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PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE

46. — Sur la germination dans un sol riche en matières organiques, mais exempt de microies. {Comptes rendm, t. C, 1885, p. 66.)

Un engrais quelconque mis dans le sol s’y détruit constamment, sous l’influence des microbes, en ?e transformant en éléments plus simples. A quel niveau de cette échelle do dégradation ces éléments peuvent-ils être absorbés et consommés par la plante qui utilise l’engrais? Faut-il que la matière organique initiale soit ramenée à l’état d’eau, d’acide carbonique et d’ammoniaque? ou peut-elle déjà être utilisée sous la forme première, et par exemple le sucre, l’amidon, la caséine du lait, sont-ils assimilables par la plante sous leur état actuel?

J’ai cherché à résoudre cette question en ensemençant des graines de pois et de haricot dans un sol stérilisé au point de vue des microbes, mais humecté de lait, d’empois d’amidon, ou de solutions de sucre candi. J’ai trouvé que dans ces conditions le lait reste intact, que l’empois d’amidon ne' se liquéfie pas et que le sucre ne s’intervertit pas. Quant à la plante, elle' reste aussi grêle que celles qu’on fait germer dans l’eau pure. Ces matières organiques sont donc inertes pour elle, et si la plante peut en utiliser les faibles quantités qui pénètrent par endosmose dans ses tissus, elle reste au moins incapable de répandre dans le sol environnant les diastases qui pourraient lui servir à transformer en matière assimilable les engrais mis à sa disposition.

Ce résultat a quelque chose de paradoxal, quand on songe que beau-

coup de graines solubilisent et consomment le sucre ou l’amidon déposé dans leurs tissus. Mais, pour une plante vivante, créer de la diastase à l’intérieur de ses cellules, ou en répandre dans le milieu nutritif, sont deux choses très différentes. Les diastases sécrétées par la graine en germination, au moins chez certaines plantes, sont une sécrétion individuelle des cellules, et ne passent même pas par voie de diffusion d’une cellule à l’autre. J’ai eu souvent l’occasion de le remarquer dans ces recherches, dans lesquelles une graine peut rester 2 ou 3 mois dans le sol à l’abri des microbes, et en ne restant soumise qu’à ses actions et réactions physiologiques. En l’étudiant au microscope, il n’est pas rare d’y rencontrer des cellules non seulement pleines, mais bondées de grains d’amidon, en apparence intactes au milieu d’autres cellules absolument vides. Toutes ne sécrètent donc pas de la diastase, et celles qui en sécrètent n’en fournissent pas toujours pendant la vieà colles qui n’en sécrètent pas.

Pour pénétrer plus avant dans cette question, il faudrait y apporter des déterminations, quantitatives précises. Je l’avais essayé, mais j’ai été arrêté dans cette voie en constatant que l’action de la lumière, qu’il m’était impossible d’éliminer de mes germinations, suffisait à elle seule pour consommer en partie la matière organique. J’ai été conduit ainsi à aborder une question nouvelle que j’ai étudiée dans l’un des mémoires suivants.

47. — Sur la valeur alimentaire de diverses substances pour VAspergillus niger. {Bull, de la Soc. de biologie, mars 1885.)

Pour établir un lien entre le mode d’alimentation des plantes supérieures et celles des microbes, j’ai étudié la façon dont la mucédinée A spergillus niger se comporte vis-à-vis des diverses substances alimentaires. Je suis, même allé plus loin ; comme on peut faire à cette plante un bon terrain de culture exclusivement minéral, j’ai essayé, en ajoutant à ce milieu des substances hydrocarbonées diverses, de distinguer celles qui peuvent servir à la multiplication de la plante et qu’on peut appeler aliments de construction, de celles qui ne peuvent pas servir à édifier des tissus nouveaux, mais que la plante peut consommer lorsqu’elle est à l’état adulte. Ces derniers aliments peuvent donc entretenir la vie d’nne plante déjà faite. Pour les distinguer des premiers, je les ai nommés aliments d’entretien.

- L’étude de cette question conduit à rejeter absolument la division classique des aliments en aliments albuminoïdes et en aliments respiratoires, qii’on subdivise en amylacés, gras et sucrés.

Dans ces derniers, lé glucose seul est à la fois aliment de construction et aliment d’entretien. Le sucre de lait, la mannite, ne peuvent être consommés que par la plante adulte. L’empois d’amidon est à l’origine un aliment très médiocre de construction. La plante y pousse mal, mais peu à peu on y voit apparaître ce phénomène, que j’ai déjà signalé, de production de diastases suivant les besoins. La plante s’accommode ainsi peu à peu de ce milieu médiocre, et finit par y pousser très bien. L’amidon cuit est aussi un bon aliment d’entretien ; après une période de transition difficile, la plante le liquéfie et le brûle.

L’amidon cru est uniquenient un aliment d’entretien. La plante adulte le corrode peu à peu. Elle brûle aussi l’alcool, l’acide acétique, lorsqu’elle est développée, mais refuse de pousser avec ces aliments comme unique source de carbone. Avec l’acide butyrique l’effet est plus complexe. Elle le brûle en solution étendue; mais elle le respecte et meurt à son contact, pour une dose un peu plus forte. Après avoir été un aliment de l’état adulte, cette substance devient un antiseptique.

48. — Action de la lumière, solaire sur les substances hydrocarbonées.

{Ann. de l’Institut nat. agronomique, t. X, 1886, et Comptes rendus,

t. cm, p. 881.)

Quelques-unes de mes recherches m’ayant mis inopinément en présence des actions comburantes de l’oxygène sous l’influence de la lumière solaire, j’ai cru devoir les étudier de près. Ce travail, très long, n’est que commencé en ce qui concerne les substances azotées ; je n’ai publié que les faits relatifs à la combustion des substances hydrocarbonées.

Je peux, eu laissant de côté les détails, résumer Ries conclusions en quelques lignes. Presque toutes les substances hydrocarbonées se disloquent rapidement, sous l’influence combinée de l’air et de la îümière solaire, en groupements plus simples. Pour quelques-unes, cette dislocation dela.mol^cule n’a même pas besoin d’une source d’oxygène extérieure, elle se fait

par une combustion intérieure, analogue à celle que Lavoisier a mise en évidence pour la fermentation alcoolique.

Les degrés variables de résistance que présentent, vis-à-vis de l’action solaire, les diverses substances hydrocarbonées, permettent de les ranger en série. Le rang qu’elles occupent dans cette série n’est pas fixe, et dépend de la réaction.du liquide et de la source à laquelle on emprunte l’oxygène nécessaire à la combustion. Mais les variations çont faibles, et en somme, il y a des corps dont la molécule peut être considérée, d’une façon absolue', comme très stable, d’autres pour lesquels elle l’est moins, d’autres pour lesquels elle l’est très peu.

Ce sont alors les corps stables qui prennent surtout naissance pendant la dislocation des autres, et comme ils sont peu nombreux, ils reparaissent souvent dans les expériences de dislocation solaire des corps les plus divers. Tels sont, parmi les produits volatils, l’alcool, l’acide ac.étique et les divers, acides gras volatils.

Ces corps, qui sont les produits les plus habituels des phénomènes de combustion solaire, sont aussi les produits les plus habituels des phénoinènes de fermentation. A cette, parenté de nature ils, joignent souvent une parenté d’origine. Aussi le sucre qui, dans un milieu acide, se transforme sous l’influence de la levure en alcool et en acide carbonique, se transforme aussi graduellement en alcool et en acide carbonique sous l’influence de la lumière solaire dans un milieu alcalin. Cette production commune d’alcool dans deux phénomènes aussi différents qu’une fermentation et une combustion solaire témoigne que c’e.st plutôt la stabilité de la molécule résiduaife qui intervient dans le phénomène, que la nature vivante ou inanimée de la cause qui le met én jeu. ’

Ces phénomènes sont constamment en action dans la vie végétale, et on peut affirmer qu’il y a une portion do l’acide carbonique émis par une plante, qui, provenant des dislocations solaires, n’est pas à proprement parler un produit de respiration. Des phénomènes analogues se produisent chez les animaux, mais ici ils se caractérisent surtout par la mort des cellules épidermiques, et amènent ce qu’on appelle le Coup de soleil. Chez les microbes, on peut les étudier de très près, à cause de l’indépendance des diverses cellules ; j’ai tait leur étude dans les mémoires .suivants.

4?. — Sur la dur,èe de la vie chez les germes de microbes. {Ann. de ch. :et de ghys., 6* s., t. V,.mai 1885, et Comptes rendus, t. CI, p, 395.)

Je me borne à donner des conclusions de cette longue série de recher-

Les meilleures conditions de conservation, pour les microbes, sont le séjour dans un liquide enfermé en vases clos, à l’abri de l’air, dans une atmosphère limitée d’où les microbes ont peu à peu fait disparaître l’oxygène, pour le remplacer par de l’acide carbonique. Dans ces conditions, la persistance de la vie après 25 ans n’est pas chose rare dans le monde des microbes, et il en est même qui, après ce long repos, ne se montrent pas affaiblis, et sont tout aussi faciles à rajeunir que s’ils sortaient d’une culture de la veille.

Toutes choses égales d’ailleurs, la conservation est plus assurée dans des liquides faiblement alcalins que dans des liquides faiblement acides, ou fortement alcalins.

Si on laisse Tair se renouveler, même lentement, la durée de conservation devient beaucoup plus courte, que les germes soient immergés dans un liquide, ou conservés à sec. A Tétat sec. en particulier, je ne crois pas qu’il y ait de spore de microbe, conservée à Tair et à la lumière diffuse, qui soit encore vivante après 25 ans.

La destruction devient encore plus rapide si on fait intervenir Tinsolation. Quelques jours, souvent quelques heures suffisent alors à tuer les germes de microbes. Grâce à cette rapidité d’action, il est assez facile d’apprécier les degrés divers de résistance des bacilles et des coccus.

Le degré de résistance au soleil des spores de divers bacilles est variable avec l’espèce des bacilles, et, pour un même bacille, avec la nature du liquide dans lequel il a été cultivé.

Ce n’est guère qu’au bout d’un mois au moins d’exposition que les spores des bacilles que j’ai étudiés, conservées à sec dans un ballon de verre, commencent à perdre la faculté de se développer dans un liquide approprié à leur rajeunissement.

Les coccus, chez lesquels on ne connaît pas de spores, sont plus rapidement tués que les spores de bacilles.

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