Aeml. Sc., 24 oct
introduit en inoculant, ne peuvent faire apparaître promptement, prouvant ainsi qu’il ne s’agit pas d’une véritable intoxication. Si cette intoxication joue un rôle, comme tendent à le faire croire les accidents consécutifs aux injections de volumes considérables de toxines, « cetle intoxication est sons la dépendance du développement du microbe ».
Ces précautions, peut-être inutiles aujourd’hui, étaient alors nécessaires, car tout était consteste ; action pathogène, rôle des toxines, etc.
Après avoir établi que le microbe détermine une véritable infection, je montre qu’on peut vacciner contre cette infection en plaçant des doses progressives do virus vivant sous la peau et non dans le sang : c’était, par surcroît, mettre en évidence une donnée encore peu connue, à savoir l’iiilluence des portes d'entrée sur les variations de la virulence.
Dès lors, en présence d’une infectum qui vaccine, je dissocie ce vaccin comprenant des éléments figurés ou microbes et des produits solubles de ces microbes ou toxines, les uns et les autres inclus dans les cultures; j’injecte uniquement, par quantités répétées, ces cultures pyocyaniques, filtrées, chauffées à H5" et démontrées stériles, autrement dit les produits non figurés, solubles. Puis, après avoir renouvelé plusieurs fois ces injections, suivant une technique qui n’a rien d’immuable, j’inocule par voie intra-veineuse le Bacille pyocyanique à ces animaux ainsi préparés et d des témoins. Ces témoins succombent tous « comme précédemment », c’est-à-dire, au maximum en trois ou cinq jours, à la façon des lapins dont je parle au début de la Note, quand je prouve que ce bacille est pathogène, lapins dont les viscères étaient farcis ,de microbes. Par contre, les animaux préparés résistent, vivent durant des semaines et des mois et, fait capital, lorsqu’ils meurent, on ne trouve pas de bacilles.
Voici, d’ailleurs, ma conclusion : « Ce qu’on peut dire en s’en tenant strictement « aux faits, c’est que, dans les conditions indiquées, il est possible d’augmenter « la résistance du lapin à un microbe déterminé, de rendre cette résistance plus ou « moins complète et durable, soit en inoculant au préalable ce microbe par une « autre voie, soit en injectant au préalable les produits solubles des cultures. »
Naturellement, à la longue, les sujets vaccinés eu.\-mêmes finissent par succomber. Je pourrais faire remarquer qu’ils meurent, comme périssent à un moment donné tous les lapins, principalement ceux des laboratoires placés dans des conditions en général peu hygiéniques ; mais je crois, en raison des paralysies observées, que cette vaccination a pu les affaiblir. J’ignorais, au début, ce que
j’ai bientôt appris avec M. Bouchard, à savoir que d’infimes quantités do toxines suffisent pour vacciner; pas plus qu’aujourd’hui on ne parvenait à suffisamment dissocier les corps utiles des nuisibles ; j’introduisais peut-être trop de toxines. Ce n’est là, du reste, qu’un détail de cette technique que je déclarais non « immmble », car je n’ai évidemment jamais prétendu immuniser ces animaux contre toute cause de mort; j’ai simplement soutenu qu’en injectant ces prodttils solubles, je les rendais résisUmts à un microbe, devenu impuissant à fonctionner dan^ leurs lism. Or, ce résultat résume toute cette question de l’immunité : il me semble se dégager incontestablement de mes recherches.
Deux mois après paraissait le très beau Mémoire de Chamberland et Roux, fournissant la consécration définitive de cette donnée, en vaccinant le cobaye contre le vibrion septique, grâce aux principes renfermés dans l’œdème que provoque chez ce cobaye ce vibrion septique; c’était puiser les produits solubles dans l’animal au lieu de les prendre in vitro. Au fond la méthode est la môme, puisque, dans les deux cas, ce sont les sécrétions bactériennes qui vaccinent; seul le milieu de leur fabrication change; or, ce milieu peut varier. Du reste, j’ai moi-même mis en œuvre cette nioditication de techniqiie(‘), en immunisant à l’aide du sang des infectés.
Ajoutons que, dans les doux années qui suivirent, on a étendu avec succès cette démonstration à 12 maladies, alors que de 1880 à 1887 on no trouve que deux tentatives discutées.
Mécanisme de la vaccination par les produits solubles. — Constater que des injections préalables de toxines font naître l’immunité ne nous éclaire pas sur le mécanisme de ce pheiiomcnc. — On ne peut, en effet, soutenir que ces toxines agissent, à la manière d’un ani ei tiqii q ir l m action de présence-, suivant leur nature, elles s’éliminent ou se détruisent {'). D’une part, l’état réfractaire, nul quand 1 organisme contient au maximum ces produits, augmente à mesure qu’ils disparaissent; d’autre part, bien que les cellules semblent devenir insensibles à certaines de ces toxines (tétanique, diphtérique), cette insensibilité, qui rapidement acquise n’a d’ailleurs que de grossières ressemblances avec les
M vaccinantes dans te sang des animaux. Soc. Biol., )C fév. 1880 et
2'^Sur t'Mimination par les urines des matières solubles vaccinantes fabriquées par les
processus lents et progressifs de l’accoutumance, ne se retrouve pas pour la plupart de ces toxines (‘), fait que j’ai établi et qui a été, dans les conditions précisées, reconnu exact : aussi a-t-il fallu chercher d’autres explications.
Théorie des humeurs (sérums) bactéricides. — A la suite de nombreuses tentatives, tout d’abord infructueuses, Grohmann, Fodor, Nuttall, etc., se sont aperçu que les microbes ne se développent pas d’une façon identique dans le sérum des animaux de même espèce, suivant qu’on recueille ce sérum chez des sujets normaux ou chez des vaccinés; néanmoins la preuve décisive manquait. On cherchait à savoir si ces microbes deviennent plus nombreux dans l’un de ces sérums; or, ces numérations sont difficiles; les différences, qui no sont en général bien marquées qu’au début, s’atténuent parfois dès le deuxième ou le troisième jour; aussi, après avoir répété ces numérations, Nissen concluait au doute. D’autre part, en France, à cette époque, on ne professait à peu près que la théorie phagocytaire limitée alors à l’inclusion des germes dans les cellules.
Modifications des microbes dans le sérum des animaux réfractaires. — Grâce à la variabilité morphologique et à la facilité des modifeations fonctionnelles (surtout au point de vue pigmentaire) que présente le Bacille pyocyanique, j’ai réussi à établir que ee bacille, examiné séparément dans un sémm normal et dans celm d'un sujet immunisé, offre une série de différences portant sur la forme, sur la qualité des produits, sur la disposition des germes dans la culture (') : après cette publication « le doute n'a plus semblé permis » (’). — D’ailleurs, j’ai complété ces premières études (‘), en montrant que, chez les vaccinés, la pullulation est moins rapide, les sécrétions moins abondantes, etc., et en prouvant que ces changements se réalisent dans l’organisme vivant ('). Comment, du reste, concevoir l’apparition des corps modificateurs dans le tube contenant l’un dé ces sérums, celui des réfractaires, et non dans l’autre? Soutenir que ces modifications cellulaires ne se produisent qu’en dehors de l’animal, c’est formuler sans aucune preuve une appréciation qui ne conduit à rien moins qu’à conférer à la matière