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V. - CONVALLARIA MAIALIS ET CONVALLAMARINE

Le muguet était connu de temps immémorial chez les paysans russes comme un moyen de guérir l’hydropisie. Deux médecins de Saint-Pétersbourg avaient seuls essayé de contrôler cette légende populaire par quelques recherches cliniques, quand M. Sée fit connaître une étude scientifique complète des effets physiologiques du muguet, ou Convallaria maialis, chez l’homme et chez les animaux, étude qui place cette plante comme médicament cardiaque à côté de la digitale.

On retire du muguet un extrait dont les effets sont ceux des poisons cardiaques qui, comme la digitale, l’upas antiar, l’inée, arrêtent le cœur en systole ventriculaire. L’extrait fournit de son côté un glycoside, la eonvallamarine, dont l’activité est comparable à celle de la digitaline pure.

Chez le chien, il suffit d’injecter dans une veine d’un animal de taille moyenne quatre gouttes d’extrait pour déterminer, dans l’espace d’une dizaine de minutes, la mort par arrêt du cœur.

Les premiers phénomènes qui caractérisent l’action du muguet chez le chien sont, dans une première période : le ralentissement des mouvements du cœur, une augmentation de la pression sanguine égale à 6 0m de mercure, une ampleur plus grande et une fréquence moindre de la respiration.

A cette période, qu’on peut appeler thérapeutique, succède une autre phase caractérisée par une irrégularité extrême du rythme et de la force des pulsations cardiaques, des intermittences du cœur, du ralentissement des mouvements respiratoires avec arrêt passager dans l’inspiration. C’est pendant ce temps que l’on voit survenir les vomissemepts qui accompagnent l’action habituelle des toxiques du

La période ultime est marquée par l’accélération du pouls, qu’il devient impossible de compter; la pression baisse progressivement : les respirations, de plus en plus profondes, se ralentissent considérablement; puis, la pression tombant à zéro, le cœur finit par s’arrêter et l’animal succombe.

Ce sont les effets observés pendant la première phase de l’intoxication qui font du muguet un médicament comparable à la digitale dans les maladies du cœur.

Qu’on administre le remède sous forme d’extrait à la dose de i®' à a 8 ’’, ou sous forme de convallamarine à la dose de o 8 ', to, le muguet produit sur le cœur, les vaisseaux et la respiration des effets constants et constamment favorables. Les battements du cœur, précipités et irréguliers, se ralentissent et souvent reprennent leur rythme normal. 11 y a augmentation de l’énergie du cœur, ainsi que de la tension artérielle, appréciable au doigt et au sphygmographe. La respiration acquiert plus de force inspiratoire et les sensations de besoin de respirer sont moins impérieuses, moins pénibles.

L’effet le plus puissant, le plus constant, le plus utile, effet qu’on ne peut observer chez les animaux en expérience, mais qui est des plus remarquables chez les cardiaques hydropiques, c’est l’action diurétique du muguet. Sous l’influence du relèvement de la pression artérielle, on voit des malades, qui ne rendaient plus que 3oo“ à 5oo“ d’urine, uriner deux, trois et quatre litres dans les vingt-quatre heures.

L’usage du muguet est donc indiqué toutes les fois qu’il existe des palpitations par épuisement du nerf vague, ou des irrégularités du cœur; dans les insuffisances et les rétrécissements de l’orifice mitral, quand l’énergie du cœur faiblit et que des congestions passives se produisent dans les poumons avec des accès d’étouffement; enfin dans toutes les maladies du cœur indistinctement, dès qu’elles ont produit l’infiltration des membres inférieurs et, à plus forte raison, une hydropisie générale.

Les contre-indications sont nulles; car le muguet est sans aucun effet fâcheux sur le système nerveux ou sur les organes digestifs. De plus, il est rapidement éliminé, il ne séjourne pas dans l’économie, et il ne présente par conséquent pas d’effet cumulatif, comme la digitale.

Pour ces divers motifs, le Comallaria maialïs et la convallamarine

sont préférables, dans le traitement des maladies du cœur, à la digitale et à la digitaline, dont on est si souvent obligé de suspendre ou de restreindre l’emploi, à cause des vomissements, de l’inappétence, des troubles digestifs, de l’excitation cérébrale qu’elles déterminent après un usage plus ou moins prolongé.

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