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CHAPITRE IV

CHÉTOGNATHES*

Au cours des croisières que le prince de Monaco effectue depuis plus de vingt-cinq ans, depuis Terre-Neuve jusqu’au Spitzberg, des îles du Cap Vert à la Sicile, un nombre considérable de pêches pélagiques ont été effectuées tant à la surface que dans les grandes profondeurs. Il n’est guère de coup de filet qui n’ait rapporté des représentants de ce petit ordre si curieux des Chétognathes. Ces vers bizarres ont un corps fusiforme transparent, pourvu de nageoires latérales et d’une nageoire caudale, le tout ressemblant à une petite torpille de guerre. Ces êtres, formidablement armés de dents aigues, se jettent sur leur proie et la déchirent. Ils ont souvent un à deux centimètres de long et arrivent quelques fois à six.

Le prince de Monaco m’ayant remis les milliers d’échantillons capturés j’en ai commencé seul l’étude; mais je me suis bientôt aperçu que je n’aurais pas le temps de mener à bien tout seul l’énorme travail qui nécessitait la détermination de cette formidable collection de Chétognathes. Je me suis adjoint l’un de mes élèves les plus distingués, M. le D'' Germain, et nous avons tous les deux, notre patience ayant subi une rude épreuve, terminé notre travail. Il se compose de deux parties; la première forme un mémoire de géographie biologique; nous avons étudié la répartition de chaque espèce en surface et en profondeur et nous avons établi une carte pour chacune d’elles. Ce mémoire est intéressant pour la géographie des êtres du plancton. Mais je ne puis rien en dire de plus, il n’est pas encore publié bien que terminé. La seconde partie a fait l’objet d’une publication préliminaire; elle contient la description des espèces nouvelles des Chétognathes que nous avons découvertes. On sait que ces animaux répandus dans

1. Joubin et Germain, Note sur quelques Chétognathes nouveaux des croisières de S. A. S. le prince de Monaco. Bull, de l’InsUtul décamographique, n° 228, 10 mai 1912 (avec 15 ligures).

toutes les mers, sont représentés par un nombre très restreint de genres et

Fig. 67. — Eukrohnia Richardi, grossi 5 fois. Capturé au filet bathypélagique fonctionnant depuis 4000 mètres de profondeur.

Fig. 68. — Pseudosagilta Grimaldii, grossi 5 fois (4000 mètres de profondeur).

d’espèces; il est donc d’une certaine importance de trouver des genres inédits. Mais, en dehors du fait de la nouveauté qui, par lui-même, n’est que secondaire.

il est à remarquer que nos nouveaux Chétognathes sont forts intéressants au point de vue morphologique. Ils diffèrent, sur des points fondamentaux, de tout ce qui est actuellement connu.

C’est d’abord une Eukrohnia Richardi, prise entre 0 et 4000 mètres, de couleur

Fig. 09. — Pseudosagilta Grimaldii; la face dorsale de la télé grossie 25 fois.

verte; c’est la première fois qu’on trouve un Ghétognathe non seulement de cette couleur, mais même coloré, car ils sont toujours transparents et incolores (fîg. 67).

Nous avons créé le genre Pseiidosagilla pour un Ghétognathe des plus singuliers (P. Grimaldn) ayant une énorme tête formidablement armée de crochets

Fig. 70. — KrolmUlella Boureei, grossi 4,3 (capturé à 4000 mètres).

(fig. 68). Il a été capturé au filet bathypélagique à grande vitesse fonctionnant à partir de 4000 mètres. Aucun autre Chétognatlie ne présente une conformation semblable des mâchoires, un cou aussi étroit supportant une pareille tète; c’est un des plus curieux types de tout l’ordre. Le nouveau genre Krohnittella est l’inverse de celui-ci, sa tête est la partie la moins large du corps; ses dents sont

appliquées contre elle ; c’est encore un animal de grande profondeur pris au filet bathypélagique fonctionnant depuis 4000 mètres (fig. 70).

Ces trois Chétognathes sont fort intéressants par les caractères morphologiques qu’ils présentent et qui sont tout à fait différents de ce que l’on connaissait dans les autres genres de cet ordre.

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