RÉSUMÉ DES OBSERVATIONS PRÉCÉDENTES
Les recherches précédentes de M. Filhol sur les variations, pouvant s’étre produites chez les Mammifères, durant l’oligocène, sous l'action seule de la nature,
i» Que la taille avait varié dam de très grandes proportions et cela non seulement parmi les espèces d'un même genre, mais encore dans une même espèce;
n” Que l’on pouvait rattacher les unes aux autres les formes extrêmes de ces variations par une série d’intermédiaires ;
3- Que chez des Pachydermes à dents à série continue, évoluant vers les Ruminants, il s’est spontanément produit une barre ;
M. Filhol, en démontrant que chez les Pachydermes primitifs la disposition de la série dentaire se modifiait, qu’il se constituait une barre, et que le nombre des dents était susceptible de diminuer, a contribué d’une manière importante à nous éclairer sur l’origine des Ruminants. Tout faisait prévoir que ces derniers descendaient de Pachydermes modifiés. Dans leurs genres primitifs on notait, en effet, une indépendance absolue des métatarsiens et des métacarpiens, alors que le système dentaire était déjà disposé comme chez les Ruminants. Chez les Pachydermes de transition, on retrouvait cette indépendance des os de la patte, de plus on notait que les dents tendaient à revêtir les dispositions particulières à celles des Ruminants, mais elles se trouvaient en série continue et elles étaient plus nombreuses. En constatant les modifications survenues dans la dentition des Caïnotherium et des Xiphodon-
incisives internes, la transformation des canines en incisives et celle des prémo¬
laires en canines, M. Filhol a fait counaître un des procédés les plus remarqua
blés qu’ait employé la nature lorsqu’elle a voulu transformer un Pachyderme en
Les faits signalés par M. Filhol relativement aux modifications du système dentaire survenues chez les carnassiers du Quercy, lui ont permis d’autre part de montrer qu’il fallait faire remonter l’origine de tous les carnassiers vivants à un unique type primitif celui des Cynodictis. 11 a fait voir qu’en partant de ces animaux on pouvait constater une série de modifications graduelles permettant de comprendre comment se sont constituées les familles actuelles de Carnivores.
Aux genres vivériens primitifs, appartenant au groupe des Créodontcs, possédant des tuberculeuses inférieures garnies de pointes aiguës et ayant par conséquent des caractères insectivores ( Cynohyœnodori ), ont succédé des genres sur lesquels ces dernières particularités ont peu à peu disparues pour faire place à des caractères carnassiers ( Cynodictis ). Les transformations signalées par M. Filhol
siblement conduit du type Cynodictis au type Vioerra, et de ce dernier au genre découvert et nommé par lui Stenoplesictis. Il a montré que ce dernier
cette portion du squelette révèle, dans la disposition des divers orifices, des caractères particuliers permettant de déterminer, avec certitude, les différents groupes de Carnassiers actuels.
Durant ces dernières années, quelques zoologistes avaient proposé de considérer les Hyœnodon comme des Insectivores. Pour les naturalistes ayant examiné attentivement les différentes pièces retrouvées de ces animaux et particulièrement la dentition, rien ne paraissait plus étrange que cette manière de voir.
Par l’examen de la base du crâne, M. Filhol a montré que les Hyœnodon étaient non des Insectivores, mais bien des Carnassiers, et il a précisé en même temps les relations zoologiques de ces Mammifères.
Chez les Felis, il existe, à la portion interne et postérieure de la bulle auditive, une dépression profonde dans laquelle on aperçoit les ouvertures du trou condylien, du trou déchiré et du canal carotidien ; chez les Hyœnodon , on ne trouve pas de dépression à la partie postérieure et interne de la bulle tympanique, et les trois orifices dont il vient d’être parlé sont absolument distincts. On n’observe pas chez ces animaux de septum dans l’intérieur des bulles auditives comme chez les Chats, et, contrairement à ce qu’on note sur ces derniers animaux, il existe Un canal alispliénoïdal. Par conséquent, les Hyœnodon s’éloignent complètement des Felis , par la disposition des orifices de la base du crâne.
Dans la Hyène, les trous condylien et déchiré postérieur se trouvent être compris dans une même dépression et il n’existe pas de canal ali-sphénoïdal.
Ces caractères sont encore tout à fait différents de ceux qui existent dans le genre étudié par M. Filhol.
Chez les Mustela , les trous condylien, déchiré postérieur et carotidien, sont distincts comme sur les Hyœnodon ; mais le canal aii-s'phénoïdal manque et la structure de l’oreille interne n’est plus la même.
Les trous déchiré postérieur et condylien des Viverra sont groupés dans une même dépression. Il existe chez ces animaux un canal alispliénoïdal, comme dans les Hyœnodon , alors que la structure de la bulle tympanique et celle de l’oreille interne sont complètement différentes.
Sur le Canis, on voit le trou déchiré postérieur et le canal carotidien être compris dans une même dépression.
Les Ours ont, comme les Canis et les Hyœnodon , un canal ali-spliénoïdal, mais les orifices déchiré postérieur et carotidien sont accolés. D’autre part, la forme et la structure des bulles tympàniques sont complètement dissemblables.
Ainsi les Hyœnodon s’éloignaient, par la structure de leur base du crâne, de tous les Carnassiers connus. Ils se rapprochaient, par l’indépendance des trous condylien, déchiré postérieur et carotidien, des Mustela , dont ils s’écartaient par la présence d’un canal ali-sphénoïdal, Ce dernier çaractère indiquerait des affinités avec les Viverra, les Canis , les Ursus. Comme on devait s’y attendre, la structure
de la base du crâne des Hyœnodon n’a fait découvrir aucune affinité avec le Mammifères australiens. Il faut donc considérer ces animaux comme des Carnassiei et non des Insectivores, et les regarder comme ayant fait partie d’un groupe part culier, n’ayant laissé aucune trace parmi les animaux actuels. Ils doivent être placidans une section à part en tête de l’ordre des Carnassiers.
Les Pterodon étaient comme les Hyœnodon des Carnassiers redoutables, ayant peuplé en grand nombre, les plateaux du Quercy. C’étaient des mammifères placentés et non des Marsupiaux, ainsi qu’on le supposait. M. Filhol, qui a pu arriver à se procurer des crânes dé ces animaux, a cherché, comme il l’avait fait pour les Hyœnodon , à saisir les relations possibles entre ces Carnassiers primitifs et les Carnassiers actuels. Il est arrivé à constater que, par la disposition des orifices crâniens, il faudrait rapprocher les Pterodon des Ursidés.
Chez les Ptérodon , le trou condylien, donnant passage au nerf hypoglosse, est complètement isolé. Il n’en est pas de même du trou déchiré postérieur et du canal carotidien, qui sont groupés à la portion postérieure de la bulle tyinpanique, comme chez les Ours. Il existe une autre ressemblance entre le genre
Ptérodon
Les observations de M. Filhol ont permis tout d'abord de noter à une époque déterminée, la localisation de certains genres, en quelques points de notre sol. Ainsi on ne rencontre pas à Ronzon un grand Pachyderme, dont la taille égalait presque -celle de nos Rhinocéros, YAnthracotherium, alors que les restes de cet animal se retrouvent associés dans d’autres localités il ceux de l'Elotherium, sorte d’énonne porcin aux mâchoires armées de puissantes canines, qui vivait aux environs du Puy. Mais là où l’on découvre les restes de YAnthracotherium et de YElotherium on ne trouve pas ceux d’autres pachydermes ( Ancodus ), qui existaient en môme temps que YElotherium sur le pourtour du lac de Ronzon.
Par conséquent durant la période miocène inférieure, certaines formes animales occupaient des points limités de la France on elles avaient constitué de véritablés colonies.
Un gisement lui était particulièrement indiqué pour le genre d’études qu’il poursuivait. C’était celui de Saint-Gérand-le-Puy, dans l’Ailier, connu depuis fort longtemps des géologues et* des paléontologistes. Geoffroy, Jourdan, Gervais, Pomel - - avaient donné la description de plusieurs Mammifères trouvés dans cette localité, et les Oiseaux, dont de plusieurs débris accompagnent les restes des animaux précédents, avaient été l’objet, de la part de M. Alpb. Milne-Edwards, d’une étude spéciale de la plus haute importance.
Il s’était passé, relativement à l’étude des Mammifères de St-Gérand-le-Puy, ce qui avait eu lieu pour celle de Ronzon. Des débris d’animaux avaient été découverts et avaient été décrits très brièvement par les zoologistes entre les mains desquels ils étaient parvenus. Ces descriptions se trouvaient être éparses dans une foule de recueils ou de brochures, et la presque totalité des échantillons, qui avaient servi à établir des diagnoses, n’avaient pas été figurés. D’autre part, les pièces types étaient disséminées dans différents musées de France ou avaient été vendues en Angleterre et aux Etats-Unis. Il était, par conséquent, au moment où M. Filhol a commencé ses études sur les Mammifères de St-Gérand-le-Puy, impossible de concevoir une-idée générale du monde animal enseveli dans cette localité, de le comparer à ceux qui l’avaient précédé et suivi, afin d’en tirer profit au point de vue des connaissances à acquérir sur l’Evolution.
Pour mener à bonne fin son travail, M. Filhol a dû d’abord réunir tous les échantillons qui se trouvaient en France et ceux-ci lui ont été communiqués de la manière la plus bienveillante. C’est ainsi qu’il a pu disposer d’une magnifique collection, formée par M. Milne-Edwards, de celles de M. Pomel, de M. Julien, et de celles conservées dans divers musées. Puis il est allé, à l’étranger, étudier, faire dessiner les pièces types qui y avaient été transportées et, enfin, dans le but de compléter ces premières observations, il a recueilli pendant cinq années consécutives des ossements fossiles dans les dépôts de Saint-Gérand-lc-Puy.
C’est après avoir minutieusement étudié la grande série des matériaux ainsi accumulés, que M. Filhol a publié dans les Annales des Hautes Études , en 1879, un travail accompagné de 59 planches, qui lui a valu, de la part de l’Académie des Sciences, le grand prix des Sciences physiques et naturelles.
Les dépôts de Saint-Gérand-le-Puy sont d’origine lacustre. M. Filhol s’est préoccupé de rechercher les conditions dans lesquelles ils se sont constitués et d’autre part la nature des causes qui ont amené l’amoncellement dans leur intérieur d’une quantité prodigieuse d’ossements de Mammifères, d’Oiseaux et de Reptiles.
Lorsqu’on étudie l’emplacement qu’occupaient le lac ou les lacs de Saint- Gérand-le-Puy, on ne tarde pas à découvrir qu’anciennement de nombreuses sources thermales, des sortes de geysers venaient sourdre en différents points. Les eaux qui s’écoulaient renfermaient des quantitées considérables d’acide carbonique, entré en grande partie dans la constitution des calcaires formés ù cette époque. La
couvait, et il a rencontré très souvent les différentes parties du squelette de jeunes Mammifères à côté de ceux des parents qu’ils accompagnaient.
M. Filhol a fait remarquer que des phénomènes, aussi singuliers que ceux
existe un petit étang alimenté par une source thermale chargée à certaines époques d’une quantité très considérable d’acide carbonique. Ce gaz se dégage alors en telle abondance, que les oiseaux qui s’abattent sur les bords du bassin pour y boire
Certaines espèces de Mammifères,
Loutres, des Castors,
En se plaçant à un point de vue général, un premier fait se dégage de l’étude des Mammifères de St-Gérand-lc-Puy. Au moment de leur ensevelissement un grand changement s’accomplissait dans le monde animal, les Mammifères antérieurs à caractères généralisés et susceptibles par conséquent de transformations, d’adaptations infinies avaient disparu. De môme s’étaient éteints les types extraordinaires des époques précédentes arrivés à un degré de spécialisation extrême. La faune des Mammifères actuels s’annonçait en quelque sorte par la venue de
monde futur, ce qui a permis à M. Filhol de dire que la faune de St-Gerand-lep U y pouvait être considérée comme l’ébauche de celle vivant aujourd’hui.
Les Singes n'existaient pas encore, et les Lémuriens, que nous avons dit être si abondants durant l’Oligocène, avaient disparu. Les Chiroptères étaient rares et le seul genre que M. Filhol. ait pu étudier lui a présenté de bien singuliers caractères. Le Palœoynicteris avait une formule dentaire de Vespertilio, des dents faites comme celles des Rhynolophus et un membre antérieur dont les os étaient semblables à ceux des Molosses. Les Insectivores paraissent également avoir été peu abondants, mais ce fait tient évidemment aux conditions dans lesquelles s’est effectuée la fossilisation. Les Palœrinaceus, qu’a fait connaître M. Filhol, étaient intermédiaires aux Gymnurcs et aux Hérissons, mais les caractères particuliers à ces derniers dominaient à un point tel que l'on sent que ce sera de leur côté que s’accomplira l’évolution.
Les Rongeurs étaient représentés par de nombreux genres et de nombreuses espèces. De petits Mus habitaient de longues galeries creusées dans les berges. D’autres genres vivaient au milieu des grandes herbes, formant au lac une épaisse ceinture, alors que différentes espèces d’Ecureuils habitaient dans les branchages des arbres, et que des Tytanomis, petits animaux, très yoisins des Lagomys actuels, peuplaient les prairies voisines.
La structure de toutes ces petites bêtes a pu être précisée jusque dans ses moindres détails, M. Filhol étant parvenu à reconstituer leur squelette entier.
Les eaux du lac de St-Gérand donnaient de leur côté asile à une population animale bien intéressante. Des Castors y avaient élu domicile, et la quantité surprenante de leurs restes montre qu'ils pouvaient s’y multiplier tout à leur aise, sans crainte de dangers.
Ces Castors étaient différents de ceux d’aujourd’hui, et l’examen de leurs pièces osseuses a montré à M. Filhol que ces animaux tiraient leur origine d’un type encore inconnu, dont ils avaient conservé quelques propriétés distinctives, et qu’en même temps, on notait à l’époque de Saint-Gérand-le-Puy une tendance à des modifications dont le résultat, à un moment donné, à dû être d’amener une transition entre les Castors du Miocène inférieur et ceux de nos jours.
A côté des Castors vivaient des Loutres, sillonnant en grand nombre les eaux très poissonneuses du lac. Elles avaient la taille de celles vivant maintenant en France, mais elles en étaient tout à fait différentes. La forme de leur crâne, contrairement à tout ce que l’on pouvait prévoir, ne possédait d’analogie qu'avec celle propre à la Loutre du Brésil, nouvel exemple de ces liens inattendus, qui ont existé entre les faunes européennes et les faunes de l’Amérique méridionale. D'autre part, leur système dentau*e, leur cerveau, que M. Filhol a retrouvé admirablement préservé, montrent que les premières Loutres se rapprochaient beaucoup plus des Viverridées que des Mustelidées, famille dont font partie leurs représentants actuels. C’est là
le Quercy et à Ronzon, qui lui avaient para indiquer que tous les Carnassiers actuels tiraient leur origine d’un unique groupe ancestral, celui des Viverridées.
Les Chiens et les Ours continuaient à être représentés parles Amphicjyon , alliant les caractères particuliers à ces deux genres. M. Filhol avait signalé l’apparition de ces animaux dès l’Oligocène, seulement, Us étaient rares à cette époque tandis que durant la formation de St-Gérand-le-Puy ils étaient les plus abondants des Carnassiers.
M. Filhol a profité de la multiplicité de leurs débris pour faire une étude très complète du squelette et il a cherché à montrer quelles étaient les variations qui avaient eu une tendance à se produire. Les résultats de ces recherches sont consignés plus loin, mais ici, où nous ne nous préoccupons que de faire connaître les caractères zoologiques d’une l'aune de Mammifères du Miocène inférieur, nous appellerons
Gérand-le-Puy, représentés par des races variées, comme le sont celles de nos Chiens,
ie série d’intermédiaires. Il y
grands et de petits Amphicyons :
s ce genre à cette période géologique, on sent animale cherchant par tous les moyens possibles
Les Viverridées, que M. Filhol avait montré être les Carnassiers les plus abondants durant l’Oligocène, sont encore très nombreuses à l’époque de Saint- Gérand. Certaines d’entre elles marquent un grand pas fait en avant vers la réalisation des espèces actuelles, alors que d’autres, au contraire, bien intéressantes au point de vue de la filiation, présentent des caractères qui, plus tard, se dissocieront pour devenir l’apanage de plusieurs familles.
Parmi les premières, nous devons citer les Mangoustes qui étaient très communes et qui aujourd’hui sont reléguées dans.certaines régions de l’Afrique et de l’Asie. Les Mangoustes de Saint-Gérand descendaient très probablement du Cynodiclis interinedias de l’Oligocène des Phosplioritcs. A côté d’elles vivaient la Viverra antiqua, carnassier intermédiaire aux Mangoustes et aux Civettes actuelles, et YAmphictys antiquus rapprochant les Civettes des Cynogales. La mise en lumière de ces affinités a permis à M. Filhol de montrer d’une manière bien précise, que des genres, très distincts les uns des autres dans la nature actuelle,
Une observation, de mômç ordre que les précédentes, a pu être faite par M. Filhol en ce qui concernait les Mustulidées de Saint-Gérand. Il a montré que le Plesiogale angustifrons possédait associés des caractères appartenant les uns aux Putois, les autres aux Fouines et qu’un tout petit carnassier, le Mustela mustelina, était une Belette avec des carnassières de Chat.
A notre époque les Chats réalisent par leur force, leur souplesse, ainsi
— Ca¬
que par leurs dents fortes et tranchantes, la forme idéale du carnassier. Durant les temps miocènes inférieurs, de semblables spécialisations ne s’étaient pas encore accomplies et c’est sur des animaux semi-plantigrades, au système dentaire complexe, les Prailurus (H. F.), dont il semblerait que des représentants (les Cryptoproctes) vécussent encore à Madagascar, qu’il faut rechercher les particularités propres aux Félins. Le Prailurus lemanensis, de la taille d’un Lynx, retrouvé par M. Filhol, formait le type de passage le plus parfait qu’on pût souhaiter découvrir entre les Mustelidés et les Chats.
Avec les Carnassiers qui peuplaient les alentours du lac, existaient de nombreux Pachydermes et des Ruminants. C’étaient tout d’abord les petits Cœnotherium , qui s’étaient montrés si nombreux dès l’Oligocène et qui continuaient à vivre en grandes troupes. On retrouve leurs ossements par milliers, et M. Filhol, qui est arrivé à disposer d’une grande série de leurs tôtes, a pu montrer que certaines de leurs formes, considérées antérieurement comme se rapportant à des espèces distinctes, n’étaient que des variétés susceptibles d’être rattachées les unes aux autres par des intermédiaires. Mais quelque étendues qu’aient été les variations, elles ne sont jamais parvenues à un degré tel que les Cœnotherium aient pu s’adapter aux nouvelles conditions vitales qui survenaient progressivement, et on note leur disparition dès la fin de la période de Saint-Gérand-le-Puy.
Les Porcins étaient représentés par les Hyotherium, dont les affinités zoolo- ’giques étaient mal connues. En se basant sur la forme de quelques dents, les zoologistes avaient supposé que ces animaux devaient être rapprochés des Pécaris, mais M. Filhol, par l’étude qu’il a faite de crânes entiers, a montré qu’il n’avait existé aucune affinité entre ces deux genres. D’autre part, en examinant les Suidés retrouvés dans les formations postérieures à celles de Saint-Gérand-le-Puy, il a été conduit à émettre l’opinion, aujourd’hui adoptée, que les Hyotherium constituaient un rameau spécial de la famille des Sus, et que si les Cochons actuels proviennent de ceux de l’Oligocène ou du Miocène inférieur, c’est par un tout autre genre que la descendance s’est effectuée.
Les Rhinocérotidés étaient toujours des Aceratherium, c’est-à-dire des Rhinocéros à quatre doigts et à longues incisives développées en forme de poignard.
Les Ruminants actuellement retrouvés, appartenaient tous à une seule famille. C’étaient des Dremotherium, des Amphitragulus, aux formes élégantes, qui paraissent avoir vécu en troupes. Les mâchoires supérieures étaient armées de longues canines, minces et tranchantes sur leur bord postérieur. La transformation des pattes, qui n’était pas terminée sur les Mosehidés, de l’époque antérieure, vivant à Ronzon, était accomplie et le type Ruminant définitivement acquis. M. Filhol, qui a lait une étude très complète des Dremotherium et des Amphitragulus, dont il a pu, le premier, avoir des têtes et le squelette entier, a montré que ces animaux avaient peu de rapports avec les Chevrotains actuels,
les Hydropotes , vivant en Chine.
Les Marsupiaux, voisins des Sarigues, les Peratherium, si communs durant l’Oligocène et le Miocène inférieur, étaient en voie d’extinction. Leurs restes ne s’observent plus dans les formations géologiques postérieures.
On voit par l’exposé précédent que les Mammifères découverts à Saint- Gérand-le-Puy ont pour les Zoologistes un grand intérêt. Quelques-uns possédaient encore des caractères archaïques, mais la plupart, comparés à ceux qui les avaient précédés, étaient, en quelque sorte, modernisés. Quand on étudie ces derniers, on ne tarde pas à reconnaître qu’ils ont conservé la marque de leur origine première et d’un autre côté qu’ils réunissent des particularités aujourd’hui
tantes, au point de vue de l’histoire des diverses phases par lesquelles ont passé les êtres, avant d’arriver à nous, que M. Filhol s'est efforcé de reconnaître et d’apprécier à leur juste valeur.