Recherches sur la oéNÉRATiON des huîtres
Mémoires de la Société de biologie, t. IV, p. 207, 11g., pi. 1 et 2. Paris, 1862, - El voi. in-S
Mémoire couronné par l’Institut. Prix de physiologie expérimentale.
<i C’est parmi plusieurs mémoires de physiologie zoologique inscrits Il pour concourir que la commission a distingué celui qui lui a paru mériter « d’être couronné, La commission a vu avec satisfaction les zoologistes « aspirer à cette récompense. On acquiert ainsi une preuve nouvelle que « la méthode expérimentale s’introduit de plus en plus dans les sciences « naturelles.
« Le travail qui a plus particulièrement fixé notre attention est celui qui t( a pour titre : Recherches sur la Génération des huîtres. Ce travail est non- « seulement fondé sur des expériences délicates, mais encore sur des ob- « servalions attentives, patientes, et surtout faites en temps opportun. Ces <( expériences et ces études ont, en définitive, conduit l’auteur à plusieurs « découvertes curieuses et incontestables. .
« 11 faut avouer que jusqu’àce moment nos connaissances sur la généra*
« tion des hilîtresn’ont été rien moins que précises. Longtemps on a crules « huîtres hermaphrodites; mais, dans ces derniers temps, des zooiogistes « éminents ayant, à l’aide du microscope, reconnu dans certaines huîtres « des zoospermes, et dans d’autres huîtres des ovules bien caractérisés, « ont cru devoir abandonner i’idée de i’hermaphrodisme pour ces moÙus- « ques et ies considérer comme ayant ies sexes distincts. Cette opinion <1 avait acquis une teiie consistance qu’on a proposé la fécondation artifi- « cielle pour subvenir à la déperdition fâcheuse qu’éprouvent certains « bancs d’huîtres de nos parages, ou le croisement des races afin de lés Il améliorer.
« Malgré l’existence isolée chez les huîtres de zoospermes et d’ovules, (. M. Davaine proclame et démontre sans réplique possible l’herma- « phrodisme de ees mollusques et la nécessité de revenir à l’ancienne « croyance populaire, partagée toutefois par plus dun naturaliste dis-
« Comment M. Davaine a-t-il surmonté une pareille difficulté, franchi un « semblable écueil? Car il ne conteste en aucune manière les observations « des zoologistes qui ont vu des zoospermes dans certaines huîtres et des « ovules dans d’autres. La chose estpourtantfort simple maintenant qu’elle « est trouvée. Par une observation persistante, poursuivie pendant plu- « sieurs années sur un nombre considérable d’huîtres, pour ainsi dire jour « par jour, M. Davaine a reconnu qu’une même huître offre successive- « ment à l’observateur des zoospermes, puis des ovules, et môme parfois « des zoospermes et des ovules simultanément. Il a constaté que les zooci spermes de l’huître se montrent avant les ovules et disparaissent dès que « ceux-ci sont fécondés. On a donc pu, et même on a dû croire à des huî- « très mâles et à des huîtres femelles. Ici, comme en toute autre eircons- « tance, les faits bien observés ne se contredisent point et ne sauraient se « contredire. Leur interprétation seule se modifie.
« Vos commissaires ont vérifié avec un soin scrupuleux les faits énoncés ci par l’auteur, et les ont trouvés exacts.
« M. Davaine n’a certes pas l’initiative de l’hermaphrodisme des huîtres, « car le raisonnement avait déjà conduit à cette conclusion ; mais il l’a dé- « montré de la manière la plus satisfaisante, remplaçant ainsi dans la « science une opinion probable par une démonstration positive, renver- « sant en même temps des interprétations erronées qui s’y étaient intro-
« Parmi les autres ouvrages envoyés au concours, la commission a en- « core porté son attention sur un travail expérimental de M. Davaine, qui « offre une différence complète avec le précédent (Mém. de M. Waller), « tant par le sujet dont il traite, que par la nature des faits qu’il renferme. « Le seul rapprochement qu’on pourrait faire entre les auteurs, c’est que « M. Davaine est également connu de l’Académie, qui lui a décerné le prix « de physiologie expérimentale en 1854.
« Le sujet du mémoire dont il s’agit ici est une étude très-bien faite sur
« l’anguillule dublé niellé (mguiUula tricili). Dans ses recherches, l’auteur « a embrassé complètement Thistoire de ces animalcules sous le rapport de « leur organisation, de leurs migrations, de leur développement, etc. Mais « la commission, pour demeurer dans l’esprit du concours, a fait porter « uniquement son jugement sur la partie physiologique du travail qui a « été l’objet, de la part de M. Davaine, de recherches expérimentales « neuves et intéressantes sur la vitalité spéciale que possèdent ces anguille Iules.
« On savait déjà que les anguillules du blé jouissent de la singulière fa- « oullé de reprendre le mouvement et la vie lorsqu’elles ont été desséchées « et laissées pendant très-longtemps dans un état de mort apparente. « M. Davaine a constaté de nouveau cette propriété, et il en a plus exacte- « ment déterminé les conditions ; mais, de plus, il a découvert ce fait remar- « quable .que la faculté de reprendre la vie est le privilège exclusif des « anguillules du blé dépourvues d’organes génitaux, c’est-à-dire à l’état de « larve, et qu’elles la perdent aussitôt qu’arrivées dans le blé à l’état adulte, « elles se trouvent pourvues d’organes génitaux. Les membres de la comte mission ont été témoins des expériences qui établissent ce résultat « important.
« Mais M. Davaine ne s’est pas borné à prouver que la dessiccation tue B définitivement les adultes, et ne fait que plonger les larves dans un état « de mort apparente : il a encore soumis comparativement ces anguillules « larves et adultes à d’autres influences, telles que celle du froid, du vide, « de l’eau, etc., et il a constaté que les larves résistaient à ces divers agents, « tandis que les adultes y succombaient bientôt.
« 11 était encore intéressant pour le physiologiste de savoir si cette vita- « lité, qui reste l’apanage exclusif des larves, pouvait être attaquée par les « agents toxiques qui anéantissent la vie chez les animaux élevés. M. Da- « vaine a fait sur ce sujet un très-grand nombre d’expériences qui l’ont con- « duit à ce résultat très-intéressant, que les substances toxiques, même les a plus énergiques, telles que la morphine, l’atropine, la strychnine, le cu- « rare, sont sans action sur la vitalité des anguillules, tandis que les corps « qui peuvent agir chimiquement sur les tissus par une réaction acide ou « alcaline, même très-faible, détruisent aussitôt et pour toujours la vitalité « de ces larves.
« En résumé, les recherches experimentales auxquelles s’est livré M. Da- « vaine ont enrichi la physiologie générale de plusieurs faits importants.
« et ces notions physiologiques à leur tour ont jeté une vive lumière sur « l’histoire des helminthes qui se développent dans le blé niellé.
« Comme on le voit, il ne pouvait y avoir de comparaison à établir entre « les reoberches de M. Waller et celles de M. Davaine. Aussi, la commis- « sion, appréciant d’une manière absolue le travail de M. Davaine, et con- « sidérant, d’autre part, qu’on ne saurait trop encourager cette direction « des études physiologiques qui se portcntsur toutes les classes d’animaux, « a jugé à l’unanimité que le mémoire de M. Davaine méritait aussi un