INFLUENCE DE LA GRANDEUR OCULAIRE SUR LE POIDS ENCÉPHALIQUE
Chez les Vertébrés inférieurs, j’ai trouvé, avec M. Laugier, qu’il existe entre la grandeur de l’œil et le poids de l’encéphale une relation évidente
Exemples : Rana escuknta et Rana fusca présentent à peu près le même poids du corps; elles ne paraissent pas se distinguer l’une de l’autre quant à la complexité de leur vie de relation; or l’encéphale de R. esculenta est plus lourd que l’encéphale de R. fusca, de 20 p. 100 environ; le diamètre transversal de l’œil varie de l’une à l’autre à peu près dans le même rapport. L’encéphale de Lacerta viridis est presque triple (en poids) de celui à’Anÿuis fragilis; le diamètre de l’œil du premier est un peu plus que double de celui du second. Une Dorade, Pagellus eentrodontus, se distingue parmi les Sparidœ par les dimensions considérables de ses yeux; son encéphale l’emporte d’un tiers {toujours à poids du corps égal) sur celui d’une espèce voisine à œil plus petit.
Réciproquement, Alytes obstetrkans et Hyla arborea, avec des poids du corps dont l’un est presque le double de l’autre, ont des yeux à peu près égaux; leurs poids encéphaliques sont aussi à peu près égaux.
La surface rétinienne a donc, sur le poids de l’encéphale, une influence prépondérante par rapport aux autres surfaces somatiques.
Cette prépondérance se retrouve chez les Mammifères; mais ici, pour s’en rendre compte, il faut d’abord déterminer la loi suivant laquelle la grandeur de l’œil varie avec la grandeur du corps entre animaux semblablement organisés.
On sait (depuis Haller) que les dimensions de l’œil varient moins que les dimensions homologues du corps en général; on n’a jamais formulé une relation précise.
Le chat domestique, pour un poids corporel de 3 kilogrammes) présente un diamètre oculaire transversal de 20 millimètres; la panthère, pour un poids de 40 kilo
emière approximation.
J’ai appelé coef/icienl oculaire d’un animal le quotient de son diamitre oculaire moyen (en millimètres) par la racine huitième de son poids corporel (en grammes).
Ceci, pour comparer des espèces; dans l'intérieur d’une'espèce, ainsi que je l’ai reconnu chez le chien, il faut prendre, comme pour l’encéphale, un exposant de relation deux fois plus petit.
Si maintenant l’on compare ce coefficient oculaire au coefficient céphalique (quotient du poids encéphalique par la puissance 0,56 du poids corporel), voici quelques exemples chez les Mammifères (tous les chiffres, sauf ceux de l’homme, d’après mes déterminations personnelles) : ■
La famille des rongeurs est particulièrement significative; dans ce groupe, en effet, le coefficient céphalique' présente de grandes divergences que E. Dubois a signalées comme une énigme. Pour les espèces citées ici, on voit que ces divergences suivent presque exactement les différences dans les dimensions relatives de l'œil.
Le coefficient céphalique extrêmement bas des insectivores co'incide avec un extrêmement petit coefficient oculaire. Inversement, au grand œil des herbivores, nettement
— Si —
exprimé par le coefOcient oculaire, correspond un encéphale relativement très pesant; la liaison des deux grandeurs est soulignée par le cas du chameau dont le cofflcient oculaire un peu moindre est accompagné d’un cofflcient céphalique moins élevé.
La considération de ce facteur rétinien modifie notablement la signification du coefficient céphalique. Assurément, l’acuité sensorielle est un élément non négligeable de l’intelligence; il est même remarquable, à ce propos, de voir, dans un groupe où les hémisphères cérébraux ont pris un tel développement, la relation quantitative entre l’œil et l'encéphale total restée aussi étroite que chez les Poissons, où les lobes optiques font le quart et même le tiers de l’encéphale. Mais ce qu’on avait espéré trouver dans le coefficient céphalique, c’était la mesure de la coordination nerveuse supérieure, abstraction faite de toute question de grandeur somatique. Le coefficient de Dubois donnait cette mesure, à la condition que la richesse relative de chaque espèce d’innervation, sensorielle ou motrice, resterait constante en passant d’un animal à un autre. Cette condition n’est pas réalisée, puisque la richesse relative en innervation visuelle varie beaucoup, et, a posteriori, influe considérablement sur le développement quantitatif total de l’encéphale.
Il y a donc, de ce fait, une correction parfois importante à introduire avant que d’apprécier la supériorité intellectuelle par le coefficient en question.
Je n'ai pas encore trouvé le moyen d’effectuer numériquement cette correction. Mais la simple comparaison sans calcul des chiffres reproduits dans les deux dernières colonnes du tableau permet de rétablir une appréciation plus juste du niveau des espèces. Le Lapin, par exemple, n’est pas deux fois et demie plus intelligent que le Rat; il perçoit seulement les objets de plus loin; sa supériorité est visuelle, non intellectuelle.
La supériorité de l’homme, avec son coefficient oculaire médiocre, n'en devient que plus considérable.