INFLUENCE DES DIVERSES MUTILATIONS SUR CET ‘ACCROISSEMENT
De l’accroissement pathologique des os et de la théorie des divers arrêts d’accroissement. — Application à la chirurgie de la loi d’accroissement des os des membres : résections; amputations; conicité physiologique des moignons. — Des opérations chirurgicales destinées à augmenter ou à diminuer l’accroissement longitudinal des os. — Chondrectomie orthopédique.
Avant nous, on s’était si peu occupé de l’accroissement pathologique des os que ce chapitre de physiologie pathologique était entièrement à faire. On décrivait les difformités rachitiques, les arrêts d’accroissement après les paralysies de l’enfance; on rassemblait dans les musées des os raccourcis et des os diversement hyperthrophiés, mais on ne connaissait que très imparfaitement la raison d’être de ces différences.
On savait seulement que la soudure précoce d’une épiphyse à sa diaphyse arrête l’accroissement de l’os, et on se contentait de.cette explication dans la plupart des cas. Cette théorie, quoique très souventaceeptable, avait été beaucoup trop généralisée, et avait empêché de voir la cause qui agit la première et qui peut suffire à elle seule pour expliquer ces arrêts d’accroissement. J’ai en effet démontré (1862) que l’ossification primitive du cartilage de conjugaison est rare dans les cas pathologiques, et que l’arrêt d’accroissement
résection de l’épaule et du poignet pour le membre supérieur, et je signalais le peu de gravité des résections du coude. Pour le membre inférieur, c’est au genou qu’on. devait redouter de graves conséquences, tandis qu’à la hanche et au cou-de-pied le danger était infiniment moindre.
Je me basais uniquement sur les faits que venait de me faire connaître l’expérimentation, et qu’on ignorait avant moi. Ce qu’on pouvait soupçonner d’après les faits connus, c’est que les deux épiphyses d’un os long ne se soudant pas en même temps, le cartilage de conjugaison qui s’ossifie le dernier doit permettre à l’os de s’allonger un peu plus de ce côté, après la soudure de la première épiphyse. Mais il suffit de réfléchir un instant pour comprendre que cette différence doit être insignifiante, l’os ayant acquis presque toute sa longueur quand une de ses épiphyses se soude. Ce qu’on ne savait pas, et que l’implantation d’un clou au milieu de l’os a pu seule faire connaître,, c'est que l’inégalité d’accroissement s’accuse très nettement dès les premiers temps de la vie extra-utérine (elle commence même probablement chez le fœtus). Je renvoie à l’exposé de mes titres physiologiques pour de plus amples renseignements, et je me borne à constater ici que les prévisions que j’avais fondées sur les résultats de mes expériences se sont complètement vérifiées. Dans mon Traité des Résections on trouvera les faits nombreux qui le démontrent et les règles opératoires que j’ett ai tirées pour la pratique des résections.
Elles se résument dans cette proposition capitale, à savoir qu’il faut recourir à des opérations économiques respectant les cartilages de conjugaison, dans la première enfance, et ne faire de résections typiques, ultra-ëpipbysaires, que lorsque la soustraction du cartilage de conjugaison intéressé ne doit pas compromettre gravement l'accroissement ultérieur du membre. De là, des différences entre les-résections de l’épaule et du coude, du coude et du genou, qu’on ne saurait trop faire ressortir.
L’allongement de l’os ou des os des moignons après les amputations était mal interprété, et très imparfaitement connu avant moi. On l’avait bien signalé, mais on en ignorait la cause principale.
et on ne savait pourquoi il se produit dans certaines régions et ne s’observe jamais dans d’autres. On savait de tout temps que la oonicité du moignon peut être produite par des ostéophytes ou par la saillie de l’os hypertrophié par l’inflammation, mais on ne se doutait pas de la conioité physiologique.
Une discussion qui eut lieu en 1859 (1) à la Société de chirurgie ne fait pas la moindre mention de la cause principale des différences que présentent les divers moignons. Ce sont mes expériences sur la loi d’accroissement d’abord, et ensuite mes expériences directes qui m’ont conduit k la théorie que j’ai fait connaître :
Si après l’amputation du bras dans la continuité, pratiquée dans l’enfance, l’humérus continue à s’accroître et donne lieu à une conicité progressive du moignon, c'est parce que l'os mutilé a conservé son cartilage de conjugaison fertile, celui qui prend une part prépondérante à son allongement.
La même théorie fait comprendre pourquoi le moignon des amputés de l’avant-bras n’est pas exposé à la conicité quand les os ont été recouverts suffisamment par les parties molles et ne sont pas devenus le siège d une inflammation hyperostosante. Les cartilages du radius et du cubitus ne prennent qu’une faible part à l’accroissement longitudinal, et ne peuvent pas produire la conicité consécutive, qu’on observe toujours plus ou moins après l’amputation
I cération répétées, cautérisations, ou implantations de clous, i qu’elle fût même accompagnée de l’évacuation de la moelle 01 la destruction du périoste, l’allongement longitudinal se produ
toujours, pourvh que les cartilages de conjugaison ne fussent pas ! directement intéressés (1).
Nous avons par des irritations analogues sur le tibia de l’homme j (dilacérations périostiques, cautérisations et nécrotisations de la ! couche compacte, perforations, etc.) allongé l’os de deux centimètres ! et plus. On peut aujourd’hui, grâce à'l’antisepsie, faire pénétrer et fixer dans le canal médullaire des corps métalliques, ce que nous I n’avions pas osé faire autrefois, par crainte de l’ostéo-myélite l
Nous avons, d’autre part, trouvé le moyen de ralentir et d’arrêter ! complètement l’accroissement de l’os dans l’enfance et l’adolescence : j c’est en excisant ou réséquant complètement le cartilage de conju-; gaison. Nous avons donné à cette opération le nom de Chondrectomie], orthopédique. Elle nous permet de faire redresser graduellement et î sans appareils des membres déviés. C’est dans le développement; inégal des os parallèles (radius et cubitus, tibia et péroné) qu’onj trouvera les plus fréquentes indications d’appliquer notre méthode. Quand un des os s’est arrêté dans son développement par une cause irrémédiable, telle que la destruction du cartilage de conjugaisonpar une ostéo-myélite, l’os voisin continue à s’accroître, â s’allonger selon les lois de son développement normal, et il résulte de cet allonaemeni inégal de deux os destinés,à croître parallèlement, une déviation du pied ou de la main. Il n’est pas possible, dans ce cas, dé faire allonger par l’irritation de ses divers éléments l’os raccourci, puisqu’il a été victime d’un excès d’irritation qui a détruit ou a profondément altéré ses cartilages de conjugaison. Mais nous devons agir sur l’os sain qui continue de croître, et nous ralentirons son accroissement ou l’arrêterons complètement, selon la quantité de cartilage que nous exciserons.
application des données expérimentales à la chirurgie. Comptes rendus de l'Académie
sur ces matières : d’abord dans le volume du Congrès de l'Association française pour
l’avancement des sciences (session de Lyon. 1873) : De l'accroissement, pathologique des
Nous avons, dès 1869, pratiqué cette opération sur l’homme, et souvent redressé depuis lors, par l’excision partielle ou totale des cartilages, les mains et les pieds déviés par l’accroissement inégal des os de l’avant-bras et de la jambe (1).
Notre théorie de l’allongement atrophique des os par diminution de la pression physiologique nous a conduit, d’autre part, à traiter par les tractions continues les membres difformes ou déviés, dans lesquels les cartilages de conjugaison ne peuvent évoluer régulièrement, à cause de la pression inégale à laquelle ils sont soumis par la position vicieuse des os ou les rétractions musculaires.