‹ Notice sur les travaux scientifiques du Dr. Ph. C. SappeyChapitre 16 sur 21 · II. — TRAVAUX RELATIFS A LA PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

II. — TRAVAUX RELATIFS A LA PHYSIOLOGIE

Ce groupe comprend une thèse d’agrégation sur l’influence de la lumière, des études sur le mécanisme du vomissement, et des considérations physiologiques sur un fœtus qui a séjourné cinquante-six ans dans le sein de la mère sans subir la moindre altération.

Â. Influence de la lumière sur les êtres vivants.

(Thèse présentée à la Faculté pour le concours d’agrégation, 184i.)

Cette thèse est précédée d’une introduction, dans laquelle je rappelle que la science moderne a reconnu dans les rayons solaires trois espèces distinctes de radiations .• la radiation lumineuse, la radiation calorifique et la radiation chimique.

Les radiations chimiques sont celles qui déterminent les combinaisons et les décompositions dont la lumière est l’agent spécial. Avant d’aborder l’étude des phénomènes qui s’accomplissent sous leur influence, je jette un coup d’œil rapide sur les propriétés et les lois de ces radiations ; sur les procédés à l’aide desquels on peut les isoler des radiations lumineuses et des radiations calorifiques; sur la part qu’elles prennent à la constitution du rayon solaire. J’étudie ensuite l’influence de la lumière sur les végétaux, sur les animaux et sur l’homm.e.

Presque tous les travaux qui ont été publiés sur l’influence de la lumière sont relatifs aux végétaux et plus particulièrement à leur respiration.

L’acte respiratoire dans les végétaux comme dans les animaux est un phénomène essentiellement chimique. Mais, tandis que du règne animal s’échappe incessamment du gaz acide carbonique, de la vapeur d’eau et de l’azote, nous voyons les plantes décomposer l’acide carbonique pour

en fixer le carbone et en dégager l’oxygène, décomposer l’eau pour s’emparer de son hydrogène et dégager aussi son oxygène, et emprunter de l’azote soit à l’air, soit à la terre. Si le règne animal, ainsi que l’a si bien fait remarquer M. Dumas, est un immense appareil de combustion, le règne végétal à son tour constitue un immense appareil de réduction, où l’acide carbonique laisse son charbon, où l’eau laisse son hydrogène, où l’air laisse son azote.

Les radiations chimiques étant la cause première de tous ces phénomènes, j’expose successivement leur influence : 1" sur la décomposition du gaz acide carbonique ; 2® sur la décomposition de l’eau ; 3® sur la réduction des produits azotés.

J’étudie ensuite l’action de la lumière sur l’absorption des liquides par les racines ; sur l’exhalation ; sur la direction des tiges ; et enfin sur les mouvements des fleurs et des feuilles.

B. Considérations pliysiolog;iques sur un fœtus qui a séjourné SG ans dans le sein de sa mère.

[Comptes rendus de l’Académie des sciences, 27 août 1883.)

Comment un enfant mort peut-il se conserver dans le sein de la mère vivante, pendant vingt-huit ans comme celui de Sens, pendant trente ans comme celui de Pont-à-Mousson, pendant trente-un ans comme celui de Joigny, pendant quarante-sept ans comme celui de Leinzel-en- Souabe, et enfin pendant plus d’un demi-siècle comme celui de Quimperlé dont il sera question plus loin?

Pour expliquer leur conservation, deux théories ont été présentées. La plus ancienne est celle de la pétrification. Pour les auteurs qui l’admettent, les enfants conservés sont assimilables aux fossiles. Les principes immédiats de leur corps ont été remplacés, molécule à molécule, par une substance gypseuse, siliceuse ou calcaire, de telle sorte qu’ils ont changé de nature, sans rien perdre de leur forme et de leur volume. Cette théorie s’appuie sur le durcissement extrême qu’offraient la plupart des organes chez quelques fœtus. Ainsi Billement avance que le fœtus de Pont-à- Mousson était pétrifié. Bartholin, qui avait vu le fœtus de Sens dans le cabinet des curiosités de Frédéric III, roi de Danemark, affirme qu’il était dur comme la pierre. Mais ni le fœtus de Leinzel-en-Souabe, ni le fœtus

de Joigny, ni le fœtus de Quimperlé n’étaient pétrifiés. Cette théorie est donc contredite par les faits observés.

La seconde théorie, exposée par Morand, est celle du dessèchement progressif. Le fœtus se conserve, dit cet auteur, parce qu’il se dessèche et se trouve à l’abri du contact de l’air. Mais le fœtus de Quimperlé n’était pas desséché. Cette théorie par conséquent est aussi insuffisante. Il fallait donc en chercher une troisième qui pût nous expliquer, non seulement pourquoi un enfant se conserve lorsqu’il se dessèche, mais aussi pourquoi il se conserve lorsqu’il ne se dessèche pas. Cette nouvelle théorie prenant son point d’appui sur le fœtus de Quimperlé, j’en donnerai d’abord une rapide description.

La mère devint grosse à vingt-huit ans. Parvenue à l’âge de quatrevingt-quatre ans et jusque-là assez bien portante, elle fut admise en 1845 à l’hospice de Quimperlé, et mourut trois semaines après son entrée d’une affection des voies respiratoires. M. Beaugendre, qui lui avait donné ses soins, en fit l’autopsie. La tumeur était située en dehors de la matrice, sur le trajet de la trompe utérine droite. Comme toutes celles du même genre, elle était constituée par un kyste à parois extrêmement dures. Le kyste enlevé, on le divisa à l’aide d’une scie en deux parties égales.

Bien grande alors fut la surprise des spectateurs. Dans cette enveloppe, qui appartenait par tous ses attributs au monde minéraL il y avait un enfant ! Et cet enfant, pendant sa longue captivité, n’avait subi aucune altération ! Il se présentait dans l’attitude qui lui est ordinaire, les membres fléchis sur le tronc, la tête inclinée sur le thorax. Les membranes pupillaires, complètement développées, attestaient qu’il était âgé de sept mois. L’enveloppe cutanée, les organes superficiels, les viscères contenus dans les grandes cavités du corps, tous les muscles, toutes les parties molles avaient conservé leur consistance, leur souplesse, leur couleur normales. Le fœtus, en un mot, apparut aux yeux des personnes présentes sous les traits d’un enfant qui vient de s’endormir. A ce spectacle inattendu une sorte d’émotion s’empara de toute l’assistance et se propagea au dehors avec la rapidité de l’éclair ; aussi chacun d’accourir pour voir celui qu’on appelait le petit vieillard de cinquante-six ans.

Ce fait unique, je crois, dans les annales de la science, suffit pour réfuter la théorie du dessèchement. Morand avait dit, il est vrai, que le fœtus se conserve, d’une part, parce qu’il se dessèche, et, de l’autre, parce qu’il était à l’abri du contact de l’air. Mais nous savons aujourd’hui que l’air n’est pas nuisible en lui-même. M. Pasteur, dans une

expérience restée célèbre, démontrait à l’Académie des sciences, le 20avriH863, que, lorsqu’il est privé de ses germes, les matières organiques ne se décomposent pas. L’illustre expérimentateur, dans cette séance, déposa sur le bureau de l’Académie des ballons contenant, les uns du sang, les autres de l’urine, tous remplis d’air privé de ses germes. Ces liquides ne subirent aucune altération.

Entre les ballons de M. Pasteur, qui contenaient des matières putrescibles et les ballons calcaires que la nature avait construits de toutes pièces autour des fœtus qu’elle voulait conserver, il existe une saisissante corrélation. De part et d’autre les germes atmosphériques faisaient défaut, et de part et d’autre aussi le contenu putrescible a résisté à la décomposition putride. Ainsi s’explique la conservation des enfants qui sont restés après leur mort un grand nombre d’années dans le sein de la mère. Ramenés à leur véritable interprétation, tous ces faits si exceptionnels apportent une éclatante confirmation à la doctrine que M. Pasteur défend depuis vingt-cinq ans avec tant de zèle, de succès, de talent et une si louable énergie.

En présence de ces faits les théories anciennes doivent disparaître pour faire place à une théorie nouvelle, plus en harmonie avec les données de la science moderne; je la formule ainsi :

Les enfants qui, après leur mort, se conservent indéfiniment dans le sein de la mère, sont redevables de leur conservation à des conditions physiques et physiologiques qui les mettent à l’abri des germes atmosphériques.

G. Les capillaires sanguins eommuniquent-ils avec les eapillieules lymphatiques ?

{Comptes rendus de l'Académie des sciences, 30 juillet 1883.)

Jusqu’en 1876, j’avais cru pouvoir admettre que les capillaires sanguins sont en communication avec les eapillieules lymphatiques, et que ceux-ci, dont le calibre ne dépasse pas 1 millième de millimètre, s’ouvraient dans la cavité des précédents par des orifices offrant le même diamètre, assez grands pour laisser passer le plasma du sang, mais trop petits pour livrer passage aux globules qu’il tient en suspension.

A l’appui de cette opinion, j’invoquais alors des faits anatomiques, physiologiques et pathologiques.

Parmi les faits anatomiques, je mentionnais l’extrême facilité avec laquelle les solutions aqueuses passent des vaisseaux sanguins dans les vaisseaux lymphatiques; et je faisais remarquer qu’au début de l’injection ces derniers se remplissent presque immédiatement en l’absence de toute infdtration. Je rappelais aussi qu’au moment où les réseaux lymphatiques s’injectent, on voit quelquefois le mercure passer dans les veines, sans s’épancher dans les mailles du tissu cellulaire.

Parmi les faits physiologiques qui semblaient confirmer cette opinion, je signalais, d’une part, la presque identité du plasma sanguin et du plasma lymphatique, de l’autre les différences que présentent dans leur situation relative et leur marche le plasma et les éléments figurés du sang ; le plasma répondant à la périphérie de la colonne et progressant avec lenteur, les éléments figurés occupant le centre de celle-ci et cheminant avec rapidité.

Mais les faits pathologiques m’avaient paru plus concluants encore que les précédents. J’avais été très vivement frappé surtout par celui qu’avait publié, en 1854, M. C. Desjardins. Il s’agit d’une femme de trente-neuf ans, venue de l’île Maurice à Paris, et que j’ai pu voir. Elle présentait, à la partie supérieure de la cuisse gauche, quatre vésicules provenant d’une dilatation des capillicules du derme. L’une d’elles était plus considérable que les autres. Quand on la piquait avec la pointe d’une aiguille, il s’en écoulait aussitôt un liquide transparent, qui donnait 50 gouttes par minute, aussi longtemps qu’on ne l’arrêtait pas. La malade a noté que la plus volumineuse de ses quatre vésicules a été piquée vingt-sept fois, et que les écoulements avaient duré de dix-huit à vingt heures. L’un d’eux dura deux jours et donnait 120 grammes par heure, en sorte qu’elle perdit plus de 11 livres de lymphe en quarantehuit heures. Je pensais qu’un écoulement aussi continu, aussi abondant, aussi persistant, ne pouvait prendre sa source que dans le courant sanguin; il était intarissable, parce que sa source était inépuisable.

Au début des écoulements, la lymphe était de couleur opaline; mais elle prenait une couleur rouge au bout de quelques heures. M. Gubler, qui l’a examinée au microscope, a constaté qu’elle contenait un grand nombre de globules sanguins.

Tels sont les principaux faits qui m’avaient porté à admettre que les capillicules lymphatiques communiquaient à leur origine avec les capillaires sanguins. Mais la conclusion que j’en tirais alors était seulement th orique. Car je n’avais pas vu encore le réseau des capillicules et des

lacunes dans ses connexions avec les capillaires sanguins. Depuis, j’ai pu observer ces connexions ; et j’ai reconnu que, dans les papilles de la peau, l’arcade ou l’anse formée par le capillaire sanguin est entourée de toutes parts par le réseau des capillicules et des lacunes. Le capillaire sanguin, vu au microscope, est énorme; les lacunes et capillicules l’enveloppent à la manière de plantes grimpantes. Sur son contour j’ai vu apparaître une à une les lacunes qui le recouvraient; de leur périphérie partaient des capillicules; où allaient-ils? ils allaient d’une lacune à une autre lacune; ils reliaient ces lacunes entre elles. Mais ils ne pénétraient pas dans les parois du capillaire sanguin ; ils n’allaient pas s’ouvrir dans sa cavité. Les deux ordres de vaisseaux, bien qu’appliqués l’un à l’autre et en rapports intimes, restaient indépendants.

Mais alors, si le système lymphatique, à son origine, ne communique pas avec les capillaires sanguins, comment expliquer les faits qui m’avaient conduit à admettre cette communication? Il est incontestable que le plasma du sang passe d’un ordre de vaisseaux dans l’autre; mais ce passage ne s’opère pas à travers des orifices ; il a lieu par voie de transsudation ou d’endosmose. Les deux ordres de vaisseaux sont en relations si étroites, leurs parois sont si minces, les premières radicules des conduits de la lymphe sont si multipliées autour des capillaires sanguins, que ce phénomène d’endosmose peut se produire sans difficulté aucune; dans de telles conditions, il semble que le plasma doit passer de ces capillaires dans les capillicules ambiants aussi facilement qu’il passerait par d’invisibles pertuis.

Il est vrai que dans la lymphe il existait des globules sanguins. D’où venaient ces globules? Autrefois on ne pouvait concevoir leur passage qu’en supposant des orifices normaux ou pathologiques. Aujourd’hui nous savons que les globules rouges et les globules blancs passent assez facilement à travers les parois des capillaires. En tenant compte de toutes les données de la science moderne, nous conclurons donc :

1“ Que le plasma du sang passe des capillaires sanguins dans les conduits de la lymphe par voie d’endosmose ;

2° Que les globules rouges passent par voie de diapédèse des vaisseaux du premier ordre dans ceux du second, mais seulement dans quelques circonstances que nous pouvons considérer comme très exceptionnelles, et particulièrement dans l’état morbide.

Page 1