‹ Notice sur les travaux scientifiques du Dr. Ph. C. SappeyChapitre 7 sur 21 · V. — RECHERCHES RELATIVES AU SYSTÈME MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

V. — RECHERCHES RELATIVES AU SYSTÈME MUSCULAIRE

Mes études sur le système musculaire ont eu plus spécialement pour objet : les muscles de la peau et les muscles de la mamelle, le sphincter de la vessie qu’on avait vainement cherché, celui du canal prostatique qui était inconnu aussi, et quelques autres moins importants que je me contenterai de mentionner.

A. Muscles de la peau.

{Comptes rendus de la Société de biologie, 1863, p. 1.)

Les muscles de la peau forment deux groupes bien distincts : les uns sont situés dans l’épaisseur de la peau; les autres sont sous-dermiques.

Les muscles intradermiques font défaut dans certaines régions, comme la paume des mains, la plante des pieds, le derme sous-onguéal, et danà^ toute cette partie des téguments de la face qui s’étend des sourcils à la base de la mâchoire; on n’en trouve jamais aucune trace dans les paupières, sur le nez, sur le pavillon de l’oreille, sur la peau des

lèvres et sur les joues. Mais on les rencontre dans toutes les autres parties de l’enveloppe tégumentaire, où ces muscles se montrent partout en connexion intime avec le système pileux.

Il en existe généralement deux pour le même follicule, lesquels s’insèrent sur deux points opposés, immédiatement au-dessous des glandes sébacées correspondantes. Après avoir contourné celles-ci, on les voit se perdre dans la couche superficielle du derme, en se partageant en plusieurs languettes. Lorsqu’ils se contractent, ils prennent leur point d’appui sur cette couche sous-papillaire, élèvent les glandes sébacées, qui viennent faire saillie à la surface de la peau, et les compriment, de telle sorte qu’ils jouent à leur égard le rôle d’organes excréteurs.

Les muscles sous-dermiques sont, comme les précédents, exclusivement formés de fibres lisses. Ils diffèrent beaucoup des muscles souscutanés qu’on observe chez les mammifères. Ceux-ci, si développés dans les grandes espèces, comme le cheval, le bœuf, etc., se composent de fibres striées; et, en outre, ils ont des connexions peu intimes avec la peau, tandis que les muscles sous-dermiques lui adhèrent si fortement, qu’il est impossible de les en séparer. Ainsi se comportent le muscle sous-dermique du périnée chez l’homme, le dartos, ou muscle sousdermique du scrotum, et le muscle sous-aréolaire de la mamelle.

Au niveau des muscles sous-dermiques, on n’observe dans la peau aucun vestige de muscles intradermiques. Il semble que, dans ces régions, les muscles qui sont partout ailleurs dans la peau ont, en quelque sorte, émigré en masse pour se porter sous le derme, et qu’en se déplaçant ils se sont réunis pour former un seul muscle étalé en membrane.

B. Uluscles de la mamelle.

{Traité d’anatomie, 3' édition, t. IV, p. 796 et 798.)

Deux muscles sous-dermiques sont annexés à la mamelle. Ils diffèrent beaucoup par leur siège, par leur forme et leur disposition. L’un d’eux est sous-jacent à l’aréole ; l’autre est situé dans l’épaisseur du mamelon.

Le muscle sous-aréolaire, large, mince et circulaire, adhère étroitement aux téguments par sa face superficielle. Sa grande circonférence répond à celle de l’aréole; sa petite circonférence circonscrit la base du mamelon. Il se compose de faisceaux de fibres lisses, qui affectent une

direction curviligne et qui ne sont pas cependant parallèles, mais qui se croisent pour la plupart sous des angles très aigus. Le muscle sous-aréolaire embrassant, par sa circonférence interne, tout le faisceau des conduits galactophores, a évidemment pour destination de les comprimer lorsqu’ils sont pleins, et de favoriser l’excrétion du lait.

Le muscle du mamelon est formé d’un très grand nombre de faisceaux, occupant toute son épaisseur et affectant trois principales directions. Les uns se dirigent longitudinalement, et ont pour attribution de raccourcir le mamelon. Les autres sont transversaux; ils diminuent son diamètre. D’autres sont obliques et associent leur action à celle des deux groupes précédents. Sans avoir la disposition d’un sphincter, ces trois groupes de faisceaux en remplissent cependant les attributions : réunis, ils représentent un muscle qui peut être considéré comme un sphincter, c’est-à-dire comme l’antagoniste du muscle sous-aréolaire.

C’est bien à tort que le mamelon a été rangé, par un assez grand nombre d’auteurs, au nombre des organes érectiles. Car un organe érectile est essentiellement constitué par de gros capillaires, dont les parois adhèrent à des trabécules musculaires et dans lesquels viennent s’ouvrir des artères hélicines. Ici les faisceaux musculaires existent, il est vrai; mais on ne trouve ni les gros capillaires, ni les artères qui versent le sang dans leur cavité. Le mamelon ne présente donc pas les attributs anatomiques des organes érectiles; et il n’en possède pas non plus les attributs physiologiques; car ces organes n’acquièrent la rigidité qui accompagne l’érection qu’à la condition d’augmenter de volume. Le mamelon, au contraire, ne l’acquiert qu’aux dépens de son volume. Il en est redevable à la contraction pure et simple de ses faisceaux musculaires.

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