ORGANES DE REPRODUCTION
Lorsque j’ai abordé ce genre de recherchés, la connaissance des appareils multiples de reproduction, très avancée par les travaux deTulasne chez les Thécasporés ou Ascomycètes, l’était très peu chez les Champignons Basidiosporés. Le résumé des faits connus à ce moment que j’ai donné (Aperçus sur quelques points de l'organisme des Champ, supér., in Ann. se. nat., sér. V, 1.1, p. 231) montre.combien cette éludé était encore à l’état rudimentaire. J’ai fait connaître les organès secondaires de reproduction qui existent chez les Polyporés, d’abord dans le réceptacle de la Fistuline, plus tard dans celui du Polyporus sulfnr&sM ulh; dans l’une et dans l’autre ces conidies se développent quelquefois dans des réceptacles ne produisant pas de spores et qui dès lors doivent être considérés comme les analogues des Pycnides décrites par Tulasne chez les Sphériacés (Pycnides du Polyporus sulfureus, Bull. Assoc. frahç. pour l’avanc. des sc., Congrès de Paris, 1878).
J’ai complété le cycle du polymorphisme des organes reproducteurs en décrivant chez le même Polypore un troisième mode de reproduction par desconidies mycéliènnes libres. L’examen de Châtaigniers portant des Polyporus sulfureus Bull, m’a permis de constater le développement de conidies sur les ramifications mycéliennes de ce Polypore qui végètent dans le système ligneux de l’arbre et en déterminent la cane. Ces conidies sont très probablement les mêmes qui avaient été vues par M. R. Hartig, mais qu’il avait à tort rapportées à Une Mucédinée; j’ai pu suivre leur connexion avec les filaments mycéliens appartenant au Polypore ( les Conidies mycéliennes du P. sulfureus Bull., in Bull. Soc. bot., t. XXI, p. 296).
L’examen du mycélium d’un Lepiota Cepœstipes Sow., dont le développement superficiel permettait une étude, presque toujours impossible dans le milieu hypogé habituel, m’a fait rencontrer une vésicule de forme spéciale, naissant d’un filament du mycélium, analogue aux ampoules décrites par divers auteurs chez des Coprins ou des Pratelles. La forme et la disposition de cette vésicule rappellent celles du carpogone décrit chez les Coprins par MM. Van Tieghem et Reess. Le rôle d’organe femelle qu’on leur avait attribué est pour le moment écarté; ces carpogones n’en demeurent pas moins le premier état d’un réceptacle et à ce point de vue leur place est marquée dans l’histoire organogénique des Agaricinés (Bull. Soc. bot., t. XXII, p. 99).
Les Cryptogames élémentaires ont été l’objet de vives discussions à : la suite d’observations insuffisantes, faites avec une méthode peu rigoureuse et qui étendaient sans limite lé cycle du polymorphisme des végétaux inférieurs. Lé désir de voir un peu plus clair dans ce chaos d’origine germanique m’a conduit à une suite de recherches et d’expériences sur les levures et les moisissures. J’ai été ainsi amené à découvrir le mode de reproduction endocellulaire des Mycodermes, dont on ne connaissait que là multiplication par un bourgeonnement scissipare, identique à celui des levures. J’ai indiqué en même temps la méthode très simple qui permettait d’obtenir à volonté lés cellules endogènes par l’appauvrissement du milieu nutritif, méthode qui, appliquée aux levüres, devait amener plus tard la découverte par M. Reess des endospores des levures ( Sur le Mycoderma vini, 1868, in Compt. rend. Ac. sc., t. LXVII, p. 105; Ann. sc. nat., sér. V t. X, p. 5). J’ai présenté à la Société botanique le résultat d’expériences qui m’ont permis de reconnaître les liens qui existent entre les levures et les Mycodermes (Des rapports des Mycodermes avec les levures, in Bull. Soc. bot., t. XV, p. 179).
MÜCÉDINÉES ET BACTÉRIES
En poursuivant les recherches dont il vient d’être question, j’ai fait sur le Pénicillium glaucum de nombreuses séries d’expériences pour le placer dans les conditions les plus favorablès aux transformations qui lui étaient attribuées. Une de ces séries d’éxpériences m’a conduit à un résultat intéressant. En submergeant des mycéliums feutrés de cette moisissure soit dans l’eau pure, soit dans ,1’eau sucrée, on voit apparaître des utricules souvent très grosses, unicellulaires, nées du mycélium, mais qui, en se multipliant, constituent un mycélium vésiculeux, dont chaque cellule n’a, du reste, aucun rapport de forme, de dimension, de conteuu avec les cellules des levures et qui ne se multiplient pas par gemmation scissipare. Il n’y a là qu’une sorte d’hypertrophie cellulaire, facile à reproduire, accompagnée quelquefois d’une hypergenèse cellulosique, dont j’ai parlé plus haut, qui s’effectue dans l’enveloppe de ces vésicules dans des proportions considérables ; ces épaississements sont compensés par des amincissements de la membrane cellulaire à d’autres points ; il peut même se produire des solutions de continuité par lesquelles s’échappent des granules huileux du protoplasma, mais les réactifs appropriés permettent de s’assurer que ces granules dénués d’une enveloppe propre ne sauraient se confondre avec des corps reproducteurs d’une forme nouvelle directement dérivée du Pénicillium (Expériences physiologiques sur le Pénicillium glaucum Lk., in Bull. Soc. bot., t. XIX, p. 107. — Relation entre les cellules épaisses et le milieu nutritif. Assoc. franç., Congrès de Clermont-Ferrand, 1876, fig. 51).
A cet ordre de recherches se rattache une communication à l’Académie des sciences sur le Pénicillium bicolor Fr. (Compt. rend., 1871, t. LXXIII,
p. 1388) ; j’y montre que la coloration jaune d’une partie de ce Champignon est due à la présence de Bactéries fixées sur le parcours de ees filaments mycéliaux ; ainsi s’expliquent les différences de coloration notées par Corda sur cette Mucédinée. Les phénomènes de coloration accidentelle soit du protoplasma du Denicillitim, soit des:Bactéries,.et la fixation de la matière colorante rouge de l’urine par ces plantes font l’objet d’observations continuées dans une communication au Congrès de l’Association française à Lille (De quelques phénomènes de coloration chez les Bactéries. Congrès de de Lille, 1874). Une conclusion, à laquelle j’ai été amené par ces observations, a son application dans la physiologie générale des végétaux, elle confirme la possibilité du passage de liquides colorés à travers les membranes cellulaires.
Le parasitisme des Bactéries sur les membranes des cellules peut amener la destruction de celles-ci. Les Bactéries restent agglomérées avec la forme du végétal monocellulaire, levure, mycoderme, sur lequel elles étaient fixées ; ce phénomène mal interprété et observé en sens inverse pourrait faire croire, ainsi que certains auteurs l’ont décrit (notamment Pineau, M. Béchamp), à une agglomération spontanée de granules plasmatiques concourant à la formation d’une membrane cellulaire. Je me suis attaché à combattre cette interprétation erronée dans la note précédente, sur le Pénicillium bicolor Pr., et dans une seconde (Sur la transformation des Bactéries et des Mucédinées en levures alcooliques, in Compt. rend. Ac. sc.,t. LXXIV, p. 113 et p. 249).