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XI. - Possibilité d'an

Avant que de, rechercher les méthodes culturales qu’il conviendrait d’adopter pour réaliser cette amélioration, une première étude s’imposait, toute pratique celle-là, consistant à reconnaître s’il est possible d’obtenir, dans notre pays, de hauts rendements en tubercules, en même temps qu’une richesse satisfaisante de ceux-ci en fécule.

En i885; j’ai dans ce but, et à la suite d’essais préparatoires exécutés l'année précédente, entrepris à la ferme delà Faisanderie, à Joinville-le-Pont (Seine) et sur le domaine de Clichy-sous-Bois (Seine-et-Oise) des cultures, limitées d’abord à quelques ares, puis grandissant peu à peu, pour, en 1889, les étendre sur une surface d’un hectare.

Dès 1886, la possibilité d’atteindre le résultat cherché était démontrée. Huit variétés me donnaient des rendements en poids variant de 265oo k i>' à 43ooo k * à l’hectare; quatre de ces variétés étaient d’origine française, les quatre autres d’origine allemande.

En 1887, une nouvelle récolte venait confirmer ces résultats; sur des étendues de terrain s’élevant déjà à 5 ares chacune, je cultivais, à Joinville et à Clichy, cinq variétés d’origine allemande et vingt variétés d’origine française; et, malgré les conditions défavorables de l’année, la culture aboutissait à des rendements de 22000^ à 348oo k * par hectare. C’était dès lors un fait acquis qu'aux plants allemands n’appartient aucune supériorité originelle.

En 1888 enfin, sur des surfaces dont quelques-unes mesuraient i5 et 18 ares, dont l’une atteignait un hectare, dans les conditions de la grande culture, je voyais les rendements augmenter encore et la richesse en fécule s’élever pour certaines variétés jusqu’à 17,5 et 18,5 pour 100.

L’enseignement fourni par ces résultats était décisif; améliorer la production de la pomme de terre en France, l’amener au même degré de perfection qu’en Allemagne, n’était certainement qu’une question de méthodes.

C’est à établir scientifiquement ces méthodes, a leur donner la forme pratique que je devais m’attacher.

XII. - Détermination de la richesse des tubercules en fécule.

Une question subsidiaire se posait à ce moment; pour donner la mesure précise des résultats si nombreux que cette recherche allait fournir, c’était chose nécessaire que de trouver un procédé d’évaluation de la richesse féculente des tubercules qui présentât des garanties d’exactitude et de facilité d’exécution supérieures à celles des procédés usités jusqu’alors.

J’ai été assez heureux pour fournir à la pratique agricole un procédé de cette sorte; il repose sur l’absorption de l’iode, en solution aqueuse titrée, par la fécule préalablement gonflée au contact de la liqueur ammonio-cuivrique de Peligot.

Ce procédé donne une mesure exacte de la richesse féculente, non seulement des tubercules de la pomme de terre, mais encore de tous les produits agricoles amylacés : blé, maïs, riz, etc.

L’exécution cependant en est trop délicate pour qu’on puisse le considérer comme un procédé commercial; c’est au domaine du laboratoire qu’il appartient.

Aussi ai-je dû rechercher, à côté de cette solution, une solution plus simple, qui permît au cultivateur, au féculier, au distillateur d’apprécier rapidement et avec une approximation suffisante la richesse en fécule des tubercules qu’ils se proposent de vendre ou d’acheter.

Cette solution, je l’ai trouvée en combinant, en collaboration avec M. Fleurent, préparateur du cours de Chimie industrielle au Conservatoire des Arts et Métiers, un voluménomètre à écoulement d’eau, d’une construction rustique, auquel nous avons donné le nom de féculomèlre pour pommes de terre, et dont l’usage s’est rapidement répandu chez les cultivateurs et les industriels.

Dans les recherches nombreuses qui, jusqu’à i885, avaient été poursuivies, en Allemagne surtout, on avait toujours vu les expérimentateurs, même les plus habiles, porter exclusivement leur attention sur les variations apportées au poids et à la richesse de la récolte par l’adoption de procédés culturaux différents, mais dont le choix n’était déterminé par aucune vue d’ensemble.

Ma préoccupation a été toute différente, et il m’a semblé que je marcherais d’un pas plus sûr vers la solution du problème agricole que je m’étais posé, si d’abord j’établissais avec précision l’équation de la vie de la plante, en suivant attentivement les phases successives de sa végétation et fixant, pour chacune de ces phases, le poids, la surface, la composition de ses diverses parties.

C’est ce que j’ai fait pendant trois campagnes successives (1886, 1887, 1888) d’après une méthode identique à celle qui, appliquée au développement progressif de la betterave à sucre, m’avait fourni en 1885 de si intéressants résultats.

Je ne saurais entrer ici dans l’exposé détaillé des procédés auxquels j’ai eu recours dans le but de fixer pour les feuilles, les tiges, les racines et les tubercules tous les faits remarquables que cette longue étude devait faire reconnaître. Je me contenterai d’indiquer rapidement les conclusions principales auxquelles ils m’ont conduit.

Dans le développement progressif de la pomme de terre, on observe trois phases principales.

C’est d’abord une période de grande activité végétale; toutes les parties de la pomme de terre se développent à la fois, les tubercules se forment, les tiges s’allongent et se couvrent de feuilles, les radicelles forment un chevelu inextricable; en général, c’est au commencement de juillet que cette phase est dans son plein, et jusqu’à la fin d’août ce sont les mêmes phénomènes qui se produisent sans interruption.

C’est à l’accroissement des tubercules surtout que cette activité s’applique, mais les tiges et les feuilles y participent également; bientôt, cependant, l’accroissement de celles-ci s’arrête, tandis que parmi les radicelles les unes périssent, les autres, au contraire, s’accroissent en longueur et en diamètre.

Mais dès le milieu de septembre tout change, les tiges se dessèchent, les feuilles commencent à faner et à tomber sur le sol, c’est la deuxième phase ; les tubercules continuent à croître, cependant, mais plus faiblement; leur accroissement devient proportionnel à la surface des feuilles qui subsistent encore, la vie des racidelles reste la même que précédemment, mais déjà leur altération commence.

Vient enfin la troisième phase : c’est au milieu d’octobre qu’elle se produit en général, à moins que la variété ne soit hâtive. Les feuillessont fanées à ce moment, quelques-unes cependant adhèrent encore aux tiges; celles-ci ont séché sur pied, les radicelles n’existent plus; les tubercules sont isolés dans le sol; ils n’empruntent plus rien ni à l’atmosphère, ni à la terre; le but de la culture est rempli, la fécule a atteint son maximum deproduc-

Cette fécule, j’ai démontré qu’il en fallait chercher l’origine dans les feuilles, et je me suis cru autorisé à présenter cette hypothèse que le saccharose, dont j’ai démontré la présence dans ces feuilles mêmes,en étaitla forme première. Produit au milieu du tissu des limbes sous l’influence de la lumière solaire, utilisé en partie pour la constitution de l’appareil foliacé, ce saccharose vient alors, on partie au moins, après avoir traversé les tiges, se loger dans les tubercules. Là, par inversion, il se transforme en lévulose et en glucose, dont le premier intervient à la formation de la cellulose lévogyre, tandis que le second devient la matière première de la formation de la fécule dextrogyre.

Le rôle physiologique des diverses parties de là plante apparaît alors avéc netteté, et l’on aperçoit aussitôt dans quelles conditions culturales il convient de placer d’un côté l’appareil foliacé de la pomme de terre pour qu’il acquière tout son développement et Constitue un vaste laboratoire de - synthèse organique, d’un autre ses longues radicelles, pour que dans le sol elles aillent, à leur aise, chercher l’eau et les sels dont la diffusion à travers la plante doit créer le mouvement osmotique, qui ramène aux tubercules la matière sucrée descendant des feuilles pour s’y transformer en fécule.

Les causes sous l’influence desquelles les récoltes de pommes de terre peuvent augmenter en poids et en richesse sont nombreuses. J’ai reconnu qu’en dehors des conditions météorologiques, il y faut compter la prépa-

ration du sol et notamment la profondeur des labours, la nature et la proportion des engrais, la date de la plantation, sa régularité, l’espacement des poquets, et enfin et par-dessus tout le choix du plant et sa sélection.

l’ai examiné successivement ces divers côtés de la question; pour la plupart d’entre eux je me suis trouvé en désaccord avec les habitudes adoptées depuis longtemps par la culture française. J’ai conseillé de modifier ces habitudes dans lesquelles j’avais reconnu la cause essentielle de l’infériorité de la culture de la pomme de terre en France, et j’ai eu la satisfaction de voir dès 1890 plus de cent cultivateurs, opérant sur 2 et 3 hectares quelquefois, démontrer par leur succès l’excellence des indications que j’avais cru pouvoir déduire de mes propres observations.

Les trois campagnes qui se sont succédé depuis cette époque (1891- 1892-1893) ont apporté aux méthodes culturales basées sur ces observations une consécration éclatante; la culture de la pomme de terre industrielle et fourragère en France peut aujourd’hui être considérée comme transformée.

Profondeur des labours. — C’est un préjugé très répandu que, sous le rapport de la préparation du sol, la pomme de terre n’est pas une plante exigeante. Nombre de cultivateurs, rencontrant, au moment de l’arrachage, les tubercules à fleur de terre, considèrent que, pour cette culture, point n’est besoin de labourer le sol au delà de quelques centimètres.

Il suffit d’avoir considéré une fois le chevelu long et touffu de la pomme de terre (' ) pour comprendre à quel degré cette coutume est mauvaise.

J’ai démontré, par des cultures comparatives, qu’à la pomme de terre, au contraire, des labours profonds sont nécessaires, et l’expérience de mes nombreux collaborateurs a, depuis, confirmé l’efficacité de ce mode de travail.

Des engrais. — Beaucoup de cultivateurs croient également qu’à la culture de la pomme de terre il est inutile de faire intervenir les engrais; j’ai démontré expérimentalement que c’était là une grave erreur.

Il en est de la pomme de terre comme de toutes les autres plantes cultivées ; l’apport d’éléments fertilisants complémentaires : azote, acide phosphorique, potasse, est indispensable à la production de récoltes élevées; on doit même, ainsi que je l’ai établi, considérer la pomme de terre comme une plante particulièrement absorbante sous ce rapport. Des cultures con-

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le préjugé depuis longtemps admis disparaître delà pratique de nos grands cultivateurs. Presque tous aujourd’hui, écoutant mes conseils et éclairés par l’expérience, ont abandonné la plantation par fragments pour lui substituer la plantation en tubercules moyens et entiers. Leurs rendements en ont été considérablement augmentés. Les années sèches, comme 1893, apportent d’ailleurs une démonstration saisissante des inconvénients que la fragmentation présente; on a vu, en effet, à la campagne dernière, des champs entiers rebelles à la levée et ne fournissant aucune récolte parce que la plantation en avait ete faite, suivant les anciens errements, en tubercules coupés.

Du choix du plant et de la sélection. — Quelque considérable que soit le rôle joué dans l’amélioration du rendement par les divers progrès culturaux que je viens de passer en revue, c’est au choix du plant qu’appartient le rôle prépondérant.

On ne s’en doutait que bien peu en France il y a dix ans et même, aujourd’hui, si nos grands cultivateurs sont convaincus de cette vérité, la plupart de nos petits cultivateurs ont bien de la peine à l’admettre.

Chez ceux-ci, en général, aujourd’hui encore, les plants sont mis en terre, comme ils viennent et sans choix ; même c’est une coutume que de destiner à la vente tous les beaux produits et de réserver pour le plant les tubercules de rebut. On ne saurait plus mal agir.

Dès le début de mes recherches, c’est à fixer les conditions que le plant doit remplir que je me suis surtout attaché ; et j’ai, dans cette voie, reconnu des faits importants desquels j’ai pu déduire des règles précises pour la sélection des tubercules destinés à la plantation.

J’ai d’abord établi qu’il ne suffisait pas de choisir ceux-ci uniquement d’après leur poids; j’ai montré que, dans des conditions culturales identiques, le poids de la récolte fournie par des tubercules de poids identique également pouvait varier du simple au quadruple.

Prenant alors, à la fin d’une campagne, tous les tubercules petits et gros constituant la récolte d’un pied déterminé, je-les ai réservés comme semence pour la campagne suivante; pesé alors et planté isolément, côte à côte, chacun de ces tubercules a fourni une récolte que j’ai soigneusement pesée et analysée.

L’expérience a porté sur dix variétés, à chacune desquelles j’avais demandé la récolte d’une dizaine de pieds.

Et, dans ces conditions, j’ai pu établir avec précision que, dans la récolte provenant d’un sujet déterminé, on voit les petits tubercules, malgré une puissance productive quelquefois énorme, donner en surface des récoltes inférieures, tandis qu’au delà se rencontre une zone comprenant les moyens et les gros et dans laquelle les récoltes ne varient que dans des limites peu étendues.

Des observations ainsi faites, au nombre de plus de 1000, j’ai pu déduire cette règle que si, dans le choix du plant, le cultivateur doit rejeter les, petits, il est inutile qu’il recherche les gros; les moyens lui donneront à moindre frais une récolte aussi belle.

Les recherches qui m’ont permis d’établir cette règle devaient cependant me conduire, à des résultats plus considérables encore : elles devaient me; permettre d’établir les qualités héréditaires des sujets et mettre entre mes. mains une méthode de sélection permettant d’assurer à chaque variété la perpétuité et même l’amélioration de ses qualités originelles.

L’importance de ces qualités héréditaires, dont quelques horticulteurs soupçonnaient l’existence, n’avait jamais été établie scientifiquement jusqu’ici, pas plus én Allemagne qu’en France; elles constituent cependant le nœud de la question.

A chaque tubercule de pomme de terre appartiennent des qualités de reproduction qui se retrouvent intactes dans sa descendance ; tout tubercule provenant d’un pied à grosse récolte fournit une récolte abondante, et inversement.

Les conditions d’après lesquelles le plant doit être choisi dérivent de, cette observation; c’est aux tubercules moyens que le cultivateur doit, s’adresser, et ces tubercules, il les doit demander aux pieds qui ont fourni une production abondante et riche.

J’ai d’ailleurs démontré au cours de mes recherches un fait que, jusqu’alors et faute de recourir à la balance, on n’avait pas reconnu : entre l’abondance de la récolte que prépare chaque pied de pommes de terre d’une variété déterminée et la richesse de sa végétation aérienne, il existe une relation voisine de la proportionnalité; au pied de tout sujet à riche végétation se forme une récolte abondante.

De là, pour opérer la sélection, un procédé très simple; celui-ci consiste à marquer dans le champ les pieds faibles qu’on veut rejeter, si l’ensemble de la culture est beau, les pieds forts que l’on veut conserver au contraire, si ce sont eux qui font l’exception.

A la suite de ces démonstrations, une autre question se présentait encore qu’il importait d’élucider. Parmi les causes qui, a priori, semblent devoir influer sur l’abondance des récoltes de pommes de terre, beaucoup de personnes font figurer l’emploi, à la plantation, de tubercules riches en fécule.

C’est là une hypothèse raisonnable et c’est chose certaine que si elle était démontrée par l’expérience, la sélection des tubercules de plant d’après leur densité et, par suite, d’après leur richesse féculente, apporterait une aide précieuse au procédé de sélection d’après l’abondance de la végétation aérienne que j’ai fait connaître.

A une date toute récente (1892) j’ai entrepris des recherches méthodiques dans le but de rechercher si réellement la richesse en fécule des tubercules de plant exerce une influence sur l’abondance et la richesse des récoltes que ceux-ci fournissent, et j’ai, malheureusement, dû reconnaître que l’opinion favorable à cette hypothèse, et généralement admise par les cultivateurs, n’était pas justifiée.

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