RECHERCHES EXPÉRIMENTALES
Des effets de la torsion du cou du fœtus, portée à 180“, sur la rachis et la moelle'.
L’extraction de la tête fœtale, dans les oecipito-postérieures directes, peut se faire suivant deux méthodes différentes. Ou bien l’accoucheur dégage la tête, l’occiput en rapport avec la commis-, sure postérieure de la vulve, ou bien il ramène l’occiput dans l’arcade pubienne en lui faisant exécuter artificiellement un mou^ vement de rotation dé 180 centimètres.
Cette méthode, proposée par Smellie’ pour les occipito-postérieures, a été rejetée par nombre d’accoucheurs : Puzos, Levret, Deleurye, A. Petit, Astruc, Solayrès, etc., etc., qui craignaient qu’un mouvement de rotation aussi étendu, exécuté pendant que l’utérus immobilise le tronc du fœtus, ne produisit une tension du cœur et n’amenât du côté de la moelle des désordres assez graves pour compromettre les jours de l’enfant.
Villeneuve (de Marseille) 5 a précisé ces craintes en écrivant que s’il est des cas rares où l’on peut ramener l’occiput en avant et extraire un fœtus vivant, « il existe un plus grand nombre de cas où cet excès de rotation imprimée par le forceps donnerait infailliblement lieu à la luxation de l’articulation atloïdo-axoïdienne et partant à la mort de l’enfant.
M. Tarnier a réfuté victorieusement, à l’aide d’ingénieuses expériences, ces craintes chimériques.
J’ai, dans le but de démontrer une fois de plus que la manœuvre de Smellie était innofîensive, institué l’expérience suivante :
J’ai fait congeler deux fœtus dont j'avais tordu le cou de façon que le menton répondît au dos, et l’occiput au sternum. Dix coupes horizontales pratiquées entre la base du crâne et la septième vertèbre dorsale d’un premier fœtus; une coupe verticale médiane pratiquée sur un second ont montré d’une façon nette que le mouvement de torsion s’étend à toute la partie de la colonne vertébrale située au-dessus de la huitième vertèbre dorsale. Il n’est donc pas localisé, comme le craignait M. Villeneuve, à l’articulation atloïdoaxoïdienne.
En aucun point il n’existe de déformation, d’aplatissement du. canal rachidien.
La moelle occupe le centre de ce canal. Elle n’est donc exposée à aucune compression, mais elle subit une torsion sdr son xxe parallèle à celle que subissent les vertèbres. Le mécanisme de cette torsion est facile à comprendre ; les nerfs rachidiens sont, par le fait de leur passage à travers les trous de conjugaison, rendus solidaires des déplacements des vertèbres et entraînent à leur tour la moelle épinière dans ce mouvement de torsion.
La clinique montre, d’autre part, que ce mouvement de torsion de la moelle n’est nullement dangereux.
Des modifications que subissent les articulations des membres d’un fœtus soumis à des tractions énergiques'.
J’ai cherché, sous l’inspiration de M. Tarnier, à connaître l’état d’une articulation soumise à une traction modérée. Les articulations sur lesquelles ont porté mes expériences sont celles de l’épaule, du coude, du poignet, celles de la hanche, du genou et
enfin l’articulation tibio-tarsienne. Les membres d’un côté étaient soumis à une traction de 30 kilogrammes, ceux du côté opposé étaient laissés à eux-mêmes. Après congélation j’ai pratiqué une coupe longitudinale symétrique sur les uns et sur les autres.
En opérant ainsi j’ài constaté que les surfaces articulaires subissaient un écartement plus ou moins marqué et qui varie pour chacune d’elles. Les articulations du membre supérieur cèdent plus que celles du membre inférieur.
L’articulation scapulo-humérale est celle‘qui sans rupture permet le plus grand écartement des surfaces articulaires.
Les articulations du coude, du poignet offrent une résistance à peu près égale.
Du côté du membre inférieur, tandis que les articulations coxofémorale et tibio-tarsienne se laissent allonger d’une façon sensible, l’articulation du genou résiste d’une manière presque absolue. Cette articulation est donc la plus résistante, ainsi que l’avait déjà remarqué Pajot dans sa 12* expérience 1 . Les parties molles pêriarticulaires sont, surtout dans les points où l’enveloppe ligamenteuse est moins, résistante, attirées vers l’intérieurde l’article, où elles tendent à comblée le vide produit par l’écartement des surfaces articulaires.
Recherches sur la tension du sang dans les vaisseaux du fœtus et du nouveau-né '.
Ces recherches m’ont permis de mesurer pendant les premières minutes de la vie extérieure de l’enfant, les variations que font subir à‘ la tension moyenne du sang contenu dans les vaisseaux funiculaires les différents modes de ligature (immédiate ou tardive) du cordon.
J’ai mesuré à l’aide de manomètres à mercure', et enregistré avec des appareils de précision la tension du sang existant simultanément dans les artères et dans la veine ombilicale chez 22 enfants nés à la Maternité.
A l’aide de trocarts particuliers imaginés pour le but que je me proposais et reliés à l’aide d’un tube de caoutchouc aux manomètresje ponctionnais immédiatement après la naissance une artère ombilicale et la veine de même nom. L’opération ne demandait que quelque secondes.
En attendant la cessation des battements de la tige funiculaire
je plaçais l’enfant dans les conditions d’une ligature tardive. J’ai fait 15 fois ainsi une ligature tardive. Les tracés obtenus m’ont démontré : 1° que la tension du sang dans les artères ombilicales est toujours supérieure (et quelquefois de beaucoup) à la pression qui contient la veine. La pression artérielle fait, en effet, en moyenne, équilibre à une colonne mercurielle de 63,7 millimètres et ne s’élève qu’à 35”“,49 (Fig. 1).
Ces 33““,49 donnent la mesure de la rétraction de l’utérus, bien inférieure, on le voit, à la force du cœur fœtal.
2° En plaçant immédiatement après la naissance une pince à 10 ou 12 centimètres de l’ombilic de façon à interrompre le cours
du sang dans les vaisseaux funiculaires, je réalisais les conditions d’une ligature immédiate (Fig. 2).
Dans ces conditions, la veine ombilicale se vide dès la première inspiration. La tension sanguine mesurée dans l’artère montre qu’elle s’abaisse du début à la fin de l’expérience. Elle perd 16"”,57 en moyenne, ce qui représente un peu plus du quart de la tension initiale.
Les conclusions de ces recherches qui confirment celles auxquelles était, antérieurement et par la méthode des pesées, arrivé Budin, sont les suivantes :
•1* La ligature tardive fait bénéficier l’enfant de la quantité de
Fig. 2.
sang qui, physiologiquement, est nécessaire à l’établissement de la troisième circulation.
2° La ligature immédiate prive l’enfant d’une quantité de sang d’autant plus considérable qu’elle est pratiquée plus rapidement, et avant que le fœtus ait respiré.
3“ Ce mode de ligature force l’enfant à emprunter à sa circulation générale la masse de sang qui doit remplir ses vaisseaux pulmonaires. 11 en résulte un abaissement dans la tension du sang artériel, abaissement qui égale en moyenne le tiers de la tension initiale.
4° La cause de la pénétration du sang dans le système circulatoire de l’enfant est l 'aspiration thoracique, ainsi que le prouvent :
a) La supériorité constante de la pression moyenne du sang des artères ombilicales sur celle qui existe dans la veine.
p) Les grandes oscillations que détermine dans la tension du sang artériel et dans celle du sang veineux une série d’inspirations et d’expirations profondes.
y) L'impuissance des contractions utérines à faire progresser le liquide sanguin dans la veine ombilicale, alors que les battements artériels ont cessé dans le cordon.
5° L 'aspiration thoracique fait pénétrer chez l’enfant la quantité de sang qui est nécessaire et suffisante pour remplir les vaisseaux de sa petite circulation : nécessaire, car jamais l’on ne voit s’élever la tension du sang artériel du nouveau-né à la suite d une ligature tardive.; suffisante puisque dans ces conditions on ne voit pas davantage cette tension s’abaisser.
Recherches expérimentales sur la résistance et le mode de déchirure des membranes de l’œuf humain'.
Je me suis proposé dans ce travail d’évaluer expérimentalement la force nécessaire pour rompre les membranes, afin d’en déduire, comme avaient déjà cherché à le faire Poppel’ et M. Duncan’, la pression que font subir aux parois et au contenu de l’oeuf les contractions de l’utérus. Les 90 expériences de Poppel et les 100 de M. Duncan s’écartent trop des conditions habituelles de la clinique. J’ai cherché à m’en rapprocher davantage.
J’ai exécuté 217 expériences. Commencées à Bordeaux, ces expériences ont été continuées à la Maternité de Paris.
L’appareil employé se compose d’un réservoir à eau placé en un lieu élevé. Ce réservoir porte à sa partie inférieure une tubulure de laquelle part un long tube de caoutchouc.