‹ Notice sur les titres et travaux scientifiquesChapitre 15 sur 25 · FAUNISTIQUE ET SYSTÉMATIQUE · texte numérisé non relu

FAUNISTIQUE ET SYSTÉMATIQUE

1" Faune de France. — La faune des Némertes des côtes de France m’a fourni le sujet de plusieurs publications (2-4-5-8) qui contiennent des aperçus généraux

sur la distribution de ces animaux en profondeur, selon la nature des fonds, et dans les diverses localités des mers qui baignent notre littoral. J’ai pu ainsi établir deux faunes distinctes, l’une méditerranéenne, l’autre océanique et montrer par la statistique des espèces communes le degré de fusion de ces deux faunes.

La recherche de ces animaux, dont beaucoup sont très petits, est longue, souvent pénible et exige une grande habitude. Il m’’aurait certainement été impossible de recueillir le nombre d’observations que contiennent les mémoires que j’ai publiés sur la faune des Némertes, si mes fonctions de préparateur des stations de Roscoff et de Banyuls ne m’avaient, pendant six années consécutives, mis en présence de matériaux précieux et sans cesse renouvelés. Il ne s’est guère fait de dragages ou de chalutage sans que j’y aie recherché les Némertes.

La profondeur à laquelle on trouve les Némertes est assez caractéristique chez la plupart des espèces pour qu’il soit possible de distinguer des zones où l’on est certain de trouver certaines d’entre elles et non d’autres. D’autres espèces, au contraire, passent d’une zone voisine cà celles qui lui sont contiguës. La nature du fond influe beaucoup sur la faune des Némertes, les unes ne quittent pas les trous qu’elles se creusent dans la vase, d’autres les anfractuosités des rochers; certaines se promènent parmi les algues ou parmi les débris de coquilles, ou vivent en parasites dans les Ascidies, les tubes de diverses Annélides, les poils ovigères de certains Crustacés, etc.

Le principal de mes ouvrages sur la faune des Némertes de France (8) est accompagné de 4 grandes planches en couleurs représentant toutes les espèces connues sur nos côtes à cette époque, exécutées pour la plupart d’après mes aquarelles. J’y ai supprimé toutes les descriptions anatomiques qui se trouvent dans mes autres mémoires, ne voulant exposer que les caractères extérieurs, la géographie biologique, la spécification et l’iconographie. C’est donc un ouvrage exclusivement de détermination, le seul qui existait alors, et on peut dire encore, pour les Némertes de France. On y trouve aussi un chapitre spécial sur les Némertes terrestres et d’eau douce.

De l’ensemble de ces considérations, en tenant compte des anciens travaux de Quatrefages et de L. Vaillant, je suis arrivé à établir une répartition des Némertiens en zones correspondant, sur nos côtes océaniques, aux diverses hauteurs des marées et à la nature du terrain. Dans la Méditerranée j’ai montré que les zones littorales se fusionnent en une seule; la faune profonde, du zéro des cartes marines à 80 mètres, présente une grande analogie dans les deux mers.

2° Faune de la Nouvelle-Calédonie. — M. François m’a rapporté de Nouméa quelques Némertes dont j’ai fait l’étude (6).

L’intérêt de cette petite collection consistait dans ce fait que les Némertes de cette île sont à peu près complètement inconnues. Ce sont des Vers habitant pour la plupart les bancs de coraux; il faut en briser, à la pioche et au pic, des fragments dans les anfractuosités desquels on trouve les Némertes.

Les espèces rapportées par M. François sont au nombre de six, dont quatre nouvelles, appartenant aux genres Cerebratulus et Eunemertes. Les deux autres ont été décrites par Bürger dans la faune d’Amboine.

3° Faune Antarctique. — J’ai eu, des deux expéditions du D‘' Charcot, de celle de la Romanche, de celles de la Discovery et du Southern Cross, d’importants matériaux qui m’ont permis de dresser un tableau à peu près complet, pour le moment, de la faune des Némertes antarctiques; j’y ai ajouté les documents fournis par d’autres auteurs. J’ai montré les relations de cette faune avec celle de la région magellanique.

Parmi les espèces les plus intéressantes de cette faune je signalerai celles qui se nourrissent de grosses proies, contrairement à ce que l’on sait de toutes les autres Némertes. J’en ai parlé plus haut, ainsi que de celles qui, peut-être par adaptation mimétique avec les glaces et neiges polaires, sont blanches ; elles sont très voisines, à ce caractère près, des espèces brunes ou rouges des régions magellaniques non polaires. Il faut encore remarquer dans cette faune des espèces incubatrices, c’est-à-dire qui couvent leurs œufs, caractère qu’elles partagent avec un certain nombre d’autres invertébrés polaires.

4“ Faune Abyssale. — Je comprends sous cette dénomination les Némertiens dragués dans les grandes profondeurs par les diverses expéditions du Travailleur et du Talisman (10-11). J’ai publié un mémoire dont j’ai donné précédemment les résultats principaux; ils sont surtout relatifs à l’anatomie de ces Némertes, car je n’ai pu en obtenir de bonnes figures de l’extérieur en raison de leur trop longue conservation dans l’alcool. Ces Némertes abyssales sont cependant fort intéressantes en raison du très petit nombre de documents que l’on possède actuellement sur cette faune.

5“ Faune Batjiypélagique. — J’ai eu l’occasion d’étudier vivantes quelques Némertes bathypélagiques capturées sous mes yeux au milieu de l’Atlantique et

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d’examiner une très importante collection d’autres Némertes de même nature rapportées des croisières du prince de Monaco (13-18-19). Ces animaux sont restés très longtemps connus seulement par quelques exemplaires recueillis par le Challenger et par Agassiz; on n’avait qu’une idée très incomplète de leur nature et même leurs affinités avec les Némertiens n’étaient pas certaines. J’ai eu la bonne fortune de trouver toute une série de ces êtres, de les examiner, en

l ig. 03. — Pelagoncmcrtcs nicliardi* P]iotog;rapliies de runiinat vu par la face dorsale et ventrale grossies environ 7 fois. (Filet pélagique de 0 à 2000 mètres.)

détail et de pouvoir en publier la description. J’y ai trouvé un grand nombre d'êtres-entièrement inconnus.

Ces Némertes ne ressemblent guère à leurs congénères du littoral; elles ont adapté leur structure à la vie pélagique dans les grandes profondeurs, leurs tissus sont devenus à demi ou même tout à fait transparents, mous, gélatineux. Certaines d’entre elles sont colorées en rouge orangé. La forme de leur corps est variable, tantôt plate et foliacée, tantôt allongée, mais mince et permettant la natation. J’ai pu indiquer quelques points de l’anatomie et de l’histologie de ces animaux, notamment sur le système nerveux, les organes.digestifs et excréteurs.

. Gl. — Planctonemerles Grimaldii vu par les faces dorsale et ventrale montrant les porcs génitaux latéraux. Grossi un peu moins de deux fois; capturé en deux stations (0 à 3000 mètres).

65. — Neclonemertes Grimaldii grossi 2 fois Fig. 00. — Pianctonemerlcs rhomboïdalU, grossi 8 fois demi. (Filet pélagique de 0 à 3000 mètres.) environ; capturé dans un coup de Olet pélagique à 2000 mètres.

Cette étude a montré que les Némertiens bathypélagiques sont des animaux moins rares qu’on le croyait. Ils prennent une part importante dans la composition du plancton abyssal, et il est probable que les croisières futures en augmenteront encore le nombre. J’en ai d’ailleurs la preuve par les nouveaux matériaux recueillis au cours de la dernière croisière du prince de Monaco; je n’ai pas encore eu le temps d’en publier la description. Ces Némertiens bathypélagiques constituent l’une des plus intéressantes nouveautés de la faune des Vers marins. J’en donne quelques aspects d’après des photographies prises sur des animaux fraîchement capturés.

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