CHAPITRE III
DES OPÉRATIONS OSTÊOPLASTIQUES
l)o l’Osféoplaslie. — Son origine récente. — Méthodes d’ostéoplastie : osléo • plastie directe ou osseuse : ostéoplastie indirecte ou périostique. — Greffes osseuses chez l’homme : greffe massive, greffe fragmentaire. — Greffes autoplastiques ; homoplastiques ; hétéroplastiques.
C’est en 1858 (1) que je proposai pour la première fois de doubler de périoste les lambeaux cutanés, ou plutôt de détacher des lambeaux de périoste, dans le but de réparer les pertes de substance du squelette : pour la rhinoplastie en particulier. Quelque temps après (1859), à la suite de nouvelles expériences, j’établissais la réalité des greffes osseuses contestée jusqu’alors. Je m'appuyais sur l’accroissemenfi du transplant pour affirmer sa vitalité.
Le premier chirurgien (3) qui tira parti de mes expériences (je n’étais pas encore à même de les appliquer moi-même, faute d’un service chirurgical) fut le professeur Langenbeck, de Berlin, qui, après avoir exposé le 20 novembre 1859, à sa clinique, nos recherches expérimentales sur la transplantation du périoste et des os, pratiqua
pour la première fois une rhinoplastie d’après la méthode que j’avais proposée. Bientôt après, il appliqua la même méthode à la restauration de la voûte palatine et fit, sous le nom de résections ostéoplastiques, plusieurs opérations dans lesquelles il détachaet écartades lambeaux osseux pour aller extirper des tumeurs profondes. Ce n’étaient pas là de véritables ostéoplasties : c’étaient des résections temporaires.
Jusqu’à ce moment l’ostéoplastie avait tenu peu de place dans les ' préoccupations des chirurgiens .Lenomexistaitàpeineetles ouvrages classiques n’en parlaient pas. On ne signalait guère que l’amputation de Pirogofï dans laquelle on soudait un segment du calcanéum au tibia pour allonger le membre et permettre au malade de marcher sur
J’ai envisagé les diverses applications qu’on pouvait faire de l’ostéoplastie et j’en ai distingué deux espèces : l’ostéoplastie directe ou osseuse, l’ostéoplastie indirecte ou pêriostique. Dans la première, on répare le squelette avec de l’os déjà formé, c’est-à-dire avec des lambeaux osseux empruntés aux os voisins ou à des os éloignés. Dans la seconde, on répare la perte de substance avec un tissu qui n’est pas encore de l’os, mais qui est susceptible de s’ossifier, c’est-à-dire avec le périoste.
J’ai combiné ces deux espèces d’ostéoplastie dès 1861, dans diverses opérations de rhinoplastie, et ’j’ai pu reconstruire des nez, partie avec des lambeaux osseux empruntés aux régions voisines, partie avec un lambeau de peau doublé de périoste, et pris particulièrement sur le front.
J’ai en même temps (1) indiqué les chances de vitalité de ces divers lambeaux, la manière de les tailler, à la scie ou au ciseau, et les conditions propres à "les faire adhérer et persister. J’ai alors démontré qu’il fallait déplacer des lambeaux osseux doublés de périoste et du plus de parties molles possible; les os dépouillés de leur périoste étaient bien susceptibles de se greffer, mais disparaissaient bientôt par une résorption progressive.
J’ai déterminé ensuite les procédés pour réparer les os longs,
décrit l’ostéoplastie par glissement, l’ostéoplastie par renversement, et l'ostéoplastie par approche (1). En 1867, j’avais déjà indiqué la manière de tailler et de déplacer des lambeaux osseux pour combler certaines pertes de substance du crâne. Ces opérations ont été pratiquées en grand nombre dans ces dernières années.
Envisageant les greffes osseuses au point de vue de leurs applications chirurgicales, je les ai distinguées en greffes aütoplastiques, ou greffes provenant du même individu; greffes homoplastiques, ou greffes tirées d’un individu de même espèce, et greffes hétéroplas- " tiques, ou greffes empruntées à un individu d’espèce différente.
Toutes ces greffes sont possibles, mais le transplant a des destinées bien différentes dans les trois espèces. II en est de la greffe animale comme de la greffe végétale; la greffe féconde n’est possible qu’entre individus de même espèce, ou entre individus d’espèces rapprochées.
En 1890, au congrès médical international de Berlin, dans mon mémoire sur Y Ostéogenèse chirurgicale (2), j’ai examiné les diverses questions relatives à la greffe osseuse, et j’ai apporté de nombreuses expériences sur les greffes hétéroplastiques, pour montrer par quel mécanisme ces greffes peuvent servir àla réfection du squelette d’un individu d’espèce différente. Ces transplants hétéroplastiques ne sont susceptibles que d’une greffe temporaire ; non seulement ils ne s’accroissent pas, mais ils se résorbent peu à peu. Ils peuvent servir cependant à combler des pertes de substances assez étendues, mais ils ne sont pas le point de départ d’ossifications nouvelles. Ils paraissent à un moment donné s’épaissir au niveau des extrémités osseuses avec lesquelles ils ont été mis en rapport; ils peuvent être, en effet, entourés à ce niveau par une capsule osseuse de nouvelle . formation, mais ces ossifications nouvelles proviennent de l’os ancien ; le transplant leur sert seulement d’excitant, de guide, de conducteur. Ces ossifications partant de chaque extrémité de l’os récepteur, c’està-dire des deux bouts de l’os ancien, peuvent se rejoindre et former
s’accroître ; ils se greffent sans doute, mais se résorbent bientôt. Sur l’homme, j’ai greffé, dans des cas analogues, des fragments d’os beaucoup plus gros que ceux auxquels avait eu recours Mac'Ewen, et au bout de quatre ou cinq mois, je n’en ai plus trouvé de traces.
Cette greffe que j’ai décrite sous le nom de fragmentaire ne me paraît donc avoir qu’une faible valeur en chirurgie, en tant du moins que greffe permanente et susceptible de s’accroître. C’est à la greffe massive qu’il faut recourir si l’on veut obtenir des résultats stables. Chez tous les animaux, même chez ceux sur lesquels les greffes osseuses massives et les greffes périostiques réussissent le mieux, j’ai vu les greffes fragmentaires se résorber rapidement. Il ne faut donc pas attacher trop d’importance à ces semis osseux pour la reconstitution d’une pièce du squelette ; ce n’est qu’indirectement que ces parcelles osseuses peuvent contribuer à cette réparation.
En combinant les divers procédés de la greffe osseuse, j’ai pu refaire chez une jeune fille, une diaphyse du tibia qui faisait totalement défaut sur une hauteur de huit centimètres. Cette perte de substance résultait d’une résection diaphysaire (sur une longueur de 16 centimètres) qu’on avait pratiquée à cette malade deux ans auparavant et qui n’avait été suivie que d’une régénération incomplète. Cette malade a aujourd’hui un tibia solide et marche avec une simple bottine à talon élevé (1).
peu'de mobilité et la. malade ne pouvait marcher qu'avec un tuteur,- (Traité dm Itàetlions, t. III, résections de la diaphyse des os de la jambe et chap. final.)