‹ Notice sur les travaux scientifiques du Dr. Ph. C. SappeyChapitre 4 sur 21 · III. — RECHERCHES RELATIVES AU SYSTÈME ARTÉRIEL · texte numérisé non relu

III. — RECHERCHES RELATIVES AU SYSTÈME ARTÉRIEL

A. Anomalies des artères.

(Traité d’anatomie, t. II, p. 521.)

Aucun système de l’économie n’est sujet à des anomalies aussi fréquentes, aussi variées, que le système artériel. Seules les divisions terminales des artères ne varient pas. Les anomalies artérielles par conséquent ne présentent au point de vue physiologique qu’une importance très secondaire. Mais il n’en est pas ainsi au point de vue chirurgical. Toutes les variétés portant sur l’origine des artères, sur leur nombre, sur leur calibre, sur leur trajet, sur leurs rapports, intéressent le chirurgien qui s’attache à reconnaître la situation et la direction précises de ces vaisseaux afin de les respecter plus sûrement s’il doit les éviter, ou de les découvrir plus facilement lorsqu’il se propose de les lier.

Ces anomalies si variées en apparence peuvent être ramenées cependant à deux principales ; les anomalies par excès ou défaut de convergence, et les anomalies par renversement de volume.

Pour se rendre compte des anomalies par excès ou défaut de convergence il suffit de prendre en considération le mode de développement des artères. Elles se développent de la périphérie vers le centre; ce sont les rameaux qui précèdent les branches, et les branches qui précèdent le tronc. Or, ces vaisseaux se développant des divers organes vers le cœur, il est facile de comprendre pourquoi leurs divisions, dites terminales, mais en réalité initiales, ne varient pas, et pourquoi toutes les autres varient si fréquemment. Trois phénomènes, en effet, peuvent se produire ;

1” Les rameaux et les branches convergeront de manière à se réunir sur les points où leur fusion s’opère le plus habituellement; et alors c’est l’état normal qu’on observera ;

2“ Ou bien leur convergence sera plus grande : dans ce cas leur réunion aura lieu plus tôt, la branche ou le tronc résultant de cette fusion prématurée augmentera de longueur, des rameaux ou des branches qui n’en dépendent pas ordinairement viendront s’y rattacher, et de leur adjonction résultera aussi un accroissement de calibre;

3° Ou bien, au contraire, leur convergence sera moins prononcée : dans ces conditions leur réunion est plus tardive, elle peut même ne pas se produire, l’un des rameaux ou l’une des branches allant se terminer dans une artère voisine; la branche ou le tronc résultant de cette convergence sera moins long, les branches qui en dépendent seront moins nombreuses, son calibre sera plus petit.

Les anomalies par renversement de volume sont aussi fréquentes, mais beaucoup moins connues que les précédentes. Pour en prendre une notion exacte, il importe de ne pas oublier que la quantité de sang destinée à chaque partie du corps est déterminée; s’il en passe plus dans l’une d’elles, il en passera moins dans une autre. Une artère ne peut donc prendre un volume plus considérable sans que les artères voisines ne subissent dans leur calibre une réduction proportionnelle. Si ces modifications de volume sont faibles, elles passent inaperçues. Mais si une artère prend un calibre notablement plus grand, on remarque toujours dans son voisinage une ou deux autres artères dont le volume a sensiblement diminué : d’un côté, le rameau s’est élevé à la hauteur d’une branche ou d’un tronc ; de l’autre, on observe un phénomène inverse. Les dimensions relatives se sont déplacées ; c’est à ce déplacement que je donne le nom à! anomalie ixir renversement du volume.

Un exemple fera mieux saisir le mode de production de ce genre d’anomalie. Entre l’épigastrique et l’obturatrice, il existe un ramuscule s’étendant de l’une à l’autre et constituant, à l’état normal, une anastomose des plus grêles. Dans quelques cas, le ramuscule prend un volume égal' à celui de l’épigastrique, et l’obturatrice, dans le trajet qu’elle parcourt de l’iliaque interne à ce ramuscule, diminue si considérablement de volume qu’elle semble disparaître. On dit alors que cette artère naît de l’épigastrique, c’est-à-dire qu’elle offre à la fois une anomalie d’origine et une anomalie de direction; mais, en réalité, son origine et sa direction n’ont pas varié; son volume s’est seulement réduit, tandis que celui du ramuscule anastomotique a au contraire augmenté. Il y a simplement inversion ou renversement des volumes.

Cette interprétation, simple et vraie, s’applique à une foule de faits qui ont paru inexplicables et qui viennent se ranger cependant sous la loi commune. Ainsi, par exemple, on a observé quatre ou cinq fois, à la partie postérieure de la cuisse, un tronc volumineux ; ce tronc a été pris pour l’artère fémorale elle-même, frappée, disait-on, d’une anomalie bien rare dans sa situation, sa direction et ses rapports. Cette artère était-elle en effet déplacée? nullement. Elle avait conservé sa situation normale, sa direction et ses rapports ordinaires; mais son diamètre était très petit, tandis que le courant collatéral postérieur, étendu de l’épigastrique à la poplitée, offrait de très grandes dimensions. Il n’y avait donc ni anomalie de situation, ni anomalie de direction, ni anomalie de rapports, ni anomalie de distribution, mais une simple inversion des volumes : le calibre du courant principal avait diminué, celui du courant collatéral ou secondaire avait augmenté.

En rapportant les anomalies artérielles à leur véritable cause, on arrive ainsi à simplifier leur étude ; car aux anomalies par excès ou par défaut de convergence, viennent se rattacher toutes celles qui concernent l’origine, le nombre, l’étendue, les rapports des artères, etc.

6. Plaie et lig^ature de Fartère iliaque externe. ]%lort trente ans après Fopération.

(Comptes rendus de la Société de biologie, 1861, p. 109.)

(En commun avec M. Lancereaux.)

Le nommé Benoît, arrivé à Paris à l’âge de dix-huit ans, entre dans un établissement en qualité de garçon boucher. Un an plus tard, en essuyant une table, il communique un brusque mouvement d’impulsion à un couteau, dont la pointe pénètre dans le pli de l’aine du côté droit. Une hémorrhagie foudroyante est la conséquence de cette plaie.

L’artère iliaque externe est liée à son extrémité inférieure, et ensuite la fémorale au niveau de son origine. Le blessé guérit rapidement.

A l’âge de quarante-neuf ans, c’est-à-dire trente ans après avoir subi cette opération, il meurt à l’hôpital de la Pitié de phthisie pulmonaire. Nous injectons, avec M. Lancereaux, les artères du membre, puis nous les disséquons. L’artère illiaque externe était transformée en un cordon fibreux, qui s’étendait de l’iliaque primitive à l’origine de la fémorale profonde. Les artères épigastrique et circonflexe iliaque sont oblité-

rées, à leur point de départ. Le sang était transmis des parties supérieures aux parties inférieures par un grand nombre de voies anastomotiques, qu’on peut distinguer :

i“ En artères collatérales internes, représentées par les anastomoses de l’obturatrice avec la circonflexe interne ;

2° En artères collatérales externes, constituées par les anastomoses de la fessière avec la circonflexe externe;

3" En artères collatérales antérieures, qui s’étendent, l’une de la dernière lombaire à la grande musculaire, la -seconde de l’épigastrique à la honteuse externe sous-cutanée ;

4" En artères collatérales postérieures formées par les anastomoses de l’ischiatique avec la circonflexe interne et la première perforante;

5“ En artères médianes, qui se portaient transversalement des honteuses externes droites vers les honteuses externes gauches, de telle sorte qu’une partie du sang du membre gauche passait par ces artères dans le membre droit. •

Toutes les voies anastomotiques par lesquelles le sang arrivait dans le membre inférieur étaient remarquables par les nombreuses flexuosités qu’elles présentaient. Remontant à la cause de ces flexuosités, dans un autre travail j’ai fait remarquer qu’elles sont la conséquence constante de l’hypertrophie. Celle-ci a pour résultat en effet d’augmenter non seulement l’épaisseur de leurs parois, mais aussi leur longueur. Or, leurs extrémités étant immuables, les artères ne peuvent s’allonger qu’à la condition de s’infléchir en sens divers, et elles deviennent alors d’autant plus flexueuses que l’hypertrophie est plus prononcée.

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