Sur l'iodure de silicium et sur le siliciodoforme
(Bulletin de la Société chimique, u* série, t. IX, p. i; t. X, p. 82. — Comptes rendus des séances de l’icadémie des Sciences, t. LXVII, p. 98. - Annales de Chimie et de Physique, 4" série, t. XXV, p. 4a3.)
Ce corps, 'qui n’était pas encore connu, a été obtenu en faisant passer, dans un courant d’acide carbonique, de l’iode en vapeur sur du silicium chauffé au rouge. C’est un beau produit cristallis.able, qui peut être distillé dans un courant d’acide carbonique, qui brûle quand on le chauffe à l’air et dont la composition, Sil*, répond h celle du chlorure et du bromure de silicium. Sa forme cristalline est cubique.
En faisant réagir, comme l’ont fait MM. Wôhler et Buff, l’acide iodhydrique, au-dessous du rouge, sur le silicium, on obtient un produit qui avait été regardé comme un corps Si 2 I* -t- 2HI, mais qui n’est autre chose que le même iodure mélangé avec une très-petite proportion d’un corps que l’on peut appeler siliciodoforme. En faisant réagir sur le silicium un mélange d’acide iodhydrique et d’hydrogène, j’ai augmenté notablement la proportion du corps hydrogéné qui se forme, et j’ai réussi à isoler le siliciodoforme, liquide extrêmement dense,' très-réfringent. Ses propriétés chimiques se rapprochent de celles du silicichloroforme.
10. Sur un oxychlorure de silicium (en commun avec M. Ladenburg).
(Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. LXVI, p. 53o.j
En faisant passer du chlorure de silicium dans un tube de porcelaine chauffé au rouge, on remarque qu’il se forme une petite quantité d’un corps bouillant plus haut que le chlorure de silicium, et qui n’est autre chose qu’un oxychlorure :
' c\ ! SiC|!
î Stci»
On voit que ce corps a pris naissance par la substitution, à 1 atome
de chlore du chlorure de silicium, de ^atome d’oxygène: i atome d’oxygène relie donc deux groupes Si Cl*.
L’oxygène de ce composé provient en partie de l’oxygène du feldspath formant la couverte du tube. Toutefois l’oxychlorure se forme en plus grande proportion quand on fait intervenir dans la réaction un courant d’air. Il y a alors mise en liberté d’une proportion notable de chlore; ce dernier élément paraît donc, au moins en partie, être déplacé directement par l’oxygène de l’air.
La production de cet oxychlorure est intéressante, parce que ce corps appartient à un type de composés siliciques très-stable, et qui paraît avoir une grande tendance à se former. Le disilicate hexéthylique et l’oxyde de silicium-triéthyle appartiennent évidemment au même type :
(Si(C*H‘0)>
(Si(C’H>0)>
Nous avons pu, en effet, obtenir l’un et l’autre de ces deux composés en faisant réagir sur l’oxychlorure de silicium l’alcool absolu pour le premier, le zinc-éthyle pour le second.
Nous avons constaté que, dans la réaction du zinc-éthyle sur l’oxychlorure, il y a formation de silicium-éthyle en même temps que d’oxyde de silicium-triéthyle..L’oxygène est remplacé par de l’éthyle en même temps que le chlore : c’est une réaction analogue à celle par laquelle M. Frankland a obtenu son éther diéthoxalique. L’oxyde de silicium-triéthyle, traité par le zinc-éthyle, n’est pas attaqué même à une température élevée.
MM. Troost et Hautefeuille ont fait voir depuis que l’action de la chaleur transforme l’oxychlorure précédent en d’autres oxychlorures, avec mise en liberté de chlorure de silicium.
11. Sur les dérivés d’un radical aUyle, dans lequel un atome de carbone est remplacé par du silicium (en commun avec M. Ladenburg).
(Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t; LXVI, p. 816, et t. LXX, p. 1407.)
Lorsqu’on chauffe la monochlorhydrine ethylsilicique avec du zincéthyle jusqu’à l’ébullition, on ne voit passe produire de réaction; mais,
si l’on ajoute quelques fragments de sodium au mélange porté à une douce chaleur, on constate la production immédiate d’un gaz chloré (chlorure d’éthyle), et la réaction, si on ne la modère pas, peut devenir extrêmement vive. Le produit qu’on obtient en distillant quand il n’y a presque plus de dégagement gazeux est formé en très-grande partie d’une sorte de composé intermédiaire entre le silicium-éthyle et l’éthér silicique. Le chlore de la monochlorhydrine a été remplacé par de l’éthyle, et il s’est formé le corps Si(C“H 5 ) (C J H s O) s , qui participe de l’extrême stabilité du silicium-éthyle. Pour le décomposer entièrement et transformer le silicium en silice, il faut le chauffer avec l’acide azotique au-dessus de 200 degrés.
D’autre part, le même corps est attaqué très-vivement par la potasse très-concentrée et chaude; de l’alcool est mis. en liberté, et le corps éthéré disparaît. En neutralisant ensuite la potasse, on voit se produire un précipité blanc floconneux ressemblant à la silice : c’est un corps carboné jouant le rôle d’un acide faible et renfermant SiC s H ! 0 J H.
Le composé éthéré s’est dédoublé à la façon de l’éther formique de Kay, et, comme ce dernier fournit de l’alcool et de l’acide formique, il a donné aussi de l’alcool et un acide que l’on peut appeler silicopropionique.
Nous avons obtenu aussi l’acide silicopropionique en faisant réagir sur l’éther silicopropionique tribasique le chlorure d’acétyle; il se forme ainsi un composé qui est le trichlorure, correspondant à l’éther, et de l’éther acétique. L’action de l’eau sur le mélange fournit l’acide silicopropionique, qui peut être considéré comme l’anhydride du précédent.
Cet acide est soluble de nouveau dans la potasse, et la solution neutralisée donne avec l’azotate d’argent un précipité blanc renfermant avec l’argent un acide silico-organique. Il est précipité de sa solution, non pas par l’acide chlorhydrique, mais par le sel ammoniac, comme l'acide" silicique.
On voit que le corps éthéré peut être considéré comme renfermant le radical Si(C 2 H s )"' uni à trois fois le groupe oxéthyle. Ce radical triatomique peut être comparé à l’allyle, et le corps lui-même serait la triéthyline d’une sorte de glycérine silicée, qui n’existe pas à l’état
Par ce travail, un pas nouveau a été fait dans la connaissance des combinaisons organiques du silicium : à un alcool silicé (hydrate de silicononyle), à.des éthers de cet alcool (chlorure, acétate), à un éther (oxyde de silicium triéthyle), sont venus s’ajouter un éther d’un alcool triatomique et un acide monoatomique.
12. Sur l’hexa-iodure, l’hexabromure et l’hexachlorure de silicium.
( Bulletin de la Société chimique, a' série, t. XI, p. 186; t. Xm, p. 3. — Beriehle der deutschen Chem. Gesellsch., t. n, p. 715 et 747. - Bulletin.de la Société chimique,
2" série, t. XVI, p. 244. Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. LXXffl, p. 497
Eu faisant réagir l’argent métallique sur l’iodure de silicium à une température voisine de l’ébullition de ce corps, j’ai réussi à obtenir un hexa-iodure de silicium •
a Si I 1 +.2 Ag = 2 Ag,I -t- Si’I*.
Ce corps est solide, incolore! il cristallise dans le type hexagonal. II est le premier terme de ce qu’on peut appeler la sérié ethylique du silicium, c’est-à-dire que 2 atomes de silicium s’y saturent réciproquement en partie, comme 2 atomes de carbone dans la série éthylique proprement dite.
L’action du brome et du chlore sur l’hexa-iodure de silicium a permis d’obtenir les hexabromure et hexachlorure correspondants. Le dernier est volatil sans décomposition, tandis que l’hexa-iodure ne
MM. Troost et Hautefeuille ont depuis retrouvé l’hexachlorure par un procédé différent.
13. Surlasérie éthylique du silicium {eu commun avec M. Ladenburg.)
(Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, t. pXVDI, p. 920. - Bulletin de la Société chimique, 2' série, t. XII, p. 92.)
Nous avons étudié les divers dérivés de l’hexa-iodure de silicium, entre autres Vhydrate silicioxalique, qui est pour le silicium ce que l’acide
oxalique est pour le carbone, et qui s’obtient simplement par l’action de l’eau. Ce n’est pas un acide; l’action des alcalis le décompose avec mise en liberté d’hydrogène en le transformant en silice.
Le silicium-hexéthyl résulte de l’action du zinc-éthyle sur l’hexaiodure. Il ressemble beaucoup au silicium-tétréthyle par ses propriétés.
U. Transformation de l'iodure de silicium en éther silicique.
(Bulletin de la Société chimique, a* série, t. XVII, p. 290.)
L’éther silicique ne peut pas s’obtenir par l’action de l’alcool sur l’iodure de silicium. Il se produit de l’iodure d’éthyle et des polysilicates éthyliques; mais on peut réussir à préparer un éther en chauffant l’iodure de silicium avec de l’éther pur et anhydre. Il se forme de l’iodure d’éthyle et du silicate d’éthyle.