II. — ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
44. — Sur certains caractères différentiels de quelques genres appartenant au groupe des Serranina.
[Bull. Soc. philomathique, 6' série, t. X, p. 51 ; 10 mai 1873.
Sur les écailles de la ligne latérale chez différents Poissons Pereoïdes.
L’étude des écailles de la ligne latérale des Poissons parait avoir été négligée par les auteurs systématiques, ces deux notes ont pour but de montrer que ces organes peuvent cependant fournir des caractères d’une grande netteté pour la classification. Les Pereoïdes voisins de la Perche et du Serran (Percina et Serranina de M. Günther) ont été examinés à ce point de vue; les préparations, au nombre d’environ cinq cents, déposées dans les collections du Muséum, ne représentent pas moins de quarante genres et environ trois cent cinquante espèces.
La structure réelle des écailles de la ligne latérale chez la Perche, prise comme type, est exposée en premier lieu. Trompés par une illusion d’optique, les zoologistes avaient admis jusqu’ici que le canal de ces écailles offrait deux ouvertures, l’une antérieure tournée vers la base de l’écaille, l’autre postérieure taillée en biseau à la limite intérieure de l’aire spinigère : cette dernière ouverture n’est qu’apparente. Outre le premier orifice, il y en a d’abord un second très petit, à l’extrémité d’un tube, qui traverse toute l’aire spinigère, puis un troisième largement ouvert, lequel met en com-
munication le canal et la face profonde de la lame écailleuse. Ce type, le plus habituel, se rencontre chez plus d’une vingtaine de genres dans les groupes étudiés.
Deux autres types, l’un simplifié par l’absence du tube traversant l’aire spinigère, le second compliqué, ce tube au lieu d’être simple étant ramifié, se rencontrent chez les Centropomus et les Polyprion d’une part, chez les Lutjanus, les Diacope, les Etelis, les Apsilus, les Aprion d’autre part.
Enfin les Grammistes, les Rypticus , montrent un type anormal d’écailles, celles du corps, plongées dans le tégument, offrant la structure qu’ont ces organes chez les Anguilles, celles de la ligne latérale étant réduites à de simples tubes libres. Ceci met en évidence l’indépendance morphologique des deux parties de l’écaille de la ligne latérale, la lamelle et le tube. L’étude de ces organes chez les Percarina en fournit une autre démonstration.
La structure des écailles de la ligne latérale fait bien saisir, on le voit, les. rapports qui unissent entre eux plusieurs groupes et la place réelle qu’il convient d’assigner à quelques espèces, elle peut montrer d’un autre côté la composition hétérogène de certains
Les Serrans par exemple, sans parler des Anthias, présentent trois types nettement tranchés; les uns, comme le Seiranus scriha, Lin., ont ces écailles construites sur le modèle de celles de la Perche ; d’autres, avec le Serranus gigas, Bl. Schn., ont ces mêmes écailles privées d’aire spinigère et profondément enfoncées dans la peau ; cette conformation se retrouve sur un nombre considérable d’espèces rapprochées déjà du Mérou ; enfin chez le Serranus ilaiara, Lichtenst., l’écaille de la ligne latérale, analogue à celle du Serranus gigas, Bl. Schn., est munie d’un tube ramifié traversant l’aire spinigère.
Le genre Plectropome n’offre pas moins de variétés, puisqu’on y rencontre les dispositions signalées chez la Perche, le Mérou, les Lutjans, les Centropomes.
Ces différences, très nettes et constantes pour chaque groupe d’espèces, devront certainement fournir de bons caractères taxinomiques; il est toutefois probable, l’appareil auquel on les emprunte étant un appareil de sens spécial, qu’on n’établira ainsi que des divisions d’ordre inférieur.
45. — Remarques sur la valeur de certains caractères anatomiques employés pour la classification des Poissons.
Les faits dont il est question dans ce travail, tout en se rapportant aux memes animaux, sont relatifs à des considérations d’un ordre plus général; ils complètent et justifient sur certains points les déductions de la note précédente.
En examinant les écailles chez les Percina de la collection du Muséum, j’ai pu de nouveau montrer que le caractère employé par Agassiz pour ses grandes divisions des Poissons ordinaires et emprunté à la conformation cténoïde ou cycloïde des écailles, comporte de nombreuses exceptions. Les Percoïdes, tout en étant un des types les plus complets de la première de ces divisions, offrent cependant des faits anormaux à ce point de vue; en premier lieu, chez VAspro mlgaris s’observent souvent, sur la ligne ventrale, des écailles entièrement cycloïdes; elles sont toutes construites sur ce dernier type chez YEnoplosus armatus de la Nouvelle-Hollande ; enfin il en est de même chez les Siniperca, qui par tous leurs autres caractères sont si rapprochés des Perches proprement dites.
Le revêtement squameux étudié sous le rapport du nombre des écailles estimé par les lignes latérale et transversale, conduit à des résultats singuliers. En comparant, d’une part, les Perça et les Labrax, d’autre part les Siniperca et les Percalabrax, on remarque une différence très notable, les formules étant beaucoup plus élevées chez les seconds que chez les premiers. Si même on examine les Perça et les Labrax de l’un et l’autre Continent, on voit que les espèces européennes de ces deux genres ont des formules plus élevées que les espèces d’Amérique. Cette concordance, en relation avec la distribution géographique (voir n" 55), semblerait au premier abord favorable à la théorie, qui ferait descendre d’une origine commune les espèces correspondantes; cependant il faut remarquer que ces Poissons, malgré la différence d’habitat, se
trouvent dans des localités très voisines les unes des autres, sans qu’aucun passage entre eux puisse être reconnu.
Pour prévenir toute confusion, on trouve indiquées brièvement, à la fin de cette note, les raisons qui m’ont empêché d’admettre les genres nombreux établis par les zoologistes américains aux dépens des Labrax et fondés sur la disposition, trop peu importante, des dents linguales. On peut encore déduire de ces études que les espèces marines ont des caractères moins variables et plus tranchés que les espèces d’eau douce.
46. — Sur le développement des spinules dans les écailles du Gobius niger Lin.
Deux opinions ont été émises quant à l’origine des spinules pour les écailles cténoïdes des Poissons : les uns les considèrent comme de simples prolongements de la lamelle, les autres comme se développant à part et ne se soudant que plus tard il celles-ci. L’examen des écailles chez le Gobius niger, Linné, serait en faveur de cette dernière manière de voir.
Chez ce Poisson, à écailles cténoïdes monostiques, le bord postérieur libre de la lamelle porte une rangée de spinules, qui croissent comme taille du centre à chacune des extrémités de la série. En dehors des spinules complètes, se voient toujours deux de ces organes en voie de développement. On peut suivre le mode suivant lequel s’accomplit celui-ci. Parmi les cellules épithéliales, qui bordent l’écaille postérieurement, constituant une lamelle dans laquelle sont comme noyées les spinules, un certain nombre vers chaque angle s’isolent en un follicule creux, qui renferme une papille conique aux dépens de laquelle se forme la spinule, dont l’extrémité se développe d’abord; plus tard seulement, après destruction du follicule, la base se produit, amenant la disparition de la papille. C’est alors qu’elle se joint à la lamelle ; mais dans le Gobius niger cette union est toujours médiate et, par l’action de réactifs convenables, on peut s’assurer de l’absence de soudure réelle entre les parties.
Ce mode de développement rapproche ces spinules des scutelles, qui revêtent le tégument des Plagiostomes, tandis que la lamelle, plus spéciale aux Téléostéens, parait être une dépendance des parties profondes de la peau, c’est-à-dire du derme.
47. — Sur quelques particularités du squelette chez le Caranx carangus JB/.
Chez ce Poisson, qui, pendant quelques mois, a été apporté sur 'le marché de Paris par le navire le Frigorifique , les hæmépines des troisième et quatrième vertèbres caudales sont dilatées en palette, en forme de cœur renversé, et les quatre ou cinq côtes antérieures sont renflées en olive allongée, au point que leur diamètre peut atteindre fl millimètres, tandis que, dans la portion voisine de la vertèbre, l’épaisseur est d’à peine 1“",5. L’examen histologique montre que cette forme inusitée des côtes est en rapport avec le développement excessif du tissu spongieux.
48. — Remarques sur la construction du nid de /’Antennarius marmoratbs, Less. et G., dans la mer des Sargasses.
Ayant eu l’occasion de disséquer, si l’on peut dire, plusieurs de ces nids, signalés pour la première fois par Agassiz dans la mer des Sargasses, je suis arrivé sur la construction dé ces corps singuliers à une conclusion un peu différente de celle émise par ce savant auteur, qui les regarde comme formés de fragments de plantes marines. C’est au contraire avec une Sargasse unique, que le Poisson établit cette espèce de radeau en commençant à relier au moyen d’un fil soyeux les différents rameaux à partir du centre, d’où ils divergent d’une façon plus ou moins régulièrement dichotomique. On peut en brisant méthodiquement les fils développer la plante dans son entier et lui rendre sa forme primitive.
49. — Remarques sur ta disposition fondamentale des teintes chez un Écheneïs vivant.
[Bull. Soc. philomathique de Paris, V série, t, VIII, p. 5; 27 octobre 1883.)
Un fait bien connu, c’est que chez les animaux en général, et les Poissons ne font pas exception à la règle, les parties supérieures du corps sont plus ou moins colorées, tandis que les inférieures restent pâles; cette différence est attribuée à l’influence de la lumière, qui frappe les premières plus vivement que les secondes. La disposition anormale des teintes chez les Pleuronectes confirme cette idée, puisqu’on voit le côté qui porte les yeux et se trouve dirigé en haut, coloré, le côté opposé élait normalement blan-
Les Écheneïs en donneraient une nouvelle preuve. Fixés aux corps submergés par leur ventouse supracéphalique, c’est le dos de l’animal qui se trouve à l’abri de la lumière, le ventre y étant au contraire exposé ; aussi observe-t-on un renversement de la distribution des teintes celui-ci étant plus fortement coloré que celui-là.
Cette observation a été faite à bord du Talisman sur un Échéneïs trouvé adhérent à la peau d’un Requin (Carcharias glaucus).
50. — Remarques sur l’orientation des œufs dans l'oviducte chez les Poissons É/asmohranches ovipares.
[Bull. Sot. philomathique de Paris, 7* série, t. VIII, p. 178; 28 juin 1884.)
La reproduction ovipare chez les Élasmobranches a été jusqu’ici presqu’exclusivement rencontrée chez les différents genres des Scyllidées et chez les Raies. Un caractère commun aux œufs de ces Poissons, c’est que l’enveloppe cornée protectrice, présente à l’une de ses extrémités une solution de continuité où les bords sont simplement accolés par l’élasticité propre de la paroi, sorte d’orifice, qui livre passage au petit arrivé à la fin de son développement.
Il résulte d’observations faites d’abord sur plusieurs Pristiurus melanostomus, puis sur les deux Roussettes de nos côtes, Scyllium
camcula, S. catultts, que chez ces Squales cet orifice de sortie se trouve, pendant la descente dans l’oviducte, tourné vers les parties profondes. Chez les Rata clavata et R. bâtis la position est inverse, l’orificé étant tourné vers le cloaque. L’examen a porté, dans l’un et l’autre cas, sur d’assez nombreux exemplaires, sans qu’on ait trouvé d’exception à ce fait très singulier, si l’on se rappelle que la glande nidamenteuse, sécrétant la coque cornée, et que les canaux vecteurs ne paraissent pas différer sensiblement dans ces deux groupes, pour ce qui est au moins de la disposition générale des organes.
51. — Sur les dimensions comparatives des adultes et des jeunes chez un Poisson Élasmobrancke, fAlopias vulpes.
(Bull. Soc. philomathique de Paris. 7" série, t,X;.12 décembre 1885.)
D’après cette observation, la taille que peuvent atteindre les jeunes Squales avant leur naissance, dans les espèces vivipares, paraît pouvoir varier dans des limites assez étendues. Les dimensions étant jusqu’à un certain point, en rapport avec celles de la mère, sur les individus très développés, le petit serait proportionnellement plus grand. Un Alopias vulpes, pêché à Cette en présence de M. E. Moreau, et atteignant 4“,70, portait dans l’utérus quatre petits, longs chacun de 1“,55; on trouve sur nos côtes des exemplaires de cette même espèce, déjà d’un certain âge, qui cependant mesurent à peine 1“,20 à 1“,30, moins grands par conséquent que ne l’auraient été ces petits au moment de la naissance.
52. — Note sur un fœtus gigantesque d’Oxyrhina Spallanzanii, Bonap. ’ (Bull. Soc. philomathique de Palis, 8‘ série, 1.1, p. 38 ; 8 décembre 1888.)
Ce foetus, qui mesure près de 50 centimètres de long, est encore porteur d’une vésicule ombilicale volumineuse, 24 centimètres de grand diamètre, 14 de petit, le poids total est de 3 l ,250 dans l’état
de conservation où se trouve la pièce, déposée dans les collections du Muséum depuis 1832.
Cette observation ne doit-elle pas faire penser que la mère, qui portait cet œuf gigantesque, devait avoir une taille proportionnée, l’espèce, dit-on, peut atteindre 4 mètres, mais les individus pris habituellement sur .nos côtes, bien qu’ils soient en état de se reproduire, sontde dimensions beaucoup moindres 1“,50 Ù2 mètres. II est supposable que, chez ces derniers, l’œuf atteint un moindre volume, ce qui serait à rapprocher du fait cité dans la note précédente pour YAlopias tulpes.
53. — Sur l’œuf d’un Poisson du groupe des Squales, Stegostoma tigrinum, Broussonel.
(<Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences, l. LXXXV1,
On ne peut que rarement rapporter ù une espèce précise les œufs que pondent les Squales, formant la famille des Scyl/idæ. Il faut pour arriver a cette détermination, soit capturer un individu femelle h un moment voisin de la ponte et prendre l’œuf tout formé dans l’oviducte, ou avoir un de ces œufs dans lequel le développement du petit soit assez avancé pour qu’on puisse reconnaître les caractères spécifiques.
Cette dernière circonstance s’est rencontrée sur un exemplaire, rapporté au Muséum d’histoire naturelle par M. Édouard Thierry, t’est, sans aucun doute, du Stegostoma tigrinum, Broussonet, que provient cet œuf. Il présente dans sa forme des caractères intermédiaires ù ceux des œufs chez les Scyllium et les Ginglymostoma ayant la forme quadrilatérale des premiers et l’absence de prolongements aux angles des seconds.