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VIL - GÉOGRAPHIE ZOOLOGIQUE

Béparttüon géographique des Stelléridea.

Des indications géographiques nombreuses sont contenues dans les travaux descriptifs inscrits sous les numéros 2, 22, 43, 47,65 et 69.

En ce qui concerne les Étoiles de mer, toutes les données acquises en 1878 sur leur distribution géographique ont été réunies dans mes études sur la Répartition géographique des Astérides (n” 34).

C’est un total de quatre cent cinquante-quatre espèces, dont la répartition géographique est ainsi établie.

Ces espèces se groupent de manière à caractériser un certain nombre de régions dans lesquelles elles sont exclusivement associées. On peut ainsi distinguer, du nord au sud de la côte orientale de l’Atlantique : 1“ une région arctique; 2“ une région boréale; 3“ une région celtique; 4' une région lusitanienne, comprenant la Méditerranée; 5” une région guinéenne.

\. Les gradations de cette singulière adaptation à l'enveloppe du corps ont été récemment

Parmi les faits particulièrement signalés dans ce mémoire, je rappellerai les suivants :

La côte nord-américaine de l’Atlantique a quelques espèces boréales, communes avec les parties correspondantes de la côte européenne. Mais à partir du cap Cod, toutes les espèces deviennent différentes et le caractère particulier de la faune se maintient jusqu’à la Floride. Puis un certain nombre d’espèces se trouvent communes à la mer des Antilles, aux îles du Cap- Vert et à la côte d'Afrique, sans doute apportées à l’état de larves, d’une côte à l’autre, par les courants équatoriaux. Sur la côte occidentale d’Amérique ne se trouve aucune espèce commune avec la côte orientale, même dans la région de l'isthme de Panama. La pointe sud de l’Amérique nous offre plusieurs genres et peut-être des espèces identiques à celles des régions arctiques et boréales.

Dans le Pacifique, on compte quatre régions : 1” l’Australie et la Nouvelle- Zélande; 2" les côtes de Chine et du Japon, qui ne sont pas sans affinités avec la côte de Californie; 3° les côtes de l’Inde et de l'Indo-Chine; enfin, 4“ une région remarquable par son étendue, qui comprend la mer Rouge, la côte orientale d’Afrique, la Malaisie, la Polynésie. Quelques espèces de cette région arrivent même sur la côte occidentale d’Amérique ; ce sont notamment la Lmcim éplax, la Mithrocha clavigera, VAcanthaster echinites et la Gymnasteria carinifera. On ne peut donc admettre pour les Étoiles de mer cette règle adoptée par Darwin en ce qui concerne les Mollusques, à savoir qu aucune de leurs espèces n’est commune à la côte occidentale d!Amérique et aux îles du Pacifique.

En ce qui concerne la distribution géographique des genres, une règle se dégage d’une manière frappante : Les genres dont la répartition géographique est très vaste sont aussi ceux qui comprennent le plus grand nombre d'espèces, ceux, par conséquent, dont la forme est éminemment plastique. Les cinq genres à peu près cosmopolites des Asterias, Pentagonaster, Asterina et Astropecten, comprennent à eux seuls près de la moitié des espèces d’Étoiles de mer.

Six autres genres cantonnés entre deux parallèles assez rapprochées occupent cependant toute la zone comprise entre les deux parallèles. Ces six genres [Echinaster, Linckia, Ophidiaster, Pentaceros, Luidia, Culcita) corn-

prennent ensemble cent deux espèces; tandis qu’il ne reste plus à répartir que cent trente-trois espèces entre les quarante et un genres dont la distribution géographique est très limitée.

On pouvait compter une moyenne de cinquante-trois espèces pour chacun des genres de la première série, de dix-sept pour chacun de ceux de la seconde; il n’en reste plus que deux ou trois pour chacun des genres de la troisième. Ces genres à distribution restreinte se trouvent presque exclusivement dans les Ues du Pacifiqm et sur h côte occidentale d'Amérique. L'Atlantique est au contraire peuplé par des genres à vaste distribution géographique.

La distribution géographique des familles est aussi digne d’intérêt. Les Astemabæ, si répandues partout, sont à peine représentées dans toute la zone tropicale ; au contraire, les Linckiadæ, les Astebinidæ, et, parmi les Pentagonastemdæ, les Pentacerotinæ, n’appartiennent qu’aux mers chaudes

Distribution bathymétrique des Étoiles de mer.

Il est intéressant de rapprocher de ces faits la composition de la faune de Stellérides des régions profondes ; les trois groupes que nous venons de citer y manquent totalement, ce qu’explique la basse température des grands fonds. Ce sont les Forcipulata (Brisinga, Pedicellaster, Coronaster, Zoroaster, Stichaster, etc.), quelques Echinasteridæ {Radiaster, Ctenaster), les Pterasteridæ, les Porcellanasteridæ et surtout les Archasteiudæ qui constituent cette faune. Encore faut-il y remarquer l’absence des genres de ces familles propres aux mers chaudes ou tempérées {Echinaster, Acanthaster, Mithrodia, Luidia, et peut-être Astropecten). L’influence de la température se fait ici nettement sentir.

Ayant été chargé d’étudier les Stellérides recueillis dans le golfe du Mexique et la mer des Antilles, durant les expéditions de dragage du Blalie (Alex. Agassiz), celles qui ont été draguées dans l’Atlantique, du golfe de Gascogne au tropique, dans les expéditions du Travailleur et du Talisman (A. Milne Edwards), et dans celles de Y Hirondelle (S. A. le prince de Monaco), ainsi que les Étoiles de mer recueillies au cap Horn par la mission astrono-

mique française qui a visité cette région en 1883, j’ai pu ajouter de nombreux documents bathymétriques aux documents géographiques que j’avais d’abord publiés.

En ce qui concerne les dragages du Blakej si l’on dresse la liste des espèces recueillies de cent en cent brasses, en divisant le nombre des espèces et celui des individus recueillis dans chaque zone par le nombre des coups de drague donnés pour les obtenir, on arrive, au point de vue bathymétrique, aux résultats suivants :

1" Le nombre des espèces diminue à mesure que la profondeur augmente ;

2“ Le nombre des individus diminue plus rapidement encore que le nombre des espèces.

Ces propositions sont en désaccord avec l’idée que l’on se fait depuis quelques années de la richesse des grands fonds de la mer en êtres vivants. En réalité, si ces résultats se généralisaient, il faudrait conclure que les régions profondes des mers sont moins habitées que les régions littorales et que leur faune est moins variée. Comme on passe rapidement d’une profondeur à une autre et que presque tout ce que la drague ramène est nouveau, il est impossible, d’ailleurs, d’échapper à l’impression qu’on se trouve en présence d’une faune d’une incomparable richesse ; les chiffres semblent devoir faire tomber cette illusion toute naturelle et nous montrer que c’est en pleine lumière et sous la chaleur du soleil que la vie atteint son plus complet épanouissement. Nous sommes ainsi préparés à l’idée que la faune des grands fonds est surtout une faune d’immigration.

Cette idée est confirmée par les résultats des campagnes du Challenger, du Travailleur et du Talisman. Ces résultats ont été rassemblés dans les publications n°* 47, 71 ter, et principaletnent dans mon livre les Explorations sous-marines.

Oripne de la faune des grandes profondeurs.

-èiU début des recherches sur la vie dans les grands fonds, on a été frappé :

1" De la fréquence, dans ces régions froides et obscures, d’espèces presque, littorales dans les régions arctiques;

2" De l’abondance des formes analogues à des formes fossiles que l’on croyait disparues.

De là deux théories sur l’origine de la faune profonde. L’une, qui voit en elle une sorte de continuation de la faune arctique; l’autre, qui nous la montre comme continuant les faunes antérieures, conservées dans les régions où les océans, d’abord peu profonds, se sont le plus creusés.

On a été également étonné de la richesse des régions abyssales que l’on croyait totalement inhabitées, richesse qui a paru tout d’abord très grande.

Des faits exposés dans mes recherches relatives aux Stellérides recueillis dans les régions profondes de la mer des Antilles (n“ 47) et de l’Allantique (n” 50), il ressort les propositions suivantes :

1° Plus la profondeur augmente, plus les conditions deviennent défavorables à la vie (Explorations sous-marines, p. 339).

2" Jusqu’à 400 mètres de profondeur, la faune est très analogue aux faunes littorales actuelles; à partir de 400 mètres, le nombre des espèces analouues aux formes fossiles s’accroît peu à peujusqu’à un certain maximum; puis diminue de manière à devenir nul vers 3 000 mètres ; alors se développe une faune qui paraît n’avoir d’analogue ni sur les littoraux, ni dans les temps anciens. On peut donc distinguer une %one conhnentale. une zone paléozo'ique et une zone abyssale. ■

3” La composition de la faune des grandes profondeurs est celle que devrait avoir une faune d’immigration. '

4* Plusieurs des espèces qui composent la faune profonde portent les traces d’une existence littorale antérieure.

5" Si l’on admet que les espèces littorales ont subi, en descendant dans les grands fonds, certaines modifications, on est conduit à rechercher leur origine dans les régions où des espèces de même genre vivent encore dans les eaux peu profondes. Or si, pour les Drisinga, les Pteraster, les Elpidia, ces régions sont les régions froides du globe, pour les Pentacrinus ce sont les Antilles, pour les Pentagonaster les côtes d’Australie ou la mer des Indes, pour les Hyalonema les côtes du Japon, pour les Eupleclella les Philippines. Toutes les régions littorales du globe peuvent donc revendiquer une part dans la formation de la faune profonde.

6" Cette origine multiple de la population des abîmes explique que, mal-

gré runiformité des conditions d’existence dans les mers profondes, cette population ne soit pas identique dans toutes les mers du Globe.

7" Une adaptation plus étroite, plus parfaite aux conditions d’existence qu’elles trouvaient réalisées, explique que les formes littorales nouvellement apparues aient graduellement refoulé dans des régions plus profondes les espèces qui les avaient précédées et qui donnent à la zone paléozoïque sa ressemblance avec les mers des temps secondaires.

8“ La nécessité de s’adapter à des conditions d’existence dures, en somme, et de plus en plus différentes des conditions primitives, explique que les espèces refoulées ne soient pas indéfiniment descendues et n’aient envoyé dans la zone abyssale que des formes isolées, graduellement acclimatées aux conditions d’existence toutes spéciales qu’elles y trouvaient.

9° Cette émigration, en quelque sorte secondaire, explique comment la ressemblance des animaux des profondeurs avec les fossiles, après s’être accusée nettement jusqu’à 2000 mètres environ, cesse ensuite d’être aussi grande pour disparaître à peu près vers 3 000 mètres.

dO" La date à laquelle les mers profondes ont commencé à se former rend compte de l’absence des formes primaires dans les abîmes.

i i° Les difficultés plus ou moins grandes que chaque espèce trouve à s’acclimater expliquent enfin que la population animale se modifie à mesure que la profondeur augmente {Explorations sous-marines, p. 351).

On sait qu’un certain nombre d’espèces des mers arctiques ont été retrouvées, au grand étonnement des zoologistes, à la pointe sud de l’Amérique. Les documents rapportés par divers voyageurs, et notamment par la mission de 1882-1883, m’ont permis d’ajouter un assez grand nombre de genres ou d’espèces à la liste commune et de préciser le degré de ressemblance des deux faunes. J’ai signalé notamment des Priapulus, des Mitra, des Trophon, des Bollenia, exactement correspondant à ceux des mers boréales (n» 71 ter). Pour les Étoiles de mer seulement, les formes correspondantes sont les sui-

Psilaslei- f leuriaisi, E. Perrier.

Clemdiscus mslraUs, Lutken. Plermter Ingoufi, E. Perrier.

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