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VI. — MOLLUSQUES

La Truncatella truncatula est un Gastéropode de très petite taille (à peine 1 centimètre de long) qui vit dans les laisses de la Méditerranée, tantôt submergé momentanément, tantôt à découvert. J’ai pu démontrer que l’eau de mer n’était nullement nécessaire à ces petits Mollusques : une colonie assez nombreuse de ces animaux a vécu en compagnie d’une colonie d’Auricules sur une couche de sable mêlé de débris de Posidonies. J’avais simplement recouvert le tout de linges qui étaient régulièrement imbibés d’eau douce.

J’ai étudié en détail l’anatomie de ces petits Mollusques et leur remarquable système nerveux (fig. 31) a été figuré pour la première fois dans les ouvrages (n"' 72 et 73).

Dans une monographie récente des Troncatelles,

M. Alb. Vayssière a confirmé mes résultats.

La collection de Mollusques du Muséum comprend, au total, environ 200000 spécimens dont le classement, demeuré très arriéré, était une des charges qui m’incombaient lors de ma nomination au Muséum. Après avoir effectué la révision des familles des Aspergillidæ et des SoLENiDÆ, dont les résultats sont exposés dans les galeries du Muséum, j’ai déterminé un plan méthodique de révision de la collection qui comporte, outre Une bibliographie complète de chaque famille et la confection d’un ”'nerveux dskr™»catalogue général des espèces connues, la publication de monographies par familles, contenant un catalogue complet des espèces de la collection du Muséum, la description guone ’commissuet la représentation des espèces et des genres nouveaux. vS’rauxf'»''fgM- L’ensemble de ces monographies devra former une His- S'o“sTest'*p'î”8«ûtoire des Mollusques basée sur la collection du Muséum et fji,“f„t?gangUo°ns donnant, en conséquence à celle-ci, une valeur documen- accessoires; i, extaire considérable. d’E^'perrier^^^ÏÏ-

Les monographies déjà publiées sur ce plan sont les '

suivantes :

1* Révision des Telunidæ du Muséum ithistoire naturelle, par M. Victor

2" Révision des Gabidæ, par le même.

3“ Révision des Donacidæ, par le même.

4” Révision des .MmticiDÆ, par M. J. Poirier.

Toutes ces révisions ont paru dans les Nouvelles Archives du Muséum

d'histoire naturelle-, elles sont conçues dans le même esprit que la Bevision des Stellérides du Muséum d’histoire naturelle que j’ai publiée en 1875 et 1876 dans les Archives de Zoologie expérimentale de M. de Lacaze- Duthiers.

L’aménagement, dans les nouvelles galeries du Muséum, des collections de malacologie était une occasion de refondre le classement de ces collections. Il était indispensable, pour donner à ce travail une valeur durable, de combler un certain nombre de lacunes que présentait la science, relativement à 1 organisation des Mollusques. J’ai partagé la tâche entre plusieurs de mes élèves. En ce qui concerne le groupe si important des Gastéropodes prosobranches, M. Bouvier a étudié le système nerveux ; M. Félix Bernard, les dépendances du manteau; M. Rémy Perrier, l’appareil rénal, ses rapports avec le péricarde et l’appareil circulatoire. M. Ménégaux a entrepris des recherches analogues sur les Mollusques lamellibranches. De cet ensemble coordonné de travaux comparatifs, accomplis à mon instigation et sous mes yeux, est résultée la classification que j’ai appliquée à la collection de Prosobranches du Muséum, qui ne comprend pas moins de soixante-sept mille neuf cent trente-cinq coquilles de Prosobranches. Empruntant tour à tour les caractères de cette classification aux branchies, au coeur, aux reins, au système nerveux, enfin â l’appareil digestif, j’ai cherché à lui faire remplir les conditions d’une classification naturelle. La collection de malacologie du Muséum comprend les espèces fossiles et les vivantes. Une classification qui représenterait à la fois les résultats des recherches paléontologiques et ceux des recherches anatomiques serait plus près de la perfection que celle qui ne représenterait que l’une ou l’autre de ces données. J’ai essayé d’imprimer à la collection du Muséum ce double caractère, et la disposition adoptée permettra de juger un jour de la valeur de la doctrine de la descendance. Les dénominations usitées pour désigner les subdivisions de la classe des Gastéropodes ne font, én général, allusion qu’aux caractères fournis par l’appareil respiratoire ou par l’appareil de préhension des aliments connu sous le nom de langue ou de radula. La même forme de dénomination

est parfois appliquée à une sous-classe {Prosol,-anches), à un ordre (Pectinibranches), à un sous-ordre {Zygobmnches), ou même à Un genre (Pleurobranches). Celte nomenclature expose à des confusions et donne l’impression d’un système artificiel. Dans la collection du Muséum, les dénominations adoptées sont empruntées aux différents systèmes organiques.

« Les types de Prosobranches qui, dans la nature actuelle, représentent les formes les plus anciennes de ce groupe, ont, comme les Lamellibranches, deux oreillettes au cœur, deux reins, souvent deux branchies, le ventricule du cœur traversé par le rectum, une commissure nerveuse labiale; ils manquent d’appareil copulateur, et leur coquille est ordinairement revêtue d'une nacre irisée et brillante comme celle d’autres Mollusques de type ancien {Avicuudæ, Nautilidæ). Nous avons appliqué i ces Prosobranches, désignés souvent sous les noms de Scutibranches (Cuvier) ou à'Aspidobranches (Schweigger), la dénomination de Diotocardes, à laquelle Môrch, en 1859, avait donné une signification beaucoup trop étendue. Chez les Diotocardes, il peut y avoir deux reins de même structure {Fissurella), deux reins de structure dissemblable [Haliolis, Turbo, Trochus, ou un seul rein {Kerica et genres voisins) ; d’où leur division en Homonéphridés, Hétéronéphridés, Mononéphridés, résultant des recherches de M. Rémy Perrier et plus naturelle que celle qui est adoptée dans les ouvrages les plus récents. On faisait jusqu’ici des Patellidæ des Scutibranches docoglosses. Mais le cœur des Patellidæ est tout autrement construit que celui des autres Mollusques (Paul Berl); ces animaux constituent, dans la collection du Muséum, le sous-ordre des Hétérocardes. Le sous-ordre des Monotocardes correspond aux Pectinibranehes des auteurs. La considération du système nerveux (Bouvier), celle du rein (R. Perrier) concordent avec la structure de la radula pour permettre de diviser les Monotocardes en Ténioglosses (Ténioglosses et Pténoglosses de Troschel) et Sténoglosses (Rhachiglosses et Toxiglosses) ; les caractères de la région buccale et ceux des reins s’accordent pour justifier la répartition des Ténioglosses en trois groupes bien délimités par M. Bouvier et que j’ai introduits dans la classification du Muséum : ceux des Rostrifères à mufle contractile et à rein unilobé; des Proboscidifères à mufle rétractile, à rein divisé en deux lobes de même structure ; les Semi-Proboscidifères, à rein divisé en deux lobes de structure

dissemblable. Les Slénoglosses sont un groupe des plus homogènes; leur division en Rhachiglosses et Toxiglosses était déjà considérée comme artificielle par M. Bouvier; l’étude de l’appareil rénal a montré que les anciens Toxiglosses peuvent demeurer réunis, mais il faut y joindre les Volutidæ, les Olividæ et les MarginelliDÆ, ainsi que très probablement les Concholepas; au contraire, les Hahpidæ ont été reportés auprès des Buccinidæ (Bémy Perrier). Les résultats des recherches de M. Félix Bernard, et, en premier lieu, ceux qui sont relatifs à la fausse branchie, concordant avec les précédents; ces modifications dans la systématique ont pu être de même immédiatement adoptées.

« La collection des Prosobranches du Muséum, ainsi remaniée, entièrement exposée pour la première fois, permet de mettre immédiatement en évidence les rapports naturels des divers groupes de Mollusques, tels que conduit à les concevoir l’ensemble des recherches précédemment rappelées. Elle met en relief quelques traits remarquables de l’évolution paléontologique des Gastéropodes. Les représentants actuels des plus anciens de ces animaux sont beaucoup moins asymétriques et plus près des Lamellibranches que les représentants des formes plus récemment apparues. A mesure que des formes modifiées apparaissent, la nacre perd son éclat, les ganglions nerveux se différencient plus nettement, des connexions directes (zygoneurie) s’établissent entre eux ; mais avant que ces phénomènes se produisent, une des branchies a avorté, ainsi que l’un des organes de Spengel ; peu à peu les deux reins, d’abord inégaux, prennent une structure différente; puis l’un d’eux avorte (Neritidæ) ou se fusionne à ce point avec le plus développé qu’il semble n’en être plus qu’une dépendance (Monotocardes); l’apparition d’un appareil copulateur et finalement la disparition d’une oreillette du cœur coïncident avec cette transformation. Les Prosobranches carnivores (Sténoglosses), dont l’apparition a été relativement tardive, se font remarquer par le développement de leur siphon respiratoire, qui détermine le prolongement en gouttière ou l’échancrure de l’ouverture de leur coquille, et par le perfectionnement de leur organe de Spengel; mais ils partagent ces caractères avec une partie des Ténioglosses. » (Comptes rendus de VAcadémie des sciences, 2 juin 1890).

Dans mon ouvrage sur les Colonies animales, le chapitre consacré aux Mollusques présente une façon nouvelle d’envisager les rapports des Mollusques avec les Vers annelés, rapports signalés déjà par Gegenbaur, mais sans insister sur les détails, dans son Manuel iAnatomie comparée (traduction française, p. 441). Cette théorie des Mollusques, basée sur tous les faits connus, , en 1881, relativement à leur organisation et à leur embryogénie, est résumée dans le passage suivant (n" 72, p. 659) :

« Les Mollusques proprement dits sont également des Annélides transformées; ils naissent comme elles à l’état de trochosphères, présentent une chaîne nerveuse composée de trois articles, deux paires d’organes segmentaires dont une seul persiste, un cœur formé de deux ampoules, une armature pharyngienne, qui n’est qu’une modification de l’armature pharyngienne des Annélides. Mais la transformation qui les a produits a été dominée par le fait de l’habitation dans un tube clos de toutes parts, sauf à son extrémité antérieure. Les appendices céphaliques se sont alors modifiés de manière à remplir toutes les fonctions de relation, tandis que l’extrémité postérieure du corps se réduisait sous la double influence de l’importance prise par le segment céphalique et de l’emprisonnement dans un tube solide, emprisonnement dont diverses Annélides tubicoles, et surtout les Hermelles, nous ont montré les effets. La disparition de la segmentation, son absence, même dans la période de développement, sont des phénomènes que nous ont déjà montrés les animaux articulés... Les appendices céphaliques du Ver primitif, c’est-à-dire les appendices nés sur la trochosphère qui devait constituer sa tête, ont formé les bras des Céphalopodes dibranchiaux et les expansions membraneuses couvertes de tentacules des Nautiles; à ces organes correspondent, chez les Céphalophores (Pléropodes et Gastéropodes) et les Acéphales, le voile de la larve, les tentacules, Yorgane copulateur et le pied de l’animal adulte... Quant aux effets de l’existence tubicole, il serait difficile de les contester en les voyant se renouveler avec une remarquable pereistance dans la série des animaux articulés sur les... Pagures ou Bernardl’Ermite. Ces animaux ont pris, sans doute durant la période de la mue, la

singulière habitude d’enfermer la partie postérieure de leur corps précisément dans des coquilles de Mollusques. La partie du corps des Pagures ainsi emprisonnée demeure molle, et ses anneaux disparaissent presque entièrement; cette partie devient, en outre, dissymétrique comme la partie correspondante du Mollusque; les appendices du côté concave subissent une atrophie marquée; le corps lui-raème se réduit, tandis que les pinces prennent un grand développement et s’adaptent à l’ouverture de la coquille, de manière à la boucher »

La théorie des Mollusques qui vient d’être résumée a, depuis, fait l’objet d’importants ouvrages (Cattaneo, les Colonies linéaires et la Morphologie des Mollusques) et une thèse dont les conclusions sont en faveur do la métamérisation des Mollusques, a été soutenue à PUniversité de Genève (Pierre de Mouron, 1886).

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