ACTION DES ACIDES ÉTENDUS
On sait que l’acide sulfurique étendu et froid parait être sans action sur l'aluminium, alors que la formation de l’alumine hydratée, dégageant 395,6“', ce métal devrait, à la température ordinaire, décomposer l’eau et, à plus forte raison, les acides étendus. J’ai cher-
«hé quelle pouvait être la cause de cette anomalie apparente, et j’ai montré que le fait tient à ce que, dès les premiers moments de la réaction, le métal se recouvre d’une couche d’hydrogène qui supprime le contact avec le liquide, ou au moins le rend extrêmement difficile. Tout ce qui tend à rompre la continuité de cette couche gazeuse rend l’attaque du métal plus facile ; c’est ainsi que si l’on opère dans le vide on voit l’aluminium se recouvrir de fines bulles d’hydrogène qui s’échappent de tous les points de la surface, celle-ci perd son poli et son éclat, devient mate et blanche, et l’aluminium se dissout peu à peu. L’attaque est plus rapide si, à la dissolution sulfurique on ajoute des traces d’un chlorure métallique facilement réduit par l’aluminium, comme sont les chlorures d’or et de platine ; le métal réduit hérisse la .surface de l’aluminium de petites aspérités qui ne permettent pas la formation d’une couche continue d'hydrogène, et la dissolution se fait avec plus ou moins de rapidité.
.l’ai observé en outre que le sulfate d’alumine dissolvant Talumiiiiura avec dégagement d'hydrogène et production d’un sulfate basique, la solution de sulfate d’alumine se comporte à peu près comme de l’acide sulfurique étendu ; c’est bien ce que Ton constate, en effet, et l’aluminium se recouvre d’une couche d’hydrogène dont on peut empêcher la formation par les moyens précédemment indiqués. Cette action du sulfate d’alumine sur Taluminium rend compte de ce fait, singulier au premier abord, que le sulfate de cuivre, mèmè acide, ne semble pas décomposé par Taluminium quoique la substitution de ce métal au cuivre soit fortement exothermique ; c’est que, dès que la réaction a commencé, le sulfate d’alumine formé attaque Taluminium en donnant un sulfate basique et de Thydrogène, et que cé gaz revêt la lame métallique d’une couche protectrice, si bien qu’il faut un temps très long pour voir apparaître quelques cristaux de cuivre qui vont en s’accroissant peu à peu ; au contraire, la réduction du sel de cuivre est rapide et facile si Ton ajoute à la liqueur une trace de chlorure de platine qui empêche Thydrogène de former un enduit protecteur à la surface de Taluminium.
L’acide azotique dilué donne lieu à des phénomènes du même ordre; ce liquide parait être sans action sur Taluminium; mais une feuille mince de ce métal y disparaît en quelques heures, et, si Ton opère dans le vide, de fines bulles gazeuses partent de tous les points de la lame qui devient mate et se dissout peu à peu. Ici encore il se forme
une couche protectrice sur le métal; mais au lieu d’ètre constituée par de l’hydrogène, elle l’est par de l’azote ou du bioxyde d’azote, en même temps qu’il se produit de l’ammoniaque qu’on retrouve dans la liqueur.
L’azotate d’alumine qui se produit est, comme le sulfate, capable d’attaquer l’aluminium en donnant un sel basique ; l’action est très lente à froid, mais à chaud il se dégage des bulles d’hydrogène et l’on obtient un azotate basique 2A1-0’, Az®0®, 10H*O. 11 résulte de là que raluminium placé dans une solution d’un azotate métallique, tel que celui de cuivre, semble d’abord y demeurer inaltéré, comme lorsqu’il s’agissait du sulfate, et pour une raison analogue; en réalité, l’action est lente parce qu’elle est entravée par une couche d’hydrogène, elle devient rapide quand ce gaz cesse de former un dépôt continu.
J’ai pu, après avoir étudié l’action de ces acides, reconnaître pourquoi l’aluminium ne décompose pas l’eau à froid, comme la chaleur de formation de son oxyde conduit à le penser. Cette décomposition a lieu en réalité, mais l’hydrogène et l’alumine qui se produisent étant tous deux capables de recouvrir la surface du métal et de le soustraire au contact avec le liquide, l’action s’arrête aussitôt, elle se produit d’une façon continue quand on empêche la formation de l’enduit protecteur. Les conclusions tirées de la chaleur do formation de l’alumine subsistent donc tout entières, et c’est en raison d’une cause purement accidentelle que l’aluminium parait ne pas décomposer, a froid, l’eau pure ou les acides étendus.