Sur la digestion intestinale. [Ibid
2i. —Sur la digestion des matières grasses et cellulosiques. [Ibid. ,976.)
La plupart des expériences de digestion artificielle ou naturelle ont été troublées à l’insu de l’opérateur par l’ingérence de microbes divers qui tantôt présents, tantôt absents, apportant avec eux, lorsqu’ils intervenaient, des diastases identiques à celles de l’organisme, ont introduit dans les résultats une confusion inextricable. A la question : Où se digèrent l’amidon, la fibrine, la caséine, etc?... il n’y avait aucune réponse précise ù faire, chaque sécrétion digestive semblant avoir la faculté de transformer toutes les substances qu’on exposait à son action.
J'ai essayé de faire disparaître ces obscurités et ces incertitudes en éliminant d’une façon absolue les infiniment petits des vases clos où je faisais des digestions artificielles. Pour certaines sécrétions, telles que la salive, le suc gastrique, il m’a suffi de les faire arriver sur les matières alimentaires stérilisées d’avance, après les avoir filtrées au travers d’une cloison poreuse de porcelaine. Pour le suc pancrétique, dont la viscosité empêche la filtration, j’ai dù recourir à un procédé plus hardi qui consiste à aller chercher sur l’animal sacrifié en pleine digestion un peu de son pancréas, qu’on isole avec des instruments flambés et qu’on introduit tel quel dans le vase à digestions artificielles.
Je résume les résultats obtenus, en répondant pour un certain nombre
de substances alimentaires à la question dont je disais plus, haut qu’elle n’avait pas de solution, parce qu’elle en avait trop.
L’amidon n’est pas physiologiquement digéré dans l’estomac. Il ne l’est que par le pancréas. Cl. Bernard avait bien vu cette dernière conclusion. Il avait vu moins nettement la première.
La caséine est coagulée par la présure dans l’estomac de l’animal en lactation, par l’acidité du suc gastrique dans l’estomac de l’animal adulte. Mais ni la présure ni le suc gastrique acide ne sont capables d’en pousser plus loin la transformation. Ce n’est donc pas l’estomac qui digère le lait, et là est sans doute le secret des bienfaits de l’alimentation lactée dans certaines maladies d'estomac. La digestion physiologique du lait se fait seulement par le suc pancréatique.
La fibrine du sang est entièrement digestible dans l’estomac. Le gluten résiste un peu plus, puis vient l’albumine cuite, puis 1 albumine crue. On voit ‘par là que le suc gastrique fait des différences dans ce que nous confondons sous le nom commun de matières albuminoïdes. Aussi, avec une substance organisée et histologiquement différenciée comme la fibre musculaire, le mécanisme de la digestion est-il complexe. Les sarooprismes sont beaucoup plus vite attaqués par le suc gastrique que les disques intercalaires. Le pancréas, de son côté, s’attaque tout d’abord à la substance interfibrillaire. 11 effiloche en long le muscle qui tronçonné en large par le suc gastrique se divise bientôt en éléments microscopiques dont une partie se dissout, une partie résiste, parce que le suc pancréatique n’a pas plus que le suc gastrique la propriété de transformer toutes les matières albuminoïdes.
Cette conclusion me permet d’expliquer autrement et, je crois, mieux que ne l’avait fait Cl. Bernard, pourquoi l’estomac ne se digère pas luimême. La même raison existe pour le pancréas, auquel M. L. Corvisart avait attribué à tort la faculté d’autodigestion.
Arrivant alors aux matières grasses, je montre que leur émulsion par le suc pancréatique n’est pas du tout une action digestive, que c’est un pur phénomène physique dépendant de l’intervention des forces capillaires. D’anciennes expériences de M. Faye> sont d’accord avec cette opinion.
comme ce savant l’a fait remarquer lui-même. Le» aliments gras pénètrent en nature dans l’organisme, mais à un état de division qui favorise leur circulation dans les vaisseaux capillaires et facilite les transformations qu'ils doivent subir.
A ces digestions physiologiques les microbes viennent mêler sur toute la longueur du canal intestinal celles qu’ils savent produire eux-mêmes, pour se créer des matières alimentaires aux dépens des matériaux ingérés, et qu’ils opèrent par une sécrétion de diastases en tout identiques à celles de l’organisme. Us ne jouent qu’un rôle secondaire dans l'estomac, dont l’acidité normale les paralyse, mais sitôt que labile a saturé la pâte chymeuse, ils en prennent possession et la suivent jusqu’àl’extrémité du canal digestif. Comme ils peuplent tous les sucs intestinaux, il n’y a aucune action digestive, attribuée à ces sucs, qui ne leur soit imputable. Us sont seuls à pouvoir digérer certaines substances, comme les diverses celluloses. Ce sont eux qui commencent la digestion dans la panse des ruminants. Chez l’homme, leur effet total est du même ordre de grandeur que celui des sucs normaux de l’organisme, de sorte qu’il se fait en nous deux digestions superposées et de puissances comparables : une digestion normale, une digestion microbienne.
Les gaz intestinaux proviennent uniquement de l’action des microbes. Us représentent un des produits de transformation de la matière alimentaire que ces microbes prélèvent sur notre nourriture, en échange du service qu’ils nous rendent. 11 résulte de là qu’une partie des matériaux que nous ingérons n’est pas brûlée dans l’acte de la respiration, mais prend dans l’intestin la forme de produits gazeux, de nature et de composition variables, dont partie est évacuée, partie est absorbée et dégagée avec les autres dans le poumon ou la respiration cutanée.