‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 8 sur 11 · C.A ÜC A I R I · texte numérisé non relu

C.A ÜC A I R I

II. Craie blanche ou étage sénonien. — Craie marneuse ou étage turonien. — Leurs divers horizons stratigraphiques et palécntologiques.

Il y a douze ou quinze ans, la classificaiion exacte des diverses assises de la craie restait encore à faire. En dehors de la glauconie crayeuse de Rouen, presque tout le reste du massif de la craie blanche, épais de plus de 4oo mètres, était considéré comme un seul tout, teinté d'une seule couleur sur la carte géologique de France et les caries géologiques départementales.

j’ai entrepris de recueillir les fossiles couche par couche, et d’en faire un examen attentif. J’ai commencé (i856, n" 37) par la craie de Meudon, qui était alors bien peu connue au point de vue paléontologique; j’ai montré que les fossiles les plus caractéristiques de cette craie avaient été confondus avec ceux des assises plus inférieures j ainsi YAnanchytes ovala avec VAnanchylesgibba, le Micraster Brongniarti avec le Micraster coranguinum, la Bhynchonella octoplicala avec la Ithynchonellaplicatilis, le Spondylus æqualis avec le Spondylus spinosus, etc.; de là de graves erreurs introduites dans les classifications du terrain crétacé. Des géologues ont confondu de cette façon des horizons très-distincts et superposés, et ont assimilé à la craie de Meudon des assises qui sont incontestablement plus anciennes.

Après avoir exploré pendant de longues années presque tous les affleurements de la craie dans le bassin de Paris, en avoir relevé les coupes détaillées, soit dans tous les points abordables des falaises de la Manche, soit dans les vallées de la Seine, de la Bresle, etc., ou dans les carrières à l’intérieur des terres, j’ai pu, dans une série de publications (n®* 61, 04, 66, 68, 70), et en suivant la méthode appliquée par Brongniart aux terrains tertiaires, établir, dans ce massif si homogène en apparence, une succession d’assises distinctes à la fois par les fossiles qu’elles renferment et par leurs caractères stratigraphiques.

Chaque assise est séparée de la suivante par une sorte de diseontinuité due à ce que la surface de l’assise inférieure est durcie sur une épaisseur plus ou moins grande (o”,io à o",.’!o), ravinée, creusée de

tubulures dans lesquelles pénètre la craie tendre de la base de l’assise supérieure. Chaque fois que ce caractère se présente, il y a en général changement de faune dans les' couches en contact.

J'avais précédemment reconnu ce fait de discontinuité entre les divers étages du terrain jurassique, et j'ai été ainsi conduit à lui attribuer une grande importance dans la classification. Il permet en effet d'assigner des limites avec une précision mathématique.

Dans le bassin de Paris, les divisions que j’ai établies dans la masse crayeuse, qui est comprise entre la craie glauconieuse d’AI. Brongniart et le calcaire pisolithiqùe, sont les suivantes :

i" La craie marneuse à Inoceramus labiatus;

2° La craie dure à Eolasterplanus;

3° La craie à Micraster cortestudmanum;

4® La craie à M. coranguinum;

Les lignes de discontinuité correspondent h des émersions et, par suite, à des lacunes quelquefois considérables, comme je l’indiquerai

Ces résultats, obtenus dès 1863, ont été développés depuis sans interruption (n“ 81, 121, etc.). J’ai montré qu’ils s’appliquaient au Danemark, à la Suède et à l’Allemagne septentrionale (n“ 84, 94, 95), aussi bien qu’à l’Angleterre (n“ 109 et 111). Sur la grande carte géologique de ce royaume, toute la craie blanche était restée confondue sous une même teinte. Un jeune géologue, M. Charles Barrois, a pu suivre et retrouver mes divisions dans toute l’étendue des îles Britanniques, et les reproduire sur une carte géologique récemment publiée. Aucun travail de ce genre n’est possible avec la classification anglaise.

III. Craie glauconieuse ou étage cénomanien. — Sa division en deux sous-étages.

Alex. Brongniart avait parfaitement saisi les caractères généraux de cette assise, à laquelle Aie. d’Orbigny réunit plus tard les grès du Maine pour constituer son étage cénomanien; mais tous les géologues

de cette époque croyaient ces grès inférieurs à la craie glauconieuse. Dans les Mémoires n“ 40 et 42, j’ai établi, de concert avec M. Triger, que les grès du Maine étaient supérieurs à la craie glauconieuse ou craie de Rouen; puis (n^TO) qu’ils étaient représentés, dans le bassin de l’Aquitaine, par tes calcaires à IchthyosarcoUthes [Gaprinella triangularis, Caprina advenu) : ces deux systèmes de couches doivent donc être considérés comme deux sous-étages, dont la position relative n'est plus douteuse.

Dans le Maine, la base de l’étage turonien, c’est-à-dire de la craie à Inoceramus, labiatus, se montre au-dessus des gfès. Or, aucune trace de ceux-ci n’existe dans le nord du bassin de Paris, de Dives à Boulognesur-Mer, pas plus que dans les îles Britanniques et dans le reste de l’Europe septentrionale. Cela prouve que ces régions étaient émergées pendant que les grès du Maine se déposaient dans tout le bassin de la Touraine, qui formait alors un golfe dépendant de l’Atlantique. Cette émersion explique la ligne de discontinuité si apparente sur les côtes de la Manche, entre la craie de Rouen et la craie marneuse.

Je me suis également attaché à faire une analyse détaillée du sousétage inférieur dans le nord-ouest du bassin de Paris (n° 71); j’ai montré les divers horizons fossilifères qu’on y rencontre, et constaté son apparition àVillequier, près de Caudebec, par suite d’un bombement considérable, qui a relevé les couches de 120 à i5o mètres.

Sables des collines du Perche. Plissements. — Dans le Mémoire n” 58, j’ai étudié la composition des collines du Perche. Les puissantes assises de sables qu’elles renferment étaient jusque-là considérées comme ter-

J’ai prouvé :

1“ Que ces assises sont comprises entre la craie glauconieuse de Rouen et la craie marneuse à Inoceramus labiatus; une coupe détaillée, à l’échelle, montre cette disposition : il en résulte que ces sables correspondent aux grès du Maine et ne sauraient être confondus avec les petits lambeaux tertiaires situés dans les dépressions, et compris entre le terrain crétacé et le calcaire de Saint-Ouen à Limnœa longiscata;

2° Que les collines du Perche sont dues à un plissement du sol postérieur au dépôt des sables et antérieur à la période tertiaire.

Dans le Mémoire n" 122 (page 20), j’ai donné, sur la constitution de cette région, de nouveaux détails qui confirment les conclusions précédentes.

Classification du terrain crétacé supérieur DANS LA France méridionale.

Les Mémoires que j’ai publiés sur ce sujet se rapportent presque exclusivement aux étages turonien et cénomanien.

Étage turonien. — l'ai donné la composition de l’assise inférieure de cet étage dans la basse Provence (n° 103), et décrit avec détails (n" 115), grâce au concours que m’a prêté M. A. Toucas, l’étage entier dans tout le bassin d’üchaux, où il acquiert sur certains points une puissance exceptionnelle de 600 à 700 mètres.

J’ai montré qu’il devait être subdivisé en deux sous-étages : le supérieur comprenant les grandes assises à rudistes, depuis les couches à Radiohies cornupastons jusqu’aux bancs, si répandus dans toute l’Europe méridionale, à Hippurites cornuvaccinum. C’est au-dessous de ce sous-étage, et non pas au milieu, comme on le pensait généralement, que se place le système des grès d’Uchaux, qui correspondent, assise par assise, à la craie de Touraine. L’assise inférieure est caractérisée dans toute la France, en Angleterre et dans l’Allemagne du Nord, par le même Céphalopode (Ammonites nodosoides) et par YInoceramus labiatus. L’assise moyenne renferme la craie micacée (tufau) de Touraine et les grès à fossiles ferrugineux d’Uchaux. C’est l’horizon de Y Ammonites papalis. Enfin l’assise supérieure, caractérisée par CaJ/i'anassa Archiaci, Ammonites Requienianus et Prosperianus, se retrouve dans le bassin d’Uchaux et dans celui de Touraine, et, comme l’indique le tableau de classification (n® 117), elle correspond très-probablement, pour le grand bassin de la mer du Nord, à la craie à Holasterplanus.

Dans l’Europe septentrionale, le sous-étage turonien supérieur, les calcaires à Hippurites, qui jouent un si grand rôle depuis l’Aquitaine et les Pyrénées jusqu’aux Carpathcs, n’existent pas, et cette lacune est encore marquée par une surface de craie durcie, percée de fortes tubulures dues aux actions atmosphériques.

Ces deux exemples prouvent l’importance qu’il faut attacher aux lignes de discontinuité. Bien que les autres surfaces limites soient moins fortement accusées, je ne doute pas que les lacunes qu’elles indiquent dans le bassin anglo-parisien ne soient tôt ou tard comblées par la découverte d’assises qui viendront s’intercaler entre nos divisions.

Étage cénomanien. — Cet étage a, comme le précédent, une grande puissance dans le midi de la France. Dans les Mémoires cités ci-dessus (n"’103 et 115), je l’ai étudié aux environs de Cassis (Bouches-du- Rbône), d’Escragnolles (Basses-Alpes), dans divers points des départements du Gard, de Vaucluse et de la Drôme, et j’en ai donné une analyse aussi complète que possible. Dans ces contrées, qui toutes font partie du grand bassin du Rhône, comme dans le bassin de Paris, il y a lieu de reconnaître deux sous-étages bien distincts : le sous-étage inférieur renferme la faune de la craie glauconieuse de Rouen, quelle que soit sa nature minéralogique, grès grossier à grains de quartz comme à la Bedoule, marnes et calcaires marneux comme à Escragnolles, à Vesc (Drôme), ou dans le Gard, sables ou grès fins comme à Clansayes et à Mondragon.

Il en résulte que cette faune de Rouen est un horizon tout à fait constant dans toute l’Europe occidentale et septentrionale.

Le sous-étage supérieur, compris entre des limites invariables, présente plus de diversité dans ses caractères : tantôt (Mondragon, Escragnolles, etc.) il est formé de grès où abondent desTrigonies et l'Oslrea Columba, comme dans le Maine; tantôt (la Bedoule) il se compose de puissantes assises remplies de rudistes (Caprinelles, Caprina adversa, etc.), comme dans l’Aquitaine. Mais, si la masse principale de ce sous-étage change si complètement de caractères, les couches qui lui servent de limites, en haut comme en bas, sont exactement les mêmes, dans la Provence comme dans l’Aquitaine et dans le Maine.

C’est sur ces recherches, prolongées pendant de longues années, qu’est fondée la classification que j’ai récemment publiée (n" 119) du terrain crétacé supérieur.

Disposmoit

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