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RECHERCHES TECHNOLOGIQUES ET LEURS APPLICATIONS

xxi. Étude sur les marais salants et l’industrie saunière du Portugal.

Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. LXXIV, p. 1195, 29 avril 1872.

Annales du Conservatoire des Arts et Métiers, 1872.

La population côtière du Portugal est à la fois agricole et saunière ; favorisée par la température élevée et par les vents secs du nord-est qui régnent sur les bords de l’Océan, elle produit, chaque année, en même temps que ses récoltes en céréales et en vins, une masse énorme de sel marin. C’est à 25oooo tonnes qu’est évaluée la production annuelle de ce sel renommé, dont les deux tiers au moins sont recherchés par les pêcheurs et les saleurs de viande du Brésil, de la Russie, de l’Angleterre, de la Hollande, de la

L’industrie saunière est, dans ce pays, groupée autour de quatre centres principaux : Setubal, Lisbonne, Aveiro et lesAlgarves. Dans les trois premiers de ces districts, j’ai, en les parcourant en i865, rencontré des procédés particuliers et dignes de remarque, procédés dont l’analyse est devenue le point de départ de cette étude.

Rien, par exemple, ne semble plus bizarre, au premier abord, que la marche suivie par les paludiers de Setubal; elle est, en apparence, d’une grossièreté singulière et les produits semblent devoir être d’une qualité très inférieure; il faut, au contraire, les compter parmi les meilleurs.

Qu’on imagine une vaste cuvette de 1 ou 2 hectares environ, divisée en carrés égaux, isolés les uns des autres par des chemins 11e communiquant qu’avec un grand réservoir chargé d’emmagasiner l’eau de la mer, et l’on aura la représentation exacte d’un salin de Setubal. Chacun des carrés de ce salin a la même fonction; l’eau de mer y arrive directement du réservoir, s’y évapore, et sur le carré même dépose le sel qu’elle renfermait, sans avoir, comme cela a lieu sur les marais salants de notre pays, parcouru pour se concentrer et se purifier une série de pièces préparatoires.

A l’automne, lorsque là saunaison est finie, sans renvoyer à la mer les eaux magnésiennes laissées par la récolte de l’année, on recouvre le marais entier de o m ,5o à o",6o d’eau prise directement à la mer. Au printemps suivant et même déjà pendant l’hiver, cette eau s’évapore ; vers le milieu de juin, sous l’action de la haute température et des vents secs de nord-est qui, à cette époque, régnent en Portugal, l’évaporation devient très rapide ; vingt jours suffisent, en général, à la compléter, et l’on trouve alors sur chaque carré une masse saline de o",o4 à o“,o5 d’épaisseur, presque sèche, à peine mouillée d’une petite quantité d’eau mère : c’est la première récolte ; une deuxième, une troisième quelquefois lui succèdent dans les mêmes conditions, et, en fin de compte, vers la fin de septembre, sans évacuer les eaux mères, on inonde le marais pour l’hiver.

Les choses se renouvellent ainsi chaque année, et, par suite, il semble a priori que les sels de Setubal doivent se présenter en un grand état d’impureté. Il n’en est rien, cépendant, et leur analyse m’a démontré que ces sels, ceux de la première récolte surtout, étaient, en qualité, comparables aux plus beaux sels de nos salins de la Méditerranée.

Cette pureté, étant donnée la marche anormale en apparence de la fabrication, serait inexplicable si les salins de Setubal n’étaient, en réalité, le lieu de remarquables phénomènes osmotiques que j'ai été assez heureux pour découvrir.

Sur le fond de ces salins s’étend, comme sur le fond de quelques-uns de nos salins français, un feutre épais de conferves, qui, agissant comme un dialyseur, détermine, pendant l’hiver surtout, l’évacuation par voie souterraine des composés magnésiens.

Je l’ai vérifié par l’expérience directe en constatant qu’à travers ces feutres, déposés sur une couche de sable fin, le chlorure de magnésium se dialyse avec beaucoup plus de rapidité que le chlorure de sodium.

Dans les singuliers procédés suivis à Setubal, on peut donc admettre que la saunaison est précédée par une épuration spontanée des eaux, qui, sous l’action dialytique du feutre dont est recouvert le marais, se débarrassent, surtout pendant la saison hivernale, d’une grande partie des sels magnésiens qu’elles renferment.

Le procédé.suivi sur les marais de Lisbonne est une sorte de compromis entre le procédé de nos salins de la Méditerranée et le procédé de Setubal; le procédé suivi à Aveiro n’est autre que celui de nos marais de l’Ouest, très soigné et habilement mis en œuvre.

Chacun de ces procédés offre cependant certaines particularités inatten-

dues que j’ai signalées dans le Mémoire que j’ai présenté à l’Académie des Sciences en 1872; chacun d’eux fournit des sels de qualité spéciale; des échantillons nombreux de ces produits ont été recueillis avec soin par moimême, sur les marais salants deSctubal, d’Aveiro, de Lisbonne, rapportés à Paris et enfin étudiés dans mon laboratoire. J’ai pu ainsi mettre leur composition en parallèle avec la composition des sels français, et montrer notamment pourquoi les saleurs de poissons du Nord préfèrent aller charger le sel nécessaire à leurs pêches sur les côtes portugaises plutôt que sur les côtes de notre Bretagne et de notre Vendée.

A ces documents scientifiques et industriels, j’ai pu joindre enfin, grâce au concours des négociants et des administrateurs portugais, des documents commerciaux inédits, et comparer la production et le commerce du sel en Portugal à la production et au commerce du même produit dans notre pays.

XXII. - Transformation des fibres végétales sons l'influence des acides.

Hydrocelluloses friables et pyroxylea pulvérulents.

Comptes rendus do l’Académie des Sciences, t. LXXXI, p. no 5 , 6 décembre 1875 : t. LXXXVilI, p. i 3 as, 23 juin 1879; t. LXXXIX, p. 170, ai juillet 1879. - Annales de Chimie et de Physique, t. XXIV; 1881.

Des faits industriels nombreux, des faits d’économie domestique également avaient depuis longtemps appelé l’attention sur une transformation singulière des matières cellulosiques et particulièrement des fibres végétales employées à la fabrication des tissus, du papier, etc.

En maintes et maintes circonstances, on était habitué à voir ces fibres, perdant leur solidité native, devenir cassantes et même, en certains cas, friables. A ce phénomène remarquable on n’avait pas, jusqu’à ces derniers temps, cherché d’explication scientifique, et chacun se contentait, répétant une expression populaire, de dire que le linge ou le papier étaient brûlés.

Cependant cette transformation remarquable des matières cellulosiques était devenue le point de départ d’applications industrielles inattendues; des praticiens ingénieux y avaient eu recours pour débarrasser les draps des matières végétales que la laine des moutons y avait apportées : on s’en servait pour la séparation de la toile et de la laine contenues dans les chiffons mélangés, etc.

En présence de ces applications importantes, il m’a semblé utile de rechercher 1 explication de cette transformation des matières cellulosiques.

Cette explication, j’ai été assez heureux pour la rencontrer, et j’ai démontré que si la cellulose, en certaines circonstances, devient cassante et même friable, il en faut chercher la cause, non pas, comme beaucoup l’avaient cru jusqu’alors, dans un phénomène d’oxydation, mais dans un phénomène d’hydratation.

Soumise à l’action d’agents nombreux et divers, la cellulose fixe une molécule d’eau et, préalablement à sa saccharification, avant de se transformer en glucose, donné naissance à un composé nouveau que, à cause de son origine, j’ai appelé hydrocellulose.

Les caractères de l’hydrocéllulose sont remarquables, et le principal d’entre eux réside dans sa friabilité; froissée entre les doigts, elle s’émiette aussitôt et, sous le pilon, on peut l'amener à une finesse telle que lès fragments mesurent moins de de millimètre. Cette divisibilité extrême de l’hydrocellulose est mise en évidence par les vues micro-photographiques jointes au Mémoire que j’ai publié dans les Annales de Chimie et de Physique sur ce produit.,,

L’hydrocellulose peut être obtenue par des moyens variés ; l’immersion à froid dans les acides moyennement concentrés; l’exposition aux vapeurs acides à froid également; l’immersion dans une solution acide faible, à 3 pour ioo par exemple, suivie soit d’un chauffage à 5o°, soit d’un abandon prolongé à la température ordinaire; le contact avec nombre de sels à réaction acide, l’influence même dans certaines conditions des acides organiques suffisent à déterminer la transformation en hydrocellulose friable de la cellulose, quel que soit l’état d’agrégation ou l’origine de celle-ci.

Les fibres isolées ou les tissus de coton, de lin, de chanvre, etc., les papiers de toute nature, le bois, les celluloses compactes comme le phytéléphas, ou poreuses comme la moelle de sureau, subissent toutes et dans les mêmes circonstances une même transformation.

Je n’insisterai pas sur les diverses propriétés que l’étude de l'hydrocellulose m’a permis de reconnaître h ce produit; il en est une cependant dont l’importance est trop grande pour que je ne la rappelle pas.

Traitée par le mélange azotosulfurique, à l’aide duquel on obtient la nitrification de la cellulose et la production des pyroxyles, l’hydrocellulose se nitrifie également et, elle aussi, donne naissance à des pyroxyles. Mais , ceux-ci, conservant alors le caractère essentiel à l’hydrocellulose, se montrent, comme elle, friables et capables d’être réduits en poiidre d’une ténuité pour ainsi dire sans limites.

Aux pyroxyles d’hydrocellulose, j’ai reconnu une composition identique

à celle des pyroxyles ordinaires. Comme cenx-ci, ils peuvent être obtenus à des degrés de nitrification différents et, par conséquent, posséder des propriétés différentes aussi. Les uns sont explosifs et insolubles dans l’éther alcoolisé; les autres sont, au contraire, solubles dans ce mélange, mais n’ont qu’à un faible degré le caractère de substance explosive.

La friabilité de ces pyroxyles, et surtout celle des pyroxyles explosifs, a permis de les obtenir aisément à l’état de poudre véritable.

La formation de l’iiydrocellulose m’a conduit à expliquer tous ces faits d’altération des tissus, du papier, etc., que les travaux industriels ou l’usage journalier nous permettent de constater si souvent. J’ai montré, en effet, comment un blanchiment exagéré, suivi de lavages imparfaits, comment l’emploi au blanchissage de quantités excessives de chlorure décolorant, comment le contact avec les acides, etc., peuvent déterminer l’hydratation première de la cellulose et la transformer en hydrocellulose friable.

Sur les propriétés de cette hydrocellulose, divers industriels ont basé déjà des applications intéressantes : c’est ainsi qu’on a pu, dans la fabrication des papiers veloutés, substituer aux tontisses de laine de la poussière de coton; qu’on a pu, en transformant la surface seulement des fibres végétales, leur communiquer la propriété de se teindre en certaines couleurs; qu’on a pu, en utilisant les propriétés adhésives de l’hydrocellulose fraîchement préparée, la transformer en masses compactes susceptibles d’être moulées et découpées, etc.

Quant aux pyroxyles friables, ils sont devenus, entre les mains de l’artillerie française, l'objet d’applications sur lesquelles je ne dois m’exprimer qu’avec réserve et ont rendu ainsi à l’art de la guerre des services que la Commission .des substances explosives, présidée par M. Berthelot, a officiellement'constatés.

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