ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALES
48. — Sur la réviviscence du Selaginella lëpidôphylla Spring, et d'autres Cryptogames vasculaires. (En commun avec P. Bert.)
(Bulletin de la Société botanique de France, 1868, t. XV, p. 32 et 34, et Bulletin do la Société de biologie, 4868.)
Les auteurs ayant indiqué sommairement te résultât de leurs observations dans les recueils cités, il ne sera peut-être pas, inutile d'exposer ici avec quelques détails lès expériences auxquelles ils se sont livrés.
Le Selaginella lëpidôphylla. Spring est.une plante américaine de la famille des Lycopodiacées. Elle arriveen Europe seulement depuis 1867 et dans un état singulier. Les pieds, arrachés et jetés pêle-mêle dans des caisses, ont leurs rameaux verts recroquevillés au centre et enveloppés par les branches mortes. La plante n’a nullement l’air vivante ; elle semble un paquet d’herbe sèche. Si on la plonge alors dans l’eau, on la voit rapidement s’étaler et, en quelques heures, ses branches déroulées forment une belle rosace d’un vert sombre. Cette propriété lui a fait donner, aux États- Unis, le nom de Résurrection plant.
Cette singularité ayant paru présenter un sujet d’étude intéressant, les auteurs ont entrepris une série d’expériences sur un certain npmbre de plantes sèches, que la maison Vilmorin a mises à leur disposition avec sa générosité bien connue.
Us ont constaté d’abord qu’il ne s’agit point ici d’un simple phénomène d’hydratation analogue à celui qui a rendu célèbre la Rose de Jéricho. Le Selaginella lëpidôphylla sec est bien une plante vivante. Des individus plongés dans l’eau, puis plantés dans une serre du Muséum, ont poussé avec une certaine rapidité. Quelques-uns de leurs rameaux ont servi à faire des boutures qui se sont enracinées.
Ce premier fait étant acquis, les auteurs ont cherché si la vie de la plante résisterait à une dessiccation complète. Pour cela, ils ont d’abordplacé un pied de Selaginella, dans l’état, oü il arrive d’Amérique, sous, la cloche de la machine pneumatique, en présence d’acide sulfurique concentré. Il pesait alors 75^,13. Pendant douze jours, la pression fut maintenue à 2 centimètres environ de mercure. Au bout de ce temps, la plante avait perdu 7^,79 de son poids; ses rameaux verts étaient, devenus cassants .et. friables. Placée dans l’eau, .elle revint rapidement à son aspect vivant; plantée, elle poussa des racines et aucune de ses branches ne mourut. Quelques rameaux furent utilisés comme boutures et s’enracinèrent.
Dans une autre expérience, on employa la dessiccation par la chaleur, et l’on,agit à la fois sur le Selaginella et sur deux Fougères indigènes quh-> comme la. plante américaine, sont exposées', dans les stations qu’eiles habitent, à de grandes alternatives de sécheresse et d’humidité ; le Celeraeh ôffieinarum etl 'Asplénium, Ruta-muraria. Ces deux dernières furent d’abord séchées grossièrement sur.un poêle; puis les trois plantes furent . introduites dans une étuve bien ventilée et dans laquelle un régulateur permettait d’entreténir une température constante. Elles pesaient alors, Il 18 avril : .
Selaginella .. . --81 gr. 14
Ceterach . 6 gr. 33
La température fut d’abord réglée à..40 degrés. Le 22 avril, elle fut portée à, 60 degrés. Chaque jour une pesée fut faite, et l’on constata qué les plantes'perdirent graduellement de leur-poids jusqu’au -24. Du 24 au 27, le poids resta stationnaire. Les plantes furent alors retirées. Elles pesaient :
Selaginella .... 28 gr. 80 .
Comtek . . , . 5 gr. 73 .
Après les avoir plongées dans l’eau, on les planta, et toutes revinrent à la vie. L 'Asplénium, seulement perdit ses anciennes frondes.'
Depuis, et sur les indications d’un des auteurs, M. Dan. Hanbury a fait, k Londres, quelques expériences qui ont confirmé et étendu les résultats précédents. Il a constaté que le Polypodium vulgare, le Ceterach officinarum, le Cheilanthes odora, XAsplénium lanceolalum, et 1 ’Adianthum papUltts-Veneris, après avoir été conservés, plusieurs semaines dans du papier, pendant un été chaud et sec, .recommencent à pousser lorsqu’ils
sont plantés; que le Ceteraeh officiharum et le Polydium vulgare reprennent leur vitalité après avoir été séchés, jusqu’à ce qu’ils ne perdent plus de leur, poids, dans une étuve à 66 degrés centigrades; enfin que les mêmes Fougères ne sont nullement tuées lorsqu’elles ont été desséchées pendant plusieurs jours sur du chlorure de calcium calciné. Mais aucune plante n’a survécu après avoir été exposée à 100 degrés centigrades.
M. Duval-Jouve avait déjà remarqué que des Isoetes peuvent revivre après plusieurs années de séjour en herbier.
Il est donc hors de doute maintenant qu’un certain nombre de Cryptogames vasculaires, c’est-à-dire de plantes assez élevées en organisation, présentent un phénomène physiologique analogue à celui qu'offrent les Rotifères et les Tardigrades dans le Règne animal, c’est-à-dire peuvent reprendre vie après avoir été complètement desséchées.