiseaux antarctiques, par L. Gain, Docteur ès sciences, lauréat de l’Institut, naturaliste de l’Expédition.
1. 2® Expédition Antarctique française 1908-1910, commandée par le Dr Jean Charcot. Sciences
Mélobésiées. Révision des Mélobésiées antarctiques, par Mme Paul Lemoine,
Holothuries, par Clément Vaney, Professeur adjoint à l’Université de Lyon.
Polyclades et Triclades maricoles, par P. Hallez, Professeur à l’Université de Lille. Ptérobranches, par Ch. Gravier, Assistant au Muséum d’Histoire naturelle. Chéiognathes, par L. Germain, Préparateur au Muséum d’Histoire naturelle. Roiifères, par P. de Beauchamp, Préparateur à la Faculté des Sciences de Paris.
Gastropodes prosobranches, Scaphopodes et Péléclypodes, par Ed. Lamy.
Acariens, par E.-L. Trouessart, Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.
Foraminifères, par E. Fauré-Frémiet.
Annélides polychètes, par Ch. Gravier, Assistant au Muséum.
Astéries, Ophiures et Echinides, par R. Kœhler, Professeur à l’Université de Lyon.
Phytoplancton de VAntarctique, par L. Mangin, Membre de l’Institut.
Cétacés de VAntarctique, par le docteur J. Liouville, Naturaliste et Médecin de .l’Expédition.
Rhizopodes d'eau douce, par E. Pénard.
Embryologie des Sphéniocidæ, par R. Antony, Assistant au Muséum, et L. Gain, Préparateur au Muséum.
Lichens, par M. l’Abbé Hue.
Crustacés isopodes, par Harriett Richardson.
Crustacés parasites, par Ch. Gravier, Assistant au Muséum d’Histoire naturelle. Amphipodes, par Ed. Chevreux, Correspondant du Muséum d’Histoire naturelle. Mallophaga, par L.-G. Neumann, Professeur à l’École nationale vétérinaire de Toulouse.
Collcmboles, par Ivanof.
Carte de la Baie de l’Amirauté.
Carte de l’tle Déception avec carton de la passe et du m Carte des Shetlands du Sud.
L’ensemble de ces deux séries de publications provenaii et de la deuxième expédition antarctique française, qui d’ail encore terminées par suite de l’abondance exceptionnelle c aussi de la difficulté de trouver des suppléments de crédits, pensables, prouve l’œuvre scientifique accomplie par ces d Il serait superflu que je cherche à analyser les fascicule!
contribuer à donner un peu d’éclat à la réputation de la France à l’étranger, on voudra bien m’excuser de reproduire l’opinion émise par l’historiographe de l’Antarctique reconnu comme un des plus, sinon le plus qualifié, Edwin Swift Balch de Philadelphie, que je n’ai pas l’honneur de connaître personnelle Les expéditions de Charcot sont à l'avant-garde des plus marquantes des explorations antarctiques. Personne ne l’a surpassé et peu l’ont égalé comme chef et observateur scientifique. Il est absolument impartial, précis et véridique.
« Sans préjuger de l’avenir, nos connaissances et la science ont été élargies par les splendides efforts des Français qui, avec Charcot à leur tête, ont exploré VAntarctique »
Dans l’obligation de mettre en relief les expéditions que j’ai organisées et conduites et de faire valoir des résultats qui, je me plais à le crier très haut, n’ont été acquis que par le savoir et l’énergie de mes collaborateurs, ainsi que par le travail des savants qui les ont étudiés, après les avoir préparés, je me demande en terminant cet exposé très pénible à écrire pour le principal intéressé, si je n’aurais pu me contenter de reproduire tout simplement sans Commentaire les paroles entendues en Sorbonne le 7 décembre 1910 s ?
Toutefois, les éloges qui me sont adressés personnellement m’auraient fait reculer devant cette reproduction, si prononcés par les savants les plus autorisés, devant un public composé en grande partie de leurs collègues, non
Discours de M. Henri POINCARÉ,
quelques journées brillantes séparées par de lonj