Sur les mouvements de la Sensitive
(2® mémoire, voy. § 19.)
(En extrait : Comptes rendus de la Société de biologie, 1869. — En cours de publication ;
Bulletin de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux.)
A. Mouvements spontanés. — Tableaux graphiques représentant les mouvements des pétioles primaires observés toutes les deux ou trois heures, pendant dix-sept jours et dix-sept nuits consécutifs, sur deux Sensitives qui, après quatre jours d’observations dans des conditions normales, ont été soumises l’une à l’obscurité continue (cinq jours), l’autre à un éclairage continu (six nuits), puis replacées dans leurs conditions premières.
Les tracés contenus dans ces tableaux pourraient s’expliquer en admettant, par hypothèse, que l’aetion de la lumière a pour conséquence la formation, dans le renflement moteur, d’une matière fortement endosmotique, matière qui se détruirait au bout d’un temps, dans l’obscurité, à la suite même de bendosmose qu’elle a exercée.
Le mécanisme des mouvements spontanés reposerait donc sur une absorption d’eau. Mais il faut faire intervenir quelque modification chimique dans les cellules des parties molles, puisque ces mouvements continuent à s’exécuter pendant plusieurs jours, alors même que ces parties sont immergées dans l’eau.
B. Mouvements provoqués. — Nouveaux détails sur la rapidité de la transmission et de l’exécution des mouvements.
Nouvelles preuves qu’il n’y a pas, dans la partie inférieure du renflement de la sensitive, de substance agissant à la façon d’une substance contractile.
Discussion montrant que les mouvemenls spontanés et les mouvements provoqués ne peuvent être, comme on l’enseigne en Allemagne, attribués à une même cause. Tout en eux diffère. J’avais déjà vu (§ 19) que les anesthésiques suppriment les derniers et respectent les premiers ; on trouve de plus, dans les graphiques ci-dessus indiqués, des cas où la sensibilité persistant, les mouvements périodiques ont été presque réduits à rien, et réciproquement.
G. Influence des rayom Iwmnenx de longueurs d’ onde différentes. — Les rayons de la région la moins réfrangible du spectre, du rouge au vert, augmentent le redressement des pétioles primaires et la fermeture des folioles; les plantes placées dans les autres rayons tiennent leurs pétioles beaucoup plus abaissés que dans la lumière blanche, et leurs folioles étalées. Le soir, elles se ferment plus tard que les premières.
Les Sensitives étant soumises à rinfluence de diverses couleurs, celles qui ne reçoivent que les rayons verts perdent leur sensibilité et périssent peu après celles qui ont été placées dans l’obscurité. Les autres vivent fort longtemps.
Les folioles fermées après excitation se rouvrent aussi vite sous l’intluence des rayons bleus et violets que sous celle de la lumière blanche; la région vert jaune rouge du spectre retarde beaucoup leur retour à l’état d’étalement diurne; l’obscurité, plus encore. (Expériences faites avec des cages de verre de couleur, dont la valeur chromatique était déterminée à l’aide du prisme ; comme, à l’exception des rouges et des verts, ces verres laissent toujours passer simultanément des rayons de diverses couleurs, il est difficile de donner plus de précision aux expériences faites par cette méthode, la seule qui convienne cependant aux expériences à longue portée.)
D. Itéveil à l’aide de lumières artificielles intenses. — Une sensitive endormie (folioles fermées) peut être réveillée par l’action d’une forte lumière artificielle, soit pendant que brille cette lumière, ce qu’on savait déjà, soit après qu’elle a été éteinte, par une action consécutive.
87. Sur la température comparée de la tige et du renflement moteur
de la Semitive.
{Comptes rendus de V Académie des sciences, 1869, t. LXIX,)
Le renflement moteur du pétiole primaire est toujours à une température inférieure à celle de la tige. L’aiguille d’un galvanomètre mis en communication avec des éléments thermo-électriques convenablement disposés a donné des déviations de 6 à 22 degrés. 11 se passe, dans cet organe de très-faible volume, des phénomènes nutritifs qui consomment de la chaleur. C’est le premier exemple de ces phénomènes constatés dans un organisme vivant.
Les actes qui déterminent le mouvement provoqué produisent, au contraire, de la chaleur : l’aiguille rétrograde de 2 à 4 degrés.
Dans toutes ces recherches, la Sensitive a été considérée comme un moyen d’étude permettant d’analyser, grâce à leur intensité particulière, des phénomènes qui sont généraux dans le règne végétal. C’est ainsi que la mort rapide des'sensitives dans les rayons verts (§ 86) explique en partie le défaut de végétation des plantes phanérogames à l’ombre des forêts, que les faits rapportés dans le présent paragraphe devront probablement être retrouvés chez toutes les plantes sommeillantes, etc.
88. Sur la question de savoir si tous les animaux voient les mêmes
rayons lumineux que nous.
{Archives de physiologie, \18Q9. — Extrait in Comptes rendus de V Académie des sciences ,
1869, t. LXIX.)
Les conclusions de ce mémoire sont les suivantes :
A. Tous les animaux voient les rayons spectraux que nous voyons.
B. Ils ne voient aucun de ceux que nous ne voyons pas.
C. Dans l’étendue de la région visible, les différences dans le pou -
voir éclairant des différents rayons colorés sont les mêmes pour eux et pour nous.
En [d’autres termes, il existe entre la force vive de certaines vibrations éthérées, d’une part, et, d’autre part, la constitution de la matière nerveuse, envisagée soit dans certaines de ses terminaisons périphériques, soit dans certains centres nerveux, des rapports tels, que cette force vive puisse se transformer en impressions, et donner naissance à des sensations et à des perceptions identiques pour chaque vibration prise en particulier.
Ce mémoire est extrait d’un livre en préparation intitulé : Physiologie des sensatmis, leçons professées à la Faculté des sciences de Paris pendant le semestre d’été de 1869.