‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 5 sur 11 · CHOLÉRA · texte numérisé non relu

CHOLÉRA

Sur le choléra d’Égypte. En commun avec MM. Stracs, Nocard et Thuillier. [Revue scientifique, novembre 1883.)

Préparations microscopiques sur le choléra. En commun avec M. Straus. [Société de biologie, 9 août 1888.)

Sur le choléra. En commun avec M. SmAcs.

(Société (le biologie, 10 novembre 1887.).

Toxine et antitoxine cholérique. En commun avec MM. Et. MmcnsiKOFF et TAiiREtu-SAiraDrai. (Annales de l'Instilul Pasteur, mailSOC.)

Le choléra est causé par le développement, dans l’intestin, d’un microbe spécial, le bacille-virgule de Koch. Ce vibrion ne se répand pas dans le corps, il pullule dans l’intestin où il élabore un poison dont l’absorption détermine les symptômes de la maladie.

Puisque le choléra est un empoisonnement, il y a donc un grand intérêt à connaître le poison cholérique. Beaucoup d’expérimentateurs ont essayé de le tirer des cultures du vibrion de Koch.

En 1895, au moment où nos recherches ont été entreprises, la plupart des bactériologistes admettaient, avec M. Pfeiffer, que le poison cholérique est contenu dans le corps môme des vibrions. En effet, ceux-ci, tués par la chaleur ou un antiseptique, font périr les cobayes auxquels on les injecte. Dans ces conditions, les microbes ne peuvent ni pulluler, ni élaborer une toxine dans l’organisme; s’ils tuent, c’est qu’ils renferment dans leur corps une substance toxique. Elle n’en sort, d’après M. Pfeiffer, que lorsque les vibrions se désagrègent. Ainsi les toxines solubles trouvées dans les cultures ne seraient que le poison plus ou moins modifie des cadavres microbiens. De même, pour le choléra humain, la toxine formée dans l’intestin a pour origine les vibrions morts qui seraient toujours au milieu des vibrions vivants.

Au mois de juillet 1895, dans un travail fait sous l'inspiration de M. Behring, M. Bansom a annoncé qu’il était parvenu ù extraire des cultures cholériques un poison soluble d’une grande activité. .Avec cetic toxine, on peut préparer un sérum anlitoxique en accoutumant les animaux à son action.

M. PfeiEfei' combat les assertions de M. Ransom, qui, dit-il, n’a point obtenu la vraie toxine cholérique, mais une modification de celle-ci. Quant aux propriétés du sérum antiloxique annoncé, M. Pfeiffer ne croit pas qu’elles soient supérieures à celles du sérum normal provenant de divers animaux. D’ailleurs, la discussion entre MM. Pfeiffer et Ransom ne pouvait aboutir, puisque M. Ransom n’avait pas fait connaître le mode de préparation de la toxine cholérique.

Une expérience très simple nous a permis de montrer qu’il existe un poison cholérique soluble et diffusible. Préparons un sac de collodion de 5 à -4 centimètres de capacité et, après l’avoir stérilisé, introduisons dedan.s une solution de peptone à 2 0/0, ensemencée avec une trace de vibrion cholérique virulent; puis fermons hermétiquement l’orifice du sac. Dans un deuxieme sac de collodion semblable au premier, mettons le même liquide dans lequel on a délayé deux cultures entières de vibrions sur gélose, après avoir tué les microbes au moyen des vapeurs de chloroforme. Plaçons maintenant ces sacs dans le péritoine de deux cobayes de même poids. Un troisième reçoit dans la cavité abdominale, un sac de même dimension que les précédents, mais ne contenant que du bouillon stérilisé.

Le cobaye témoin reste en bonne santé. Celui qui a le sac aux vibrions morts a une petite élévation de température, maigrit un peu, puis se rétablit. Quant au cobaye porteur du sac ensemencé avec les vibrions vivants, il cesse de manger après 24 heures ; le deuxième jour il a de l’hypothermie et il meurt bientôt avec tous les signes de l’empoisonnement cholérique. X l’autopsie on trouve les lésions typiques de l’infection cholérique et cependant ni la sérosité péritonéale, ni le sang du cueur, ni la pulpe des organes ne renferment de vibrions. Ceux-ci ne sont point sortis du sac, qui est rempli d’un liquide trouble, laiteux, fourmillant de vibrions agiles. Ce qui est sorti du-sac en diffusant à travers la paroi, c’est la toxine soluble produite pendant la période de vie active des vibrions. Notre sac est comme une anse intestinale artificielle ou nous réalisons une culture cholérique, et notre

cobaye succombe à un empoisonnement semblable de tout point à celui que l’on observa dans le choléra humain.

Cette expérience montre, jusqu’à l’évidence, l’existence du poison cholérique soluble et diffusible.

On le trouve aisément dans les cultures faites in vitro, à condition qu’elles soient ensemencées avec un vibrion très actif, qu’elles se fassent rapidement au large contact de l’air. Dans ce mémoire, nous donnons avec tous les détails, les procédés qui nous ont le mieux réussi pour obtenir cette toxine cholérique. Bien préparée, elle lue les cobayes de 500 grammes à la dose de 1/.5 de centimètre cube sous la peau. Elle peut être chauffée à 100“ sans perdre de son activité, mais elle s’affaiblit rapidement au contact de l’air.

Une fois en possession de la toxine cholérique soluble, nous avons essayé

obtient des sérums antimicrolnens ou antitoxiques. Les animaux qui reçoivent les corps de microbes, fournissent un sérum antimicrobien seulement; ceux qui ont été accoutumés à la toxine soluble, ont un sérum à la fois antimicrobion et antitoxique'.

Cependant, il est certain que le poison cholérique qui existe dans les corps des vibrions, est le même que le poison soluble trouvé dans le liquide de culture. En effet, l’empoisonnement causé par les vibrions tués ressemble absolument à celui déterminé par la toxine soluble. El d’ailleurs en faisant macérer, dans certaines conditions, les corps de vibrions, on peut en extraire de la toxine soluble. Donc, que les animaux reçoivent do la toxine soluble on des corps de vibrions, ils reçoivent en définitive le même poison. Pourquoi les résultats sont-ils si différents?

Nous en trouverons la raison en suivant ce qui se passe quand on introduit dans le péritoine d’un cobaye des corps de vibrions tués. Ils sont bientôt englobés par les leucocytes polynucléaires. De sorte que, dans ce cas, le vibrion et la toxine qui lui est adhérente passent par le leucocyte polynucléaire et n’ont de relations qu’avec lui. Le poison cholérique est pour ainsi dire injecté à l’état insoluble avec les vibrions, en même temps qu’eux il est saisi par les phagocytes, en même temps qu’eux aussi il est digéré dans leur intérieur. De sorte que, il n’arrive pas aux autres systèmes cellulaires. Les injections successives de corps vibrioniens ne font qu’exalter la fonction phagocytaire et accoutument les seuls leucocytes polynucléaires à l’action de la toxine. Le résultat de cette digestion dans les leucocytes polynucléaires, c’est l’obtention d’un sérum antimicrobien. Il semble donc que l’on soit autorisé à dire que la substance spécifique du sérum préventif est élaborée par les leucocytes polynucléaires, et que ceux-ci ne font point l’antitoxine.

Lorsqu’on injecte de la toxine soluble, elle diffuse rapidement dans l’or-

Iléi’icourt h propos d’une septiciîmie parliculière qu’ils ont étudiée. ‘

ganisme, et peut atteindre les divers systèmes cellulaires. Une partie sans doute est prise par les leucocytes polynucléaires, et c’est pour cela que le sérum des animaux immunises par la toxine soluble est toujours antimicrobien; mais de |dus il est anlitoxique, et l’antitoxine est préparée par quelques-unes de lÆS cellules auxquelles arrive le poison soluble : eellules que nous ne pouvons pas désigner encore, parce qu’il est bien plus difficile de surprendre les rapports d’une toxine dissoute avec un élément cellulaire, que ceux d’un corps microbien solide avec un phagocyte.

Une toxine introduite dans l’organisme, à l’état dissous ou à l’état fixé, entrera donc en relations avec des cellules diiïercntes. G est là une constatation d’une haute importance qui a jeté un peu de lumière sur le mécanisme de la formation des substances préventives et des substances antioxiques, et qui a conduit a séparer les sérums thérapeutiques en deux classes, les sérums aniimierobiens et les sérums anlitoxiques.

Pour combattre le choléra de l’homme, qui est un empoisonnement, il faut un sérum antitoxique et non un sérum antimicrobien. Grâce aux expériences do M. Mctchnikoff sur le choléra intestinal des jeunes lapins, encore nourris par la mère, nousavons pu essayer l’action du sérum antitoxique chez ces animaux qui prennent un choléra tout à fait semblahle à celui de l’homme.

Les petits lapins qui reçoivent préventivement du sérum antitoxique résistent à l’ingestion du vibrion cholérique, tandis que ceux auxquels on donne, de la même façon, du sérum antimicrobien, meurent du choléra intestinal typique.

be sérum antitoxique peut donc prévenir le choléra chez les jeunes lapins.

Celui que nous avons employé dans nos expériences n’était pas assez actif pour guérir les lapins qui avaient le choléra déclaré. Mais on a lieu d espérer, qu avec une antitoxinebeaucoup plus forte, on obtiendra de meilleurs résultats. Si l’on guérissait le choléra intestinal des jeunes lapins, il est probable que l’on pourrait traiter efficacement le choléra de l’homme.

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