CRUSTACÉS
Ayant eu l’occasion, pendant un été, d’observer à Banyuls un grand nombre de Sardines infestées par un crustacé parasite, j’ai cherché à me rendre compte des troubles que sa présence apporte dans l’organisme de ces Poissons (1). J’étudiai ensuite le même parasite à Roscolf. J’ai constaté que ce Lernéen est fort abondant. Sa tête arrondie, large de 2 à 3 millimètres, armée de 3 cornes recourbées et d’antennes, en forme de pince, s’enfonce dans le corps de la Sardine et s’y fixe solidement par ces appendices. On le rencontre surtout Implanté dans la chair du poisson à la fin de la nageoire dorsale, près de la queue, dans la paroi abdominale et dans l’œil. Il détermine de véritables abcès, en jouant le rôle de corps étranger, et la zone inflammatoire qui l’entoure s’étend sur une portion importante du poisson; on y observe la formation de pus et la dégénérescence des fibres musculaires.
L’irritation est entretenue par les petites pinces céphaliques du parasite qui contiennent une glande déversant peut-être un poison spécialement destiné à cet usage. Le long de la colonne vertébrale j’ai observé la destruction des apophyses épineuses de plusieurs vertèbres consécutives.
J’ai constaté diverses particularités relatives à la biologie des sardines infestées; elles semblent être beaucoup plus fréquentes sur la côte qu’au large, et les sardines malades n’ont pas la même couleur ni la même taille que les autres. Les pêcheurs connaissent bien ces différences. Ce parasite cause certainement de sérieux dommages en faisant périr un grand nombre de sardines.
Quelques-uns des faits indiqués dans cette note ayant été contestés par M. Giard j’en publiai une seconde (2) qui répondait à cet auteur. M. Giard pensait que le crustacé parasite en question était le Perodertna cylindricum décrit par Richiardi ; je n’admettais pas cette assimilation et je considérais ce parasite comme
plus voisin du Lernœonema monillaris. Ma nouvelle note contient divers détails nouveaux sur les désordres causés dans l’œil des poissons par la tête du crustacé qui s’insinue par perforation, soit entre la choroïde et la sclérotique, soit dans l’épaisseur même de celle-ci qui s’épaissit beaucoup, soulève les membranes de l’œil et finit par former une grosse tumeur s’avançant jusqu’au cristallin; il y a décollement de la rétine et de la choroïde.
Enfin, quelques points de la côte du Roussillon sont signalés pour l’abondance des sardines infestées, en particulier les environs de la Nouvelle.
Ne pouvant plus venir à Ranyuls en été, époque de la pêche des sardines, j’abandonnai cette question. Elle a été depuis reprise par d’autres auteurs et j’ai eu la satisfaction de voir mes opinions corroborées pour une grande partie par leurs travaux.
Je n’ai fait depuis qu’une courte incursion dans le monde des Crustacés pour signaler (3) quelques particularités biologiques intéressantes des Pollicipes, connus sur nos côtes sous le nom de Pouce-pied, Cirrhipèdes dont les gisements sont rares, mais qui se trouvent former des bancs le long de la côte de Quiberon, et des îles de Croix, Houat, Hœdic, Glénans.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
1. Note sur les ravages causés chez les Sardines par un Crustacé parasite. Comptes rendus de
l’Académie des Sciences, déc. 1888.
2. Note sur un Crustacé parasite des Sardines. Comptes rendus de l’Académie des Sciences,
janvier 1889.
3. Note sur un gisement de Pollicipes cornucopiæ et de Spirorbis sur les côtes de la presqu’île de
Quiberon. Bulletin des Naturalistes du Muséum d’Histoire naturelle, nov. 1906.