III. - DÉRIVÉS COLORÉS DE L’ANILINE
Modes divers de formation de la rosaniline (Répertoire de Chimie appliquée, 1860, p. 307; 1861, p. 275 et 416. - Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, dé-
Schützenberger, t. I, p. 467, 469, 49'- — Dictionnaire de JVurtz, et i or Supplément, article Aniline). Réactions diverses de la rosaniline (Répertoire de Chimie appliquée, 1861, p. 274 et 38i. - Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse,
Sur la mauvéine (Répertoire de Chimie appliquée, 1860, p. 307).
Modes divers de formation de la rosaniline.
1. Lorsqu’on chauffe l’aniline en présence d’une petite quantité d’acide nitrique, aux environs dei8o°, on voit la masse se colorer peu à peu et devenir finalement d’un rouge intense presque noir; il s’est produit ainsi de la rosaniline, qu’on extrait et qu’on purifie par des précipitations au sel marin (Lauth et Depoully). Ce mode de préparation a reçu une application industrielle d’une certaine importance; il a été, depuis, remplacé par le procédé à l'acide arsénique.
2. J’ai, à la même époque, étudié l’action de l’acide iodique sur l’aniline et j’ai fait connaître les conditions dans lesquelles se forment des matières colorantes.
3. En 1859, j’ai montré que la rosaniline se produit en quantités considérables lorsqu’on fait réagir le tétrachlorure de carbone sur l’aniline à I7 o°-i8o°, dans un appareil à reflux, de façon que les vapeurs de chlorure retombent dans l’aniline. A.-W. Hofmann avait
déjà observé ce fait, en opérant en vase clos, mais dans ces conditions il ne se forme que des traces de rosaniline.,
4. Un mode de préparation plus intéressant est celui que j’ai signalé en 1861; il consiste à mettre en présence de l’aniline, de la nitrobenzinc et du protochlorure d’étain. Ce procédé, modifié par la simple substitution du fer à l’étain, est un de ceux que l’industrie emploie couramment aujourd’hui.
5. J’ai signalé enfin la formation de la rosaniline lorsqu’on chauffe l’acide rosolique avec l’aniline. Cette expérience s’explique aujourd’hui qu’on connaît les relations intimes qui existent entre ces deux
1. Lorsqu’on fait réagir à chaud l’acide hypophosphoreux sur une solution aqueuse de rosaniline ou d’un de ses sels, on obtient une liqueur incolore qui reprend sa couleur rouge à l’air ou sous l’influence des agents d’oxydation. L’acide hypophosphoreux agit évidemment comme réducteur et donne naissance h la leucaniline : c’est un moyen commode et rapide de préparer ce corps.
2. La rosaniline doit son importance moins à elle-même qu’aux produits qui en dérivent par substitution. Le premier de ces dérivés colorés qui ait été obtenu a été découvert par moi en 1860 : lorsqu’on met une aldéhyde en présence d’une solution acide de rosaniline, on voit la couleur se modifier rapidement et passer successivement du rouge au violet, puis au bleu (violet et bleu d'aldéhyde). Cette réaction est générale pour les aldéhydes et a été adoptée depuis pour caractériser cette classe de corps. Le violet et le bleu d’aldéhyde possèdent un pouvoir colorant intense et une grande affinité pour les tissus, mais ils sont d’une remarquable instabilité à la lumière. Leur propriété la plus curieuse est celle qu’ils possèdent de se transformer sous l’influence d’une dissolution bouillante et acide d’hyposulfite de soude en un beau vert qui a été largement utilisé dans l’industrie. J’ai étudié ce corps; j’ai trouvé qu’il renferme du soufre de constitution et qu’il se produit chaque fois qu'on met une solution acide de bleu d’aldéhyde
en présence de soufre à l’état naissant; il en est ainsi notamment avec un mélange de polysulfure et de sulfite de sodium, que j’ai fait adopter par l’industrie.
La mauvéine a été préparée par M. Perkin, à l’aide de la réaction du bichromate de potasse sur l'aniline.
On peut obtenir une substance analogue en choisissant comme oxydant le chlorure de chaux, qui a l’avantage de n’introduire que peu de matières étrangères dans la masse et de faciliter, par conséquent, la purification du colorant (Lauth et Depoully).