‹ Notice sur les titres et travaux scientifiquesChapitre 11 sur 17 · CRÉATION · texte numérisé non relu

CRÉATION

Tandis que je ramenais le Pourquoi pas ? des mers du Sud en France, j’avais repris le rêve caressé depuis longtemps de voir notre pays doté définitivement d’un navire permettant les recherches scientifiques maritimes de toute nature, physiques et biologiques.

Malgré sa vaste étendue de côtes, malgré ses colonies lointaines, malgré les traditions scientifiques de sa marine, malgré les magnifiques exemples donnés par S. A. S. le Prince de Monaco et ses proverbiales générosités, malgré l’intérêt même qui s’attachait à la prospérité de la pêche et des industries qui s’y rapportent, la France semblait se désintéresser complètement des recherches océanographiques. Il était triste de constater qu’avec la Grèce, la Turquie et l’Espagne, nous étions le seul pays d’Europe ne possédant ou n’armant pas un navire pour ce genre de recherches. La Suisse elle-même possédait un navire limnologique sur le lac' de Genève !

Le Pourquoi pas ?que j’avais fait construire avec tant de soin et aménagé spécialement pour les recherches scientifiques, qui conservait encore tout un arsenal d’instruments et de matériel me paraissait tout à fait approprié à combler cette lacune et je voyais même notre pays possédant un navire lui permettant d’entreprendre non seulement des recherches dans les mers fréquentées mais encore de reprendre les explorations les plus lointaines, lorsqu’il serait possible de réunir les crédits indispensables.

Profitant du mouvement de sympathie créé autour du navire au moment de son retour et voyant mon projet accueilli favorablement par le monde scientifique et le gouvernement, j’obtins que le Pourquoi pas? fût considéré

par les Chambres permettant l’entretien du navire désarmé. Je devais moimême trouver les sommes nécessaires pour assurer les croisières. J’y suis parvenu puisque depuis son retour de l’Antarctique, sauf pendant les années de guerre (durant lesquelles il joua d’ailleurs son rôle) il a pu exécuter tous les ans une croisière scientifique de plusieurs mois.

En 1911, après une remise en état complète exécutée par la Marine dans l’arsenal de Cherbourg, je décidais de conduire le Pourquoi pas? à Saint-Servan, que j’avais choisi comme port d’attache.

En effet je considérais que ce navire devait fournir son maximum de rendement en étant utilisé en dehors de ses croisières comme laboratoire flottant fixe pendant les périodes de désarmement. Pour ce dernier rôle mon choix s’est porté sur Saint-Servan parce qu’à mon avis, partagé d’ailleurs par M. le Professeur Mangin membre de l’Institut, directeur du Muséum national, cette localité constitue de beaucoup le meilleur endroit pour le fonctionnement d’un

De plus la Marine nationale a bien voulu me prêter de grands locaux inutilisés dans l’arsenal de Saint-Servan où je puis mettre en sécurité tout le matériel du navire, ranger et classer les instruments scientifiques, etc.

jusqu’à présent et le rôle que l’on peut encore espérer lui voir jouer. Je puis presque dire que mois par mois il a été amélioré, son matériel et sa bibliothèque enrichis.

Page 1