‹ Notice sur les travaux scientifiques. Mai 1900Chapitre 25 sur 35 · Recherches sur la Famille des Tridacnidées · texte numérisé non relu

Recherches sur la Famille des Tridacnidées

Ce mémoire fait partie de recherches entreprises à Suez pendant un séjour de quatre mois, au commencement de l’année 1864 ; on y trouve, d’après le vivant, l’anatomie d’un Mollusque du genre des Bénitiers. Le volume considérable desTridacnes rendant plus facile l’examen de certaines parties, leur étude pouvait éclairer divers points de l’anatomie des animaux composant cette Classe, ce qui m’a conduit à comprendre dans ce travail plusieurs questions qui se rattachent à l’ensemble du groupe des Acéphalés.

Ce type est assez spécial, ce qui ressort des places très diverses qu’on lui a fait occuper dans la série malacologique, et la difficulté qu’on éprouve pour orienter l’animal peut faire juger de sa singularité. La situation des doux ouvertures siphonaires et de l’ouverture pédieuse sur le demi-contour opposé à la charnière, indique une disposition anormale, confirmée par l’examen du reste de l’organisation, et qui résulte d’un reploiement du tube digestif dans le plan de symétrie, comme cela n’a lieu que chez les Mollusques supérieurs ; aussi, quels que soient les points de repère qu’on prenne sur la coquille, suivant les différentes méthodes d’orientation proposées par les auteurs, ils viennent toujours, par rapport à l’animal inclus, se mettre en désaccord avec la théorie qu'on aura adoptée. Ce point est discuté dans le premier chapitre contenant la description générale de l’animal.

L élude des organes du mouvement a permis de faire quelques observations nouvelles sur la signification homologique de certaines parties du muscle adducteur. On sait que çet organe, chez l’Huître,

est nettement divisé en deux parties et certains auteurs avaient cru pouvoir expliquer ce fait par la fusion en un seul corps des deux muscles des Dÿmiaires. L’examen attentif des rapports et la gradation organique qu’on peut suivre des Tridacnes aux Huîtres en passant par les Spondyles, prouvent que cette interprétation n’est pas exacte, et que la portion supérieure du muscle des Ostracées doit être regardée comme analogue du pied.

Le byssus avait été déjà l’objet d’un travail spécial de Millier en 1837, et cet anatomiste donne une figure, à certains égards excellente, du byssus de la Tridacne ; mais l’insuffisance des matériaux dont il pouvait disposer (un seul individu conservé dans l’alcool), les idées qui régnaient à cette époque sur l’origine de certains produits que l’on compare volontiers au byssus, les poils, avaient empêché cet' habile observateur de comprendre d’une manière complète l’appareil qu’il avait sous les yeux. Les circonstances plus favorables dans lesquelles ont été faites ici les études m’ont permis de pousser beaucoup plus loin ces recherches, et d’établir que le byssus n’est pas formé de sortes de vases munis de manches, emboîtés et empilés les uns dans les autres, mais qu’il se compose de deux parties formées chacune par Un organe de sécrétion spécial, à'savoir : une portion centrale, le tronc, sur lequel sont jetés, comme des lacs, des filaments, formant boucle autour de lui et adhérant', par leurs extrémités réunies sur une certaine longueur, aux corps étrangers, ce ' qui constitue le chevelu. Le tronc est formé d’une multitude de fibres partant du fond de la cavité byssifère et comparables à des faisceaux tendineux du rétracteur du pied ; les filaments du chevelu sont sécrétés par une gouttière spéciale, dont on peut suivre toute l’étendue sur la paroi de la cavité.

En examinant à un point de vue général le jeu du ligament et sa composition histologique, je suis parvenu à indiquer plus complètement que cela n’avait été fait jusqu’alors le véritable mécanisme de cet organe, qui agit toujours par élasticité de pression et dans aucun cas par élasticité de traction, comme l’avaient admis la plupart des auteurs pour ce qui est du ligament externe. Après avoir reconnu deux substances élémentaires : une non élastique, une élastique, cette dernière comprenant deux variétés suivant qu’elle

fait ou non effervescence sous l'action des acides, j’ai pris pour exemples deux types de ligaments : celui du Peigne et celui du Bucarde. Si l’on examine les groupes principaux de Mollusques Acéphalés à ce point de vue, on trouve qu’au premier type doivent se rapporter les Huîtres, les Crénatules, toutes les Malléacées, les Pétoncles, les Limopsis, etc., au second, les Amphidcsmes, les Moules et les coquilles cher, lesquelles le ligament est généralement dit externe. Deux types aberrants sont aussi à signaler : celui des Spondyles, où la substance non élastique fait défaut ; celui des Pholades, chez lesquelles au contraire elle existe seule.

Le volume des sujets, dont j’ai pu me servir, et la disposition spéciale du bord de la coquille m’ont permis d’instituer un certain nombre d’expériences sur la force déployée par les Tridacnes au moment de la fermeture des valves. On peut en déduire qu’un de ces Mollusques fait équilibre à un poids égal à plus de trois fois et demie celui de ses valves.

L’examen du système nerveux montre que le ganglion postérieur est de beaucoup le plus important par son volume et les nerfs qu’il envoie dans le manteau à des organes des sens, tels que les points oculiformes et les tentacules des ouvertures siphonaires ; il présente aussi certains plis singuliers, qui n’avaient jamais été indiqués chez les Acéphalés.

L’appareil digestif contenait, chez plusieurs exemplaires, des fragments de végétaux volumineux, en disproportion évidente avec l’ouverture buccale, ce qui induit à penser que les tentacules pourraient bien aider activement à l’introduction des aliments. Il existe, comme l’avaient reconnu déjà Quoy et Gaimard, un stylet hyalin.

Quant à l’appareil vasculaire, la taille des animaux a encore servi utilement pour en connaître la disposition et la structure. 11 se compose, suivant le type que IL Milne-Edwards a figuré et décrit, sur la Pinne et divers autres Acéphalés, d’un organe d’impulsion central envoyant, par des canaux artériels bien limités, le sang dans toutes les parties du corps ; le retour aux branchies a lieu dans le manteau, organe en partie respiratoire, par des sinus, et, dans la masse du corps, par des sortes de lacunes interorganiques; les vaisseaux ne reparaissent réellement que dans les feuillets bran-

chiaux mêmes. La structure comparée des artères et des veines s’observe facilement sur des coupes du bord palléal, où les premières peuvent n’avoir pas moins de 1““,S à 2 millimètres de diamètre; les artères présentent extérieurement une tunique propre de tissu conjonctif, doublée en dedans d’une couche épithéliale ; cette dernière existe seule comme paroi des veines, Dans le ventricule, traversé par le rectum, on observe des fibres musculaires dirigées de la paroi du premier sur celle du second, disposition qui a pour effet d’empêcher l’occlusion du tube intestinal au moment de la

Enfin, les branchies offrent une modification curieuse du type Lamellibranche et qui se trouve signalée ici pour la première fois, quoiqu’on puisse la retrouver sur une des figures de Quoy et Gaimard. Par suite de l’extension de la lame criblée qui les forme, celle-ci a dû se replier de telle sorte que chaque branchie semble se composer d’un raphé médian supportant latéralement des lamelles empilées les unes sur les autres. Cette particularité peut être regardée comme établissant le passage aux branchies de Mollusques d’un autre Ordre, les Peetinibranches.

Les Tridacnes, on le voit, offrent dans plusieurs points de leur organisation des faits remarquables, dont l'ensemble tend à les faire regarder comme élevés dans la série des Acéphalés conchi-

177. — Mémoire sur Vanatomie de deux Mollusques de la Famille des Malléacéés, les Vulsella lingulata et Crenatula phasianoptera.

Ces deux Mollusques Acéphalés, communs dans la baie de Suez, sont remarquables par l’habitude qu’ils ont de se loger dans les Éponges ; leurs coquilles seules étaient connues jusqu’ici.

Le type général de leur organisation est bien tel qu’on l’avait supposé, et les opinions émises par Deshayes sur leurs rapports zoologiques se trouvent pleinement confirmées ; mais ils diffèrent des autres genres par l’absence de byssus, fait sur lequel Fischer

s’était appuyé pour en former un groupe à part parmi les Malléacées. Ces êtres présentent un pied fendu à sa base; cet organe, qui semble superflu à des animaux absolument sédentaires, est même plus développé que dans aucun des autres genres de cette Famille ; il est probable qu’ils s’en servent pour réprimer l’envahissement dont ils sont menacés par les Éponges qui les entourent; dans tous les cas, sa présence les éloigne certainement des Ostracées.

En se basant sur l’étude de la structure de la coquille, et particulièrement sur la disposition du ligament, on peut partager les cinq genres vivants compris dans les Malléacées en deux séries : ceux h ligament simple, Avicula, Maliens , Vulsella, faisant passage des Mytilacées aux Ostracées ; ceux à ligament multiple, PerAa et Crenatu/a.

178*. — Mode de locomotion singulier du Sphærium corneum, Linné, Mollusque Lamellibranche.

(Cinquantenaire de la Société de Biologie. Volume jubilaire publié par la Société.

L’observation montre que ce Mollusque peut, en filant un byssus, dont il fixe les filaments à des particules flottantes, construire une

mouvement de recul résultant de la sortie de l’eau par l’orifice efférent du siphon, qu’il progresse dans une direction déterminée.

On connaissait déjà quelques Mollusques qui se suspendaient à des flotteurs, d’une toute autre nature il est vrai, par exemple, les Janthina , mais jusqu’ici ce mode de locomotion, toujours rare d’ailleurs dans cet Embranchement, n’avait pas été signalé chez les Gastéropodes.

179. — Recherches sur la Faune malacologique de la baie de Suez.

(Jour, a C g ^ Blan ^ ard ’ u p r le p ’ r p Saïi ’ gn ® j PP °

Ces études ont eu surtout pour objet d’établir aussi nettement que possible l’état de la Faune malacologique de Suez à cette époque, en vue des changements que pouvait y apporter l’ouverture du canal maritime ; elles ont permis en outre d’établir définitivement la signification de bon nombre des figures données par Savigny dans l’admirable Allas de la description de l’Egypte.

Les espèces signalées sont au nombre de quatre-vingt-sept, dont cinq nouvelles. Trois de ces dernières, le Mylilus cœnobita, le Lit/iodomus Lessepsianus, le Diplodonla Savignyi, étaient représentées dans l’Atlas de Savigny : les deux autres, Syndosmya strigilloides, Cumingia Deshaycsiana , sont figurées dans le travail.

180. — Note sur quelques objets océaniens'empruntés au test de différents Mollusques.

11 résulte de l’examen microscopique de différents instruments haches, bracelets, cuillers, décrits dans cette note, que les habitants des îles océaniennes se servent des volumineuses coquilles de Tridacnes, de Troques, de Nautiles, pour fabriquer des objets ouvrés de grandes dimensions. Les pièces dont il s’agit appartiennent à la

collection de la Faculté des sciences de Montpellier, où elles ont été déposées par feu le contre-amiral Bérard.

Ces études sont de nature à éclairer, dans certains cas, les recherches pétrographiques. (Voir Damoür : Note sur une hache en pierre de l’île d’Oualan (Océanie). — Bull. Soc. géologique de France , V série, t. XXIII, p, 551 ; 7 mai 1896).

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