‹ Notice sur les travaux scientifiques du Dr. Ph. C. SappeyChapitre 6 sur 21 · IV. — RECHERCHES RELATIVES AU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

IV. — RECHERCHES RELATIVES AU SYSTÈME NERVEUX

Â. Entré-croisement des cordons de la moelle épinière : leur trajet dans le bulbe et la protubérance.

(Travail lu à l’Académie des sciences le 17- janvier 1876.)

(En commun avec M. Malhias Duval.)

Les recherches auxquelles nous nous sommes livrés, M. Mathias Duval et moi, sur l’entre-croisement des cordons de la moelle épinière, et sur le trajet qu’ils suivent au-dessus de cet entre-croisement, se résument dans les conclusions suivantes :

1° Les cordons antéro-internes s’entre-croisent sur toute la longueur de la moelle épinière et forment ainsi la commissure blanche ou commissure antérieure. Parvenus au niveau du collet du bulbe, ils se séparent pour se porter en haut et en arrière en contournant les cordons latéraux et postérieurs, plus profondément situés, et répondent ensuite à la face postérosupérieure du bulbe et de la protubérance.

2“ Les cordons latéraux s’entre-croisent au niveau du collet du bulbe, immédiatement au-dessus du point sur lequel cesse l’entre-croisement des cordons précédents, puis ils poursuivent leur trajet en formaat la portion superficielle ou motrice des pyramides antérieures. Cet entre-croisement est celui qui a été vu et décrit par tous les auteurs.

3“ Les cordons postérieurs de la moelle épinière s’entre-croisentdans le bulbe, au-dessus des cordons latéraux; ils s’appliquent ensuite à ces derniers pour former la portion profonde ou sensitive des pyramides antérieures, Ainsi appliquées l’une à l’autre, ces deux portions passent du bulbe dans la protubérance annulaire en conservant d’abord la même situation relative et en augmentant d’épaisseur par l’adjonction de fibres nouvelles ; mais bientôt elles se trouvent séparées par une couche de plus en plus épaisse de substance grise. Dans le pédoncule cérébral elles diffèrent beaucoup par leur volume, leur situation et leur configuration; la portion motrice devenue énorme forme l’étage inférieur des pédoncules cérébraux, puis se prolonge dans la couche optique et le corps strié ; la portion sensitive relativement petite répond à la partie externe des pédoncules et pénètre dans la partie postérieure des couches optiques. En la coupant au-dessus de l’entre-croisement, M. Laborde, dans une expérience récente, a déterminé une paralysie de la sensibilité du côté opposé (i).

b. des fibro-cai’tilages, des ligaments,

des tendons et des aponévroses.

(Mémoire présenté à l’Académie des sciences, 1866.)

Les fibro-cartilafies avaient été considérés comme offrant une structure très simple. J’ai pu constater qu’ils possèdent au contraire une texture assez compliquée. Indépendamment des faisceaux fibreux qui en forment la charpente et de la couche cartilagineuse qui recouvre celle-ci, on remarque dans leur épaisseur des artères et des veines en grand nombre, se divisant, subdivisant et s’anastomosant. Toutes, artères et veines, possèdent une tunique musculaire. Elles se terminent au-dessous de la couche cartilagineuse par des arcades, moitié artérielles , moitié veineuses, comme celles des papilles de la peau. Chaque ramuscule artériel est accompagné par un ramuscule nerveux, dont les divisions extrêmement multipliées constituent par leurs anastomoses un réseau aussi riche que le réseau sanguin. Telle est la structure des bourrelets glénoïdien et cotyloïdien, et de tous les fibro-cartilages articulaires. Elle dénote suffisamjîient la part qu’ils prennent aux arthrites aiguës et chroniques,

(1) Comptes rendus de la Société de biologie, 14 juillet 1883, p. 450.

aux tumeurs blanches, etc. La multiplicité des nerfs qu’ils possèdent a très probablement aussi pour effet de les associer aux vives douleurs dont les articulations deviennent le siège dans la goutte et dans le rhumatisme.

Les ligaments dans lesquels on n’avait pu suivre jusqu’à présent que quelques rares artérioles sont plus remarquables encore que les fibrocartilages par la multiplicité des vaisseaux sanguins qui les pénètrent de toutes parts, par le réseau à mailles très serrées qu’ils forment sur leur surface interne, c’est-à-dire sur tous les points que tapissent les synoviales, et enfin par la variété, le nombre, l’élégance des arcades qu’on observe dans toute l’étendue de leur trajet. Les ligaments ne sont pas dotés moins richement de divisions nerveuses, qui suivent aussi les artères et les veines. La vascularité et la sensibilité qu’ils présentent attestent combien leur vitalité est supérieure à celle qu’on leur supposait. Aussi ces organes sont-ils le siège essentiel des altérations qui se produisent à la suite des maladies articulaires. Leur sensibilité à l’état normal ne se manifeste que sous l’influence de la déchirure ; mais dans l’état morbide le plus léger contact suffit pour la mettre en jeu.

Les tendons présentent une structure analogue à celle des ligaments. Très nombreuses aussi sont les divisions vasculaires et nerveuses qui se ramifient dans leur épaisseur. Celles-ci proviennent des vaisseaux et nerfs environnants. En traversant l’enveloppe des tendons, elles leur abandonnent des ramuscules si multipliés, que cette enveloppe peut être comparée au périoste pour l’abondance et la disposition des réseaux vasculaires et nerveux qu’elle possède. Les artères et les nerfs, après l’avoir traversée, cheminent dans les interstices des faisceaux tendineux à volume décroissant, en se divisant et se prolongeant jusqu’aux faisceaux primitifs, sur la périphérie desquels ils se terminent.

Les aponévroses avaient été assimilées à tous les autres tissus albuginés. Leur structure était aussi à peine ébauchée. On avait vu pénétrer quelques ramifications artérielles dans ces membranes. On ne savait rien de plus. Mes recherches sont venues démontrer qu’elles se composent des mêmes éléments que les tendons et les ligaments. Elles sont presque aussi vasculaires. Les filaments nerveux qu’elles reçoivent se ramifient de la même manière dans leur épaisseur, et s’y terminent aussi par un riche réseau. Il existe entre elles du reste, sous ce double point de vue, des différences notables, selon leur épaisseur et selon les régions.

G. IVerfs du névrilème ou nervi nervorum.

{Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1867, t. LXV, p. 700.)

Dans les cordons nerveux on remarque, indépendamment des tubes sensitifs et moteurs qui les constituent, d’autres tubes plus déliés que les précédents. Ces derniers, que j’ai découverts en 1867, se ramifient dans le névrilème et dans les cloisons qui partent de sa face profonde. Pour faire ressortir leur analogie avec les vasa vasoruni, j’ai cru devoir les désigner sous le nom de nervi dénomination aujourd’hui généra-

lement acceptée. Ces nerfs des nerfs communiquent sans doute au névrilème une certaine sensibilité. Mais leur usage semble surtout relatif à la nutrition des cordons nerveux. Comme dans les autres parties fibreuses, ils se disposent en réseaux, qui s’entremêlent aux réseaux des capillaires sanguins.

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