DEUXIÈME PARTIE
Ondulations. — Plissements.
Les assises de la craie étant ainsi bien caractérisées, il a été possible de les suivre dans leur extension à la surface du sol, aussi bien que dans leur prolongement souterrain. J’ai fait ce travail pour le nord de la France.
On savait déjà, snrtout par les travaux d’Élie de Beaumont et de d’Arcbiac, que les couches jurassiques et crétacées du pays de Bray d’une part, du Boulonnais et de l’Artois de l’autre, étaient relevées sous forme de bombements dirigés du sud-est au nord-ouest. J’ai signalé, en 1862 (n» 58), les bombements du Perche, sensiblement parallèles aux précédents, et j’ai indiqué dès i863 (n" 70) que les différentes couches de la craie blanche du nord de la France, qui semblent horizontales, sont ondulées de manière à présenter : 1° une série de plis convexes orientés sensiblement dans le même sens (nord-ouest-sud-est); 2° une autre série de plis à peu près perpendiculaires au premier sys-
Plus tard (1872), j’ai donné sur cette question (n" 104) des documents plus nombreux et plus précis.
Par des coupes multipliées, j’ai montré que la faille de Rouen, reconnue seulement près de cette ville, se prolongeait en ligne droite d’abord, puis en ligne brisée, soit au nord-ouest vers Fécamp, soit au sud-est jusque auprès de Beynes, jalonnant ainsi d’une manière générale une grande partie de la vallée de la Seine, mais s’en écartant toutefois au nord pour pénétrer dans le plateau du pays de Caux, et au sud dans celui de Trappes.
J’ai montré, parla disposition des couches de chaque côté de la faille, 1° qu’elle correspond à un bombement qui se fait sentir jusque auprès de Paris (Meudon, Bicêtre, etc.) ; 2° que ce pli saillant est séparé de celui du Bray par une dépression bien accusée, qui s’étend en s’élargissant jusqu’à la Manche. J’ai fait connaître le point où aboutit sur les
côtes de la Manche l’axe du Bray, et j’ai montré son prolongement au sud-est, vers Mortefontaine.
A ces quatre plis, j’en ai ajouté un cinquième : celui de la vallée de la Bresle, qui relie ensemble le bombement du Tréport à celui de Breteuil, et se prolonge jusqu’à Compiègne.
Le Mémoire n° 117 (iSyS) ajoute aux notions qui viennent d’être résumées beaucoup d’autres détails sur les allures des couches et sur leur épaisseur, de manière à établir le système des plis sud-est-nordouest sur des bases tout à fait solides et à l’abri de toute objection.
J’ai dit qu’un deuxième système de plis saillants venait croiser le premier. L’étude de ce deuxième système fait l’objet des Mémoires n“ 121 et 122. Si l’on examine la région comprise entre la Manche, à Fécamp, et les enviro'ns de Paris, en se maintenant par conséquent sur le pli nord-ouest-sud-est que j’ai désigné sous le nom à'axe de la Seine, on trouve que les couches crayeuses exécutent une série d’ondulations que j’ai décrites et figurées, et forment ainsi des bombements dont la direction est perpendiculaire à Vaxe de la Seine. Les sommets de ces bombements, au nombre de quatre, sont, un peu au sud de Fécamp, à Pavilly, à Rouen et à Vernon. De même sur Vaxe de la Bresle, entre le Tréport et Compiègne, trois bombements existent : le Tréport, Aumale et Breteuil. J’ai montré que les bombements de Breteuil et de Vernon faisaient partie d’un même pli qui, prolongé au sud-ouest, venait aboutir à un relèvement par faille de la craie glauconieuse dans la vallée de l’iton. De même, le bombement de Rouen et celui d’Aumale se trouvent sur une ligne droite qui passe par la partie'la plus exhaussée du pays de Bray, par un autre bombement, celui de Picquigny, et va aboutir aux relèvements des terrains anciens de Douai et de Tournay.
Un troisième pli saillant, sensiblement parallèle aux précédents, s’étend de Fécamp au Tréport, et aboutit au nord-est à l’affleurement dévonien de Dennebrœucq. Un quatrième part d’Écommoy (Sarthe), passe à la Ferté-Bernard, à Souancé, à Brunelles, et vient atteindre Beynes et la vallée de l’Oise jusqu’à Compiègne.
J’ai tracé sur une carte les différents accidents qui viennent d’être énumérés et qui divisent le sol de la France septentrionale en compartiments quadrangulaires. Il faut voir, dans cette structure, l’effet de pressions latérales exercées successivement dansdeuxdirectionspresque
rectangulaires, déterminées par la forme des rivages de l’ancien golfe
jurassique (/g-. 4) (')•
11 était naturel de conclure que le fond de la Manche devait avoir la même structure ondulée; c’est ce que j’ai annoncé en 187.5 (n" 120) à l’occasion du projet de tunnel (’), et ce que des sondages directs sont venus confirmer. L’amplitude de ces oscillations en France dépassant quelquefois 15o mètres, il y a lieu de tenir un compte sérieux de cette disposition des couches.
Il est inutile d’insister sur l’importance des notions qui permettent de reconnaître les allures souterraines des couches, et d’opérer avec
plus de sûreté la recherche des eaux artésiennes, des matières miné-
Age des plissements. — En constatant quelles sont les couches de la craie affectées par les bomhements et celles qui n’ont point subi leur influence, j’ai reconnu qu'ils avaient eu lieu à des époques déterminées, et j’ai essayé de les suivre pendant toute la période crétacée.
J’ai prouvé qu’à l’époque néocoinienne le bassin de Paris était un golfe de la mer du Nord, dont la forme était sensiblement la même qu’à l’époque portlandienne (fig. 4), et que, par suite, les dépôts wealdiens ne sauraient être synchroniques des dépôts néocomiens, et qu’ils sont en réalité antérieurs.
■ De là résultent ; i° une dépression sud-ouest-nord-est, dans le nord de la Manche et le sud de l’Angleterre, entre la fin de la période jurassique et le commencement de la période crétacée; 2” un pli concave perpendiculaire, entre l’époque wealdienne et l’époque néocomienne, qui a permis la rentrée de la mer dans le bassin de Paris. Cette dépression occupait la vallée de la Somme.
Le premier bombement du Boulonnais (sud-est-nord-ouest) a eu lieu entre le gault et la craie glauconieuse; celui (sud-ouest-nord-est) de la Fcrté-Bernard à Brunelles a commencé entre les grès du Maine et la
Cl'aie marneuse ; il s’est aceru pendant la période turonienne, et a été suivi par le plissement sud-est-nord-ouest, auquel sont dues les collines du Perche, dont le relief paraît antérieur à la période sénonienne.
Parmi les plis sud-est-nord-ouest, ou plis du premier système, ceux de la Seine, du Bray, de la Bresle et de l’Artois ont acquis leur piincipal relief entre la craie à Miemuer coranguinum et la craie à Belemnitellamucronala. C'est ce que montre la coupe (/g-. 5) relevée suivant la ligne ponctuée de la fig. 3 :
Évidemment le relèvement du Bray et celui de Beynes, qui appartient à Vaxe de la Seine, sont antérieurs au calcaire pisolithique et peut-être même en grande partie à la craie à Belemnûella mucronata.
Ce résultat démontre l’inexactitude de l’opinion (') admise jusque alors, et eu vertu de laquelle on rattachait le hombement du pays de Bray au soulèvement des Pyrénées.
Ces notions qui viennent d’être exposées sur les déformations subies par le système crayeux, par suite des pressions latérales, permettent, en ayant égard en même temps aux mouvements plus généraux d’exhaussement et d’abaissement, de se rendre compte des changements dans la communication entre la dépression parisienne et les mers voisines, aussi bien que des émersions et des immersions alternatives de ce bassin et des autres golfes découpés par la mer crétacée dans le sol de la France.
J’ai montré, quoique bien imparfaitement sans doute (n'ib, p. io4), que des phénomènes semblables avaient eu lieu dans le bassin d’Uebaux. Pour arriver à faire l’histoire géologique complète d’une région quelconque, il faudra non-seulement connaître la nature et la succession des couches, les faunes dont elles renferment les débris, mais pouvoir suivre avec sûreté les cbangements de relief dus à la mobilité de l’écorce terrestre, changements d’où résulte, à chaque époque, une distribution différente des terres et des mers.
Ces mouvements lents, d’après les observations faites dans ces vingt dernières années, ont acquis une importance considérable. J’aurai, plus loin, occasion d’y revenir à propos du terrain juras-sique.
B. Terrain CRÉTAci inf^rieer.
Les documents nouveaux, que j’ai introduits dans la Science sur ce terrain, sont relatifs à l’étage néocomien du midi de la France.
Cet étage avait déjà été très-bien décrit par M. Lory pour le Dauphiné; MM. Scipion Gras, Duval louve et d’Archiac avaient aussi fourni de nombreux renseignements pour la Provence et le Languedoc. De toutes ces données il était résulté que l’on considérait le néocomien du midi de la France comme constitué, tantôt par des calcaires marneux riches en Céphalopodes, tantôt par des calcaires remplis d’Oursins et de coquilles bivalves (calcaires à Spalangues). L’âge relatif de ces dépôts n’était pas parfaitement connu. Le plus grand nombre parmi les géologues (M. Lory, Emilien Dumas, etc.) considéraient les calcaires à Spatangues comme plus récents.
J’ai montré (n” 100) que les calcaires à Spatangues se trouvent à Escragnolles, à Castellane et même dans le Gard, au milieu des calcaires à Céphalopodes, et qu’ils se rencontrent toujours dans le voisinage des anciens rivages du golfe néocomien; les calcaires à Céphalopodes sont au contraire à l’intérieur, et, par suite, paraissent être un dépôt plus pélagique.
Dans le même Mémoire et dans le n" 103, j’ai fourni un bon nombre de coupes détaillées.
Mocomien des Pyrénées. — Dans le Mémoire n° 86, j’ai démontré que la grande bande calcaire que Dufrénoy avait rapportée à la base du terrain crétacé sous le nom de calcaires à Dicérates, et qui, tout à fait à tort, avait été démembrée et attribuée en partie au terrain jurassique, en partie â l’étage cénomanien, appartient en réalité au sousétage moyen du terrain néocomien {étage urgonien, d’Orb.j.Ce résultat apporte un changement notable dans la géologie des Pyrénées.
En dehors de cette question, le même travail fournit sur la constitution géologique des Pyrénées de nombreux documents. Il se termine par un essai de classification comparative des assises néocomiennes du bassin de Paris et de la France méridionale.