‹ Notice sur les travaux scientifiques du Dr. Ph. C. SappeyChapitre 15 sur 21 · I. — TRAVAUX RELATIFS A L’ANATOMIE DESCRIPTIVE · texte numérisé non relu

I. — TRAVAUX RELATIFS A L’ANATOMIE DESCRIPTIVE

Au premier rang parmi les travaux de cet ordre, se place mon Traité d'anatomie descriptive, et sur un second plan une série d’études qui s’appliquent à certains organes.

A. Traité d’anatomie descriptive.

(4 volumes in-8", avec 973 lignes intercalées dans le texte, 3' édition, 1876-1879.)

La première édition de mon Traité d’anatomie a paru de 1850 à 1860. Tirée à 7000 exemplaires, elle s’épuisa longtemps avant d’être terminée.

La seconde et la troisième éditions ont été accueillies avec la môme faveur. Aujourd’hui il m’est permis de dire, je crois, sans rien exagérer, que cet ouvrage a servi à l’instruction de toutes les générations qui se sont succédé depuis vingt ans. Traduit en Espagne et en Italie, il est classique non seulement en France, mais dans le midi de l’Europe et même de l’Amérique.

Afin d’en mieux assurer la bonne exécution, je le publiai moi-même, m’imposant dans ce but les plus lourds sacrifices, contrôlant par l’observation tous les faits que j’avais à décrire, multipliant mes recherches avant de conclure, consacrant à chaque partie, à chaque branche de la science les soins qu’elle exigeait, poursuivant sa rédaction avec activité.

mais en prenant toujours le temps pour collaborateur. Le succès a couronné mes efforts et dépassé toutes mes espérances. Il serait peut-être difficile à comprendre si j’avais suivi la même route que mes prédécesseurs, mais je m’en suis écarté pour prendre une voie nouvelle, qui me semblait plus avantageuse.

Mon ouvrage se distingue en effet de tous ceux qui l’ont précédé par l’alliance de l’histologie à l’anatomie descriptive, deux branches qui se complètent l’une par l’autre, qui étaient restées jusqu’alors entièrement distinctes, et qu’il y avait évidemment avantage à réunir. Les auteurs qui s’adonnaient à l’anatomie descriptive passaient trop rapidement sur la structure des organes, qu’ils connaissaient peu, et dont ils ne donnaient qu’une notion insuffisante. Ceux qui prenaient pour mission de décrire leur structure sont tombés dans l’excès opposé. Les premiers comme les seconds ne nous enseignaient qu’une partie de leur histoire; ils en traçaient un tableau dont une moitié était très achevée, et l’autre à peine ébauchée. C’était enlever à la science une partie de l’intérêt qu’elle pouvait offrir. A ces descriptions tronquées j’ai pensé qu’il convenait de substituer des descriptions complètes.

Après avoir considéré les divers organes dans leur conformation extérieure, j’aborde donc leur structure et je l’expose avec tous les développements qu’elle comporte. Faisant appel à la fois à l’observation et à la critique, je me suis attaché à vérifier tous les faits que j’avais à exposer, et à discuter toutes les opinions qui se recommandaient par leur importance ou le nom de leur auteur. Cette manière de procéder était la plus longue sans doute; mais elle était aussi la plus sûre. Elle m’a conduit à relever une foule d’erreurs et à recueillir un assez grand nombre de faits qui avaient passé inaperçus.

Rappeler ici ces erreurs et ces faits nouveaux, ce serait me condamner à une longue et ingrate énumération que je dois m’interdire. Une simple mention générale me suffira.

Mais je ne me suis pas borné à considérer chaque organe sous un double point de vue. Avant d’aborder leur étude isolée, je trace l’histoire des appareils qu’ils contribuent à former. C’est ainsi que les appareils de la circulation, de la digestion, de la respiration, etc., sont décrits avec tous les développements qu’ils réclament; je m’occupe ensuite des organes qui en dépendent.

C’est dans la même pensée que j’envisage aussi dans leur ensemble tous les groupes d’organes similaires avant d’exposer la description de ces or-

ganes. Ainsi l’étude des muscles est précédée de celle du système musculaire ; l’étude des nerfs est précédée de celle du système nerveux ; celle des os, de celle du système osseux; celle des glandes, de celle du système glandulaire, etc. Déjà la plupart des auteurs avaient compris l’utilité de ces considérations générales; mais je leur ai accordé une plus grande importance, afin de rattacher autant que je le pouvais l’anatomie générale à l’anatomie descriptive.

En outre, j’ai jugé utile de remonter parfois la série des âges pour relier les recherches, les opinions, les découvertes des auteurs anciens à celles de la science contemporaine.

Je termine par un précis d’embryologie, qui montre les appareils et les divers organes dans les phases successives de leur évolution.

Mon Traité (V anatomie descriptive diffère donc de ceux qui l’ont précédé par plusieurs améliorations qui chacune, je crois, réalise un progrès. Il a pour attributs distinctifs et pour avantages :

'1" L’association de l’histologie à l’anatomie descriptive, association qui s’applique non à quelques organes seulement, mais à tous sans exception, ainsi qu’aux systèmes et aux tissus ;

2“ Des notions d’anatomie générale beaucoup plus étendues et plus complètes que celles contenues dans les ouvrages antérieurs au mien ;

3“ Des recherches historiques puisées dans les auteurs originaux et ajoutées à la description des principaux organes qu’elles complètent ;

4" Une étude condensée du développement des appareils et des organes, étude qui aurait pu être fractionnée en rattachant à chacun d’eux les détails qui les concernent, mais que j’ai préféré exposer dans son ensemble, toutes les parties du corps étant étroitement unies et en réalité inséparables;

5° Et enfin un nombre considérable de figures, originales pour la plupart, dessinées sous mes yeux, sur des préparations faites par moi, gravées avec un rare talent et imprimées avec les plus grands soins. Ces figures intercalées dans le texte marquent une ère nouvelle dans la publication des ouvrages d’anatomie. J’ai pris l’initiative. Témoins des avantages qu’elles présentent, mes contemporains sont entrés dans la même voie; et le progrès réalisé a profité à tous. Il a évidemment contribué dans une certaine limite à faciliter les études anatomiques et à leur donner une plus grande extension.

B. Conformation, structure, lon^iieiir de l’urèthre.

Mes recherches sur la conformation extérieure et la structure de l’iirèthre ont été publiées cà la suite d’un concours pour la place de chef des travaux anatomiques. Elles contiennent une description originale et complète de l’urèthre de l’homme. Ce travail renferme plusieurs faits nouveaux. Je mentionnerai seulement : J° le mécanisme par lequel les fibres longitudinales de la vessie et du rectum président à la dilatation des sphincters anal et vésical ; les lymphatiques de la prostate, qui ont été précédemment décrits; S" les nerfs qui se distribuent à la partie inférieure de la portion spongieuse de l’urèthre ; 4° la détermination de la longueur de l’urèthre qui a varié dans mes évaluations de J5 à 17 centimètres et qui doit être estimé en moyenne à 16 centimètres chez l’adulte, à 17 chez les vieillards.

Plus tard, dans un travail lu à la Société de biologie, j’ai repris ces mêmes études sur la longueur totale de l’urèthre. Je mesurai avec beaucoup de soin 54 urèthres et j’arrivai au même résultat. Je constatai, en outre, que les 16 centimètres exprimant cette longueur se répartissaient ainsi : 27 millimètres pour la portion prostatique, 13 pour la portion membraneuse, c’est-à-dire 4 centimètres pour ces deux premières parties, et 12 pour la troisième ou portion spongieuse.

G. ^ ©liimc et eapacité «lit crâne. Poids «le l’encéphale.

(Mémoires de la Société de biologie, 1869, p. 107.)

Pour déterminer les dimensions du crâne dans les deux sexes, j’ai mesuré sur trente-deux individus, seize hommes et seize femmes :

1" Les trois principales courbes qui le circonscrivent et j’ai pu constater que toutes les trois sont plus grandes chez l’homme que chez la femme;

2“ Ses trois principaux diamètres extérieurs; et j’ai reconnu aussi que tous les trois sont plus grands dans le sexe masculin que dans le sexe féminin. La différence en faveur de l’homme est de 8 millimètres pour le diamètre antéro-postérieur, de 2 1/2 pour le transversal, de 8 1/2 pour le vertical. Ce dernier est donc celui qui diffère le plus d’un sexe à l’autre.

Il suit de ces résultats que le volume du crâne est plus considérable chez l’homme que chez la femme.

Dans le but d’évaluer la capacité du crâne, j’ai mesuré ses trois principaux diamètres intérieurs chez les trente-deux individus précédemment mentionnés; et j’ai vu que tous sont plus longs dans le sexe masculin. Le vertical, qui est le plus petit dans les deux sexes, est aussi celui qui présente la plus notable différence.

Passant ensuite à l’évaluation du poids de l’encéphale chez les mêmes individus, mes recherches sont venues me démontrer que ce poids s’élève en moyenne chez l’homme à 1*‘%358 et chez la femme à l'‘^,256, en sorte qu’il présente en faveur du premier une différence de 102 grammes, différence considérable, qui porte presque exclusivement sur le cerveau. Broca, dans ses études sur le même sujet, est arrivé à une moyenne notablement plus élevée que la mienne. Mais je reste convaincu qu’elle est exagérée et que les recherches ultérieures donneront des résultats très rapprochés de ceux que j’ai obtenus.

D. Poids du foie, de la rate et du rein.

(Traité d'anatomie, 3° édition, t. IV, p. 311, 368 et 523.)

Le poids de ces viscères a été évalué dans des conditions anormales. Les anatomistes détachaient ces organes, puis les plaçaient dans un des plateaux de la balance. Mais ils n’obtenaient ainsi que leur poids cadavérique. Car chacun d’eux par le simple fait de son isolement perdait une partie du sang contenu dans ses vaisseaux, d’où une diminution de poids proportionnelle à la quantité de liquide écoulé. Pour déterminer leur poids réel ou physiologique, il importait donc de leur restituer le sang qu’ils contiennent à l’état normal. En procédant ainsi, je suis arrivé aux résultats suivants, qui expriment la moyenne de leur poids cadavérique et de leur poids physiologique.

Poids cadavérique moyeu. Poids physiologique moyen.

1» Foie 1451 gr. 1937 gr.

2“ Rate 196 225

3“ Rein 170 182

Le foie est donc l’organe le plus lourd de l’économie. Il l’emporte beaucoup sous ce point de vue sur l’encéphale, qui ne dépasse pas chez

Thomme 1358 grammes. Comparé au poids m.oyen du corps, qui est de 63 kilogrammes, il en représente la trente-deuxième partie, tandis que celui de l’encéphale n’en représente que la quarante-quatrième partie.

Page 1