RECHERCHES RELATIVES A LA FABRICATION DU PAPIER
Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. LXXX, p. 629, 19 mars.1875/
L’introduction dans la composition des pâtes à papier de fibres autres que celles fournies par les chiffons ordinaires impose souvent aux produits fabriqués des qualités spéciales ou des défauts particuliers.
Aussi est-ce, pour le fabricant soigneux qui achète des pâtes toutes préparées, une question très importante que d’être renseigné sur l’origine et la nature des fibres dont sont faites les pâtes qu’il reçoit : c’est au microscope seulement qu’il peut trouver les renseignements qui, sur ce point, l’intéressent; et c’est pour lui faciliter la recherche de ces renseignements que j’ai entrepris l’étude micrographique de la fabrication du papier.
J’ai déterminé, sous le microscope, la forme, les dimensions, les caractères particuliers de chacune des fibres principales que le fabricant de papier peut faire concourir à la composition de ses pâtes; puis, pour fixer les résultats obtenus, je les ai, sous le microscope même, reproduits par la photographie (’),
Enfin, j’ai pu préciser les conditions que doit remplir une fibre papetière de bonne qualité.
i° On se préoccupe beaucoup, en général, de la longueur des fibres destinées à la fabrication du papier; cette préoccupation n’a pas de raison d’être. La pâte finie, en effet, raffinée, est formée de tronçons mesurant tantôt Aj à ^ de millimètre, c’est le raffiné court; tantôt 1“" à i m “,5, c’est le raffiné long. Rarement cette longueur est dépassée. Or, il n’est aucune fibre végétale dont la longueur ne soit au moins égale à celle que je viens d’indiquer; toutes les fibres végétales sont donc assez longues pour fournir du papier.
2° Mais une considération extrêmement importante, c’est que la fibre soit mince, allongée; que le rapport de sa longueur à son diamètre, en un mot, soit considérable. Ce rapport, dans la fibre recoupée et roulée à la raffitteuse, doit être de 5o au minimum.
3° La fibre doit, en outre, êtrè élastique, et enfin elle doit pouvoir se contourner sur elle-même avec facilité; c’est à ce prix seulement que le feutrage donne à la feuille de la solidité.
4° Par contre, la ténacité de la fibre dont on se préoccupe souvent n’a qu’une importance secondaire. Lorsqu’une feuille de papier se déchire, en effet, les fibres ne se rompent presque jamais; elles échappent entières en glissant entre leurs voisines.
Ces principes posés, je me suis attaché à classer par groupes d’analogues
les principales fibres végétales utilisées pour la fabrication du papier, et j’ai ainsi obtenu cinq groupes, comprenant les fibres suivantes :
i° Fibres rondes franchement netvurées : chanvre et lin ;
2° Fibres rondes lisses ou faiblement netvurées : sparte, jute, phormium, houblon, canne à sucre;
3° Matières fibro-celluleuses : paille, bambou;
4° Fibres plates : coton, cellulose de bois;
5° Matières imparfaites : bois moulu.
L’emploi de cette dernière matière, si répandu aujourd’hui, a pour effet d’abaisser la qualité du papier; les pâtes, en effet, fournies par la mouture du bois sont composées, non pas de fibres élastiques, mais de fragments sans souplesse, quelquefois absolument rigides, incapables de se contourner et de donner, par conséquent, un feutrage satisfaisant.
XXIV. - Sur l'emploi en papeterie des pâtes succédanées du chiffon, de la Librairie, mars 1874.
Jusqu’en 1872, la papeterie française n’employait, comme succédané du chiffon, qu’une seule matière végétale, la paille. A l’étranger cependant, et notamment en Angleterre, l’emploi de l’alfa ou sparte avait, depuis quelques années, prix un énorme développement, et déjà l’on voyait l’industrie anglaise tenter l’utilisation des fibres de cellulose pure, obtenues en décreusant le bois à i 8 q° par la soude caustique à 10 pour 100.
Pour éclairer nos manufacturiers sur les services que pouvait rendre l’introduction de ces succédanés et de quelques autres encore dans la composition de leurs pâtes, je suis allé en Angleterre étudier sur place la fabrication et l'emploi des matières nouvelles mises à la disposition de l’industrie papetière; les données que j’ai pu ainsi recueillir, mises par mes publications à la disposition des fabricants français, ont été, depuis, utilisées par eux dans de vastes proportions; elles ont contribué à la transformation moderne de la fabrication du papier dans notre pays.
C’est à la même époque que j’ai cru devoir appeler l’attention des consommateurs français, et notamment des éditeurs, sur l’infériorité communiquée à nos papiers par 1 emploi exagéré des matières non fibreuses, les unes végétales comme le bois moulu, les autres minérales comme le kaolin, le plâtre, le sulfate de baryte, etc., matières dont l’introduction n’a pour but
iplesse et sa
que de charger le papier, pour résultat que de lui enlever sa sou
J’ai mis alors à la disposition du commerce de la papeterie des procédés analytiques très simples pour reconnaître la nature de la charge et pour en apprécier l’importance. Ces procédés se sont vulgarisés et ont rendu à nos éditeurs des services sérieux.
XXV. — Étude des pyrites employées, eu France, à la fabrication de l’acide sulfurique.
Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LXXXI, p. 190, 26 juillet 1875,
Annales de Chimie et de Physique, 5* série, t. VII; 1876.
Le soufre, on lésait, a aujourd’hui complètement disparu de nos fabriques d’acide sulfurique; les pyrites ou sulfures de fer, dont M. Michel Perret a su le premier diriger la combustion, l’ont partout remplacé.
Pour se procurer les minerais sulfurés que son industrie chimique réclame, chaque pays manufacturier s’adresse à des gisements différents. L’Angleterre, dont les fabriques en consomment plus de 520000 tonnes chaque année, s’approvisionne surtout en Espagne et en Portugal; l’Allemagne brûle les pyrites de Westphalie; la France, richement dotée sous ce rapport, possède dans son sol même des gisements assez puissants pour alimenter ses usines pendant plusieurs siècles.
A l’époque où j’ai, avec la collaboration de M. H. Morin, entrepris l’étude des pyrites françaises, leur richesse etleur abondance étaient peu connues; la libéralité des Compagnies de Saint-Gobain, de Saiyndres, etc., auxquelles appartiennent les principales mines d’où ces pyrites sont extraites, nous a permis de faire connaître, en détail, l’étendue et l’importance des gisements, leur situation, comme aussi la composition des produits qu’ilsfournissent.
Dans les mines même, à des profondeurs variables, à tous les points remarquables, nous avons prélevé des échantillons, et de chacun de ces échantillons nous avons fait l’étude complète, nous préoccupant, pour chacun d’eux, non seulement de la teneur en élément utile, c’est-à-dire en soufre, mais encore de la proportion des éléments nuisibles aux opérations industrielles, tels que l’arsenic, le carbonate de chaux, le fluorure de cal-
Nous avons ainsi étudié, en premier lieu, le groupe si important des
mines du Rhône; situé à gauche et à droite deIa Brevenne. ee groupe comprend les gisements aujourd’hui célébrés de Chessy et de Sain-Bel. Là, nous avons rencontré, formant une masse compacte et colossale, un minerai auquel son homogénéité relative, sa teneur en soufre, sa pauvreté en arsenic, la nature de sa gangue, enfin, assignent une valeur tout exceptionnelle, et dont la fabrication française des produits chimiques consomme de 120000 à i3oooo tonnes chaque année. Riche habituellement à 46 et 48 pour 100 de soufre, atteignant, quelquefois, une richesse de 5o et 53 pour 100, la pyrite de Sain-Bel doit être placée au premier rang des minerais similaires que l’on rencontre en Europe.
A côté des gisements du Rhône, mais avec une importance productive bien moindre, se présentent les mines fort intéressantes, cependant, du département du Gard.
C’est d’abord la mine de Saint-Julien-de-Valgagnes, appartenant à la Compagnie des produits chimiques de Salyndres, qui chaque année livre aux usines de cette Compagnie ou met sur le marché de 24000 à 3oooo tonnes d’une pyrite riche de 4° ou 45 pour 100 de soufre, mais dont la qualité, malheureusement, se trouve diminuée du fait de la présence, dans sa gangue, d’une quantité de carbonate de chaux qui, habituellement, varie de 3 à 6 pour 100.
Ce sont, ensuite, les mines du Soulier, de Saint-Florent, etc.
En dehors du département du Gard, les pyrites du département de l’Ardèche (pyrite de Soyons) ont ensuite appelé notre attention.
Et enfin, à l’étude des pyrites françaises brûlées chaque année dans nos fabriques de produits chimiques, nous avons eu soin de joindre l’étude analytique de quelques pyrites étrangères (belges et norvégiennes surtout) dont ces fabriques importent chaque année 18000 à 20000 tonnes environ.
De ce long travail, nous avons pu conclure alors que la fabrication française des produits chimiques était sûre de rencontrer chez elle, pour de longs siècles encore, d’immenses approvisionnements de pyrites; et que, par conséquent, les deux matières premières qu’exigent ses procédés ordinaires,le sel d’un côté, le soufre d’un autre, lui étaient à la fois assurées, sans qu’elle eût à demander à l’importation étrangère autre chose qu’une concurrence loyale aux pyrites françaises, concurrence qui maintienne celles-ci à des prix rémunérateurs pour l’exploitant, mais cependant accessibles pour le manufacturier.
La plus grande partie des pyrites françaises est, d’ailleurs, d'une qualité remarquable; les pyrites de Tarsis, de Rio-Tinto, de San-Domingos, qui
alimentent l’Angleterre, sont loin de valoir les pyrites de Sain-Bel; elles sont généralement plus arsenicales, souvent moins riches en soufre.
Et si, d’autre part, nos pyrites du Gard et de l'Ardèche ne possèdentpas une pureté aussi grande, elles se recommandent cependant par des qualités industrielles qui leur assignent, dans l’approvisionnement de nos manufactures, un rôle aussi utile qu’important.