‹ Notice sur les travaux scientifiques, 1863-1890Chapitre 8 sur 12 · CHIMIE MINÉRALE · texte numérisé non relu

CHIMIE MINÉRALE

Lois de la transformation de l oxygène en ozone. — Nous avons établi, M. J. Chappuis et moi, que la tension de l’ozone, pendant l’acte de l’électrisation de l’oxygène, n’est pas fonction de la température seule, mais aussi delà pression de l’oxygène. La transformation isomérique du gaz soumis à l’effluve électrique obéit aux mêmes lois que ta dissociation des composés gazeux- Les tensions de transformation sont, comme les tensions de dissociation des systèmes homogènes, sensiblement proportionnelles aux pressions totales.

Les tensions de l’ozone croissent rapidement lorsqu’on abaisse la température de l’oxygène en refroidissant l’appareil dans lequel ce gaz est soumis à l’effluve : elles doublent, ou à peu près, quand la température passe de ■+ 20° à — 23°; elles quintuplent quand la température passe de -t- 20° à - 55°.

Propriétés nouvelles. — L’ozone comprimé est un gaz explosif.

La compression de l’oxygène ozonisé nous a permis d’expérimenter sur des mélanges gazeux dans lesquels la tension de l’ozone, au lieu d’être de 53 lnl ” à 265”» au plus, est de 4o al ” à 5o a "".

( sè )

Comprimé dans le tube capillaire de l’appareil employé par M. Cailletet pour la liquéfaclion des gaz, l’oxygène ozonisé se montre coloré en bleu indigo, et la détente qui succède à une compression de 75“'“ donne un épais brouillard, blanc, signe certain d’une liquéfaction ou même d’une solidification. Cette expérience a permis d’établir que l’ozone est seulement un peu moins facile à liquéfier que l’acide carbonique; elle a appris aussi que l’ozone est un gaz coloré, caractérisé par sa couleur bleue, rappelant la couleur bleue du ciel aussi sûrement que par son odeur, et ainsi reconnaissable, quelle que soit sa tension, pourvu qu’on l’examine sous une épaisseur suffisante.

L’ozone possède un spectre d’absorption.

La compression d’un mélange d’oxygène, d’acide carbonique et d’ozone donne un liquide bleu coloré par l’ozone liquide. Nous avons fait connaître dans quelles conditions on doit se placer pour obtenir un liquide mixte très coloré.

La coloration que possède l’ozone gazeux ou qu’il communique à l’acide carbonique liquéfié peut être utilisée, pour résoudre des questions controversées; elle nous a notamment servi à établir, sans le secours d’aucun réactif, que l’ozone est un des produits de la décomposition de l’acide carbonique par l’effluve électrique.

Enfin, dans une série d’expériences faites sur l’oxygène mélangé d’hvdrogène, d’azote, de fluorure de silicium, comparant entre elles et avec l’effluve les diverses pluies de feu, nous avons montré que, au point de vue de la préparation de l’ozone, elles ne présentent pas de différences moins profondes que la différence anciennement établie entre l’effluve et l’étincelle.

La présence des gaz indiqués modifie la teneur en ozone, mais celle du chlore s’oppose à la transformation, et, si l’on introduit dans de l'oxygène ozonisé un volume même très petit de chlore, l’ozone se détruit complètement pendant l’acte de l’électrisation.

Liquéfaction de l’osone. — Nous avons obtenu cette liquéfaction en comprimant a 125“"“ environ un mélange d’oxygène et d’ozone dans l’appareil deM. Cailletet, pourvu d’un dispositif spécial. L’éprouvette capillaire contenant le gaz était recourbée à sa partie supérieure et la branche descendante, plongeant dans un jet d’éthylène liquide, pouvait

être refroidie au-dessous de — ioo°. Après la détente du gaz comprimé, le tube capillaire contient, dans la partie effilée qui le termine, un liquide d’un bleu indigo foncé. L’ozone liquéfié dans le tube capillaire conserve cet état assez longtemps, même sous la pression atmosphérique. La vaporisation fournit un gaz bleu d’azur.

ACIDE DERAZOTMUE.

Recherche des composés gazeux et étude de quelques-unes de leurs propriétés à l'aide du spectroscope.

L’examen optique à 1 aide du spectroscope décèle des traces d’ozone si l’on opère sur une colonne gazeuse suffisamment longue, et il permet de constater des traces impondérables d’acide hypoazotique. J’ai, avec M. J. Chappuis,-repris par cette méthode l’étude de la destruction de l’ozone par la chaleur.

Les bandes d’absorption caractéristiques du spectre de l’ozone disparaissent sans qu’aucune raie noire nouvelle traverse le spectre, lorsqu’on chauffe l’ozone assez fortement pour le transformer rapidement en oxygène. Sa destruction, même en présence du gaz azote, ne donne pas d’acide hypoazotique.

Le spectroscope nous a permis de constater, dans les produits de l’électrisation d’un mélange d’azote et d’oxygène, la présence d’un corps non encore signalé, l’acide perazotique, caractérisé par un très remarquable, spectre d’absorption. Ce composé nouveau, analogue à l’acide persulfurique découvert par M. Berthelot, se décompose spontanément ou sous l’influence de la chaleur, en donnant de l’acide hypoazotique. Nous avons constaté que sa décomposition, se fait à toutes les températures supérieures à o°, mais qu’à i3o° elle est complète en quelques instants, donnant alors de l’acide hypoazotique et de l’oxy-

I,a décoloration d un melanse d’acide hypoazotique et d’oxygène sous l’influence de l’effluve, observée par M. Berthelot, est due à la formation de l’acide perazotique.

Sur la rétrogradation produite par l’effluve électrique dam la tramfor-

mation de l’oxygéne en ozone; sur l’acide perazotique et sur la

composition et l équivalent en volume de cet acide.

Nous avons indiqué les conditions qui permettent de préparer l’acide perazotique exempt d’acide azotique. Nous avons annoncé que les décharges électriques peuvent, dans certains cas, décomposer brusquement l’acide perazotique en acide hypoazotique et oxygène. Enfin nous avons établi, par de nombreuses expériences, que l’acide perazotique répondait à la formule AzO*.

Quelques faits pour servir à l’histoire de la nitrification.

La nitrification par production directe d’acide hypoazotique exige de très fortes tensions électriques, tandis que l’acide perazotique se forme aux dépens de l’air sec et n’exige que des décharges électriques très faibles.

La conséquence de ce fait, c’est que les effluves correspondant à des tensions électriques assez faibles peuvent fournir de l’acide nitrique, produit ultime de la décomposition de l’acide perazotique.

Action des effluves électriques sur l’oxygène, et l’azote en présence du chlore.

Nous avons constaté, M. J. Chappuis et moi, qu’un mélange d’oxygène et de chlore, tous deux chimiquement purs, traverse un appareil à effluves sans être modifié d’une façon apparente, tandis que le même mélange auquel on a ajouté des traces d’azote laisse, sur les parois de l’espace annulaire de l’appareil, un dépôt blanchâtre.

Ce dépôt est cristallisé; il possède à 80° une tension de vapeur no-

table; il se décompose vers io5° en donnant des vapeurs d’acide hypoazotique, du chlore et de l'oxygène. Sa composition répond à la formule AzClO”.

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