APPAREIL VASCULAIRE. — SANG
Sur une nouvelle espèce d’anastomoses vasculaires,
(Comptes rendus de l’Académie des sciences, 3 juin 1850. )
Dans ce mémoire, purement anatomique, je décris une forme d’anastomose des vaisseaux sanguins qui jusqu’alors ne se trouve mentionnée par aucun anatomiste. Ces communications vasculaires , qu’on pourrait appeler anastomoses par abouchement, se réalisent par le moyen de rameaux qui viennent s’ouvrir directement par des bouches béantes, dans des troncs vasculaires volumineux. Je prends pour type de ma description les vaisseaux du foie du cheval et du mouton. Chez ces animaux, ce mode d’anastomoses est très manifeste entre la veine porte et la veine cave, et il a pour effet d’établir des communications directes entre le système veineux abdominal delà veine-porte et le système veineux général. En effet, quand on suit dans le tissu hépatique la veine porte, on voit qu’elle se divise à la manière d’une artère en rameaux de plus en plus petits qui communiquent avec les veines sus-hépatiques et avec la veine cave inférieure de deux façons : tantôt par un système capillaire, tantôt, au contraire, en s'abouchant directement dans le tronc de la veine cave ou des veines sus-hépatiques. Cette disposition est très manifeste et se voit très bien à l’œil nu sur un certain nombre de branches qui se détachent de la veine porte aussitôt que ce tronc vasculaire a pénétré dans le foie. Ces branches vasculaires , qui se dirigent transversalement de gauche à droite et de bas en haut, fournissent chez le cheval et chez le mauton un certain nombre de rameaux qui s’épuisent en traversant la substance hépatique, tandis que d’autres passent directement sur la
face extérieure de la veine cave où ils se distribuent d’une manière singulière et tout à fait insolite. En effet, ces ramifications épanouies sur la face extérieure de la veine cave présentent, au premier abord , l’aspect d’un riche réseau de vasa vasorum ; mais, en y regardant de plus près, on constate que beaucoup de ces rameaux , au lieu de se subdiviser en capillaires , s’enfoncent brusquement pour communiquer avec la cavité de la veine cave inférieure. Le fait de cette communication directe entre la veine porte et la veine cave se démontre sur l’animal vivant par la seule présence du sang, ou bien la preuve s’en établit chez l’animal mort de la manière la plus nette et la plus simple par le moyen des injections anatomiques. Lorsqu’on prend ces rameaux à leur émergence de la veine porte, et qu’on les injecte avec une substance semifluide, comme du bleu de Prusse ou du noir broyés à l’huile, délayés dans un peu d’essence de térébenthine, on voit un grand nombre de rameaux de la veine porte s’ouvrir par des bouches béantes à la surface interne de la veine cave inférieure, sous laquelle la matière à injection s’écoule en abondance et sans aucune espèce d’obstacle. Il suffit d’avoir constaté une fois, par le procédé que je viens d’indiquer, ces orifices d’abouchement direct, pour être fixé sur leur existence et pour être convaincu qu’ils ne peuvent être le résultat d’aucune rupture accidentelle.
La conséquence de ces faits anatomiques est que le système de la veine-porte et de la veine-cave communiquent directement, de telle sorte qu’une partie du sang de la veine porte peut passer dans le système veineux général sans traverser le tissu capillaire du foie.
Structure musculaire de la veine cave inférieure et des veines sus-hépatiques chez quelques animaux.
(Comptes rendus de la Société de biologie, 1849.)
La veine cave postérieure du cheval, au moment de son passage dans le foie, de même que les veines sus-hépatiques, offrent une
Structure musculaire extrêmement prononcée que je n’ai vue décrite nulle part. Dans toute sa portion qui est contiguë au foie, la veine cave postérieure offre un calibre plus considérable, et ses parois acquièrent en ce point une grande épaisseur, à cause de l’existence d’une couche musculaire très forte. Les fibres musculaires sont surtout longitudinales et elles forment des faisceaux rougeâtres placés parallèlement les uns aux autres. Avant d’entrer dans le foie et après en être sorties, les parois de la veine cave sont beaucoup plus minces et offrent une structure tout à fait différente.
Le système musculaire que je viens d’indiquer sur la veine cave est également propre aux veines sus-hépatiques. Là , comme sur la veine cave, les fibres sont longitudinalement disposées et constituent de petits faisceaux rougeâtres parallèles très apparents.
Examinée au microscope, la couche musculaire considérable qui double la veine cave et les veines sus-hépatiques est composée de fibres lisses non striées.
Les parois de la veine porte hépatique ne présentent aucune disposition musculaire semblable. Elles sont du reste entourées par la capsule de Glisson, ce qui leur permet de se dilater ou de se resserrer indépendamment du tissu du foie ; tandis que les parois des veines susdiépatiques, étant intimement adhérentes au tissu du foie, ne peuvent se raccourcir sans déterminer une sorte de compression ou de resserrement des tissus hépatiques.
L’homme, le mouton , le chien , le lapin, etc., présentent la même structure musculaire de la veine cave inférieure et des veines sushépatiques que le cheval, seulement à un degré moins prononcé. Il est remarquable que c’est chez les chevaux coureurs que j ai toujours trouvé cet appareil musculaire à son summum de développement.
Des manifestations chimiques diverses des substances introduites dans l’organisme.
( Archives générales de médecine ; 18Zi7. )
Ce mémoire, qui contient un nombre considérable d’expériences, a pour but de démontrer que, suivant leur nature, les substances introduites dans le système circulatoire des animaux vivants peuvent ou non être masquées dans leurs caractères chimiques.
t“ Les substances métalliques en général ne peuvent pas donner lieu à leurs réactions naturelles , parce que les matières albumineuses du sang empêchent ces réactions. Un seul exemple rendra ce fait palpable. Si l’on injecte par deux veines séparées du prussiate Jaune de potasse et un sel de fer, de manière à ce que ces deux substances se rencontrent ^ans le sang, elles ne donneront lieu nulle part dans les tissus à la production du bleu de Prusse. Ce sera seulement quand ces deux corps, étant éliminés, se rencontreront en dehors du sang, soit dans la vessie, soit dans l’estomac, qu’ils pourront se combiner et former du bleu de Prusse.
2“ Les substances organiques qui, par leur action, se rapprochent des ferments, manifestent parfaitement leur activité quand on les injecte dans le sang sur des animaux vivants. Exemple : Si l’on injecte, par deux veines séparées, de l’émulsine et de l’amygdaline, de manière à ce que nés deux substances puissent circuler ensemble, au moment de leur rencontre elles manifestent leurs réactions ordinaires en donnant lieu à de l’acide prussiquo qui tue l’animal instantanément, tandis que les deux substances injectées isolément sont complètement inoffensives.
La troisième partie du mémoire est consacrée à l’étude de diverses décompositions et oxydations qui se passent dans le sang.