BIOLOGIE, PHYSIOLOGIE ET DÉVELOPPEMENT DES CRYPTOGAMES
(N- 4, 5, 6, 8, 9, H,.13, 15, 18,19, 21, 22, 23, 27, 32 6is, 75, 78, 79, 82, 84, 86, 93, 99.)
Saprolégniées.
Les Saprolégniées sont des moisissures aquatiques qui se développent sur les corps organisés tombés dans l’eau et les détruisent. Ces plantes présentent dans leur développement les particularités les plus curieuses. M. Cornu en a entrepris la monographie, dont la première partie a été présentée comme thèse (avril 1872) (27) devant la Faculté des sciences de Paris et a été couronnée par l’Académie des sciences [Prix Desmazières pour /'année 1872, M. Duchartre, rapporteur (Comptes rendus 1874, 2' semestre, p. 1556).
Cette première partie contient Tétude de la reproduction sexuée ; la fécondation s’opère, soit par anthérozoïdes agiles, soit par l’action d’anthéridies déversant leur contenu sous forme plasmatique ; M. Duchartre en a donné une analyse substantielle.
M. Pringslieim avait donné une théorie compliquée de la fécondation, qui est renversée par ce travail; il n’a pas vu les véritables anthérozoïdes et ses corpuscules fécondateurs ne sont que les zoospores de Chytrldinées, parasites présentant deux modes de reproduction.
Dans son rapport, M. Duchartre s’exprime ainsi :
« La découverte de la fécondation chez les Monoblepharis fait le plus » grand honneur à son auteur, et révèle en lui une remarquable apti- » tude aux observations les plus délicates.
» Au total, le mémoire sur la reproduction des Saprolégniées est un » travail considérable, rempli de faits nouveaux et bien observés. Il » dénote dans son auteur une parfaite connaissance du sujet, une grande » persévérance dans la recherche et une habileté peu commune dans » l’observation (d). »
La deuxième partie de ce travail {Reproduction asexuée, Etude systématique, Physiologie des Saprolégniées) est déjà depuis longtemps à peu prés complètement terminée.
Le manuscrit pourrait être présente.
• Il y a déjà cinq planches gravées.
Les Études sur la maladie de la vigne, entreprises sous le haut patronage de l’Académie, ont temporairement arrêté l’achèvement de ce mé-
Myxomycètes et Chytridinées.
Les Myxomycètes, végétaux fort ambigus, passent une partie de leur existence à l’état sarcodique, sans membrane, et sous cette forme sont doués do la faculté de se déplacer. M. de Bary, s’appuyant sur des faits de développement les rangeait à côté des animaux sous le nom de Mycétozoaires.
M. Cornu a montre le premier (21) l’afTinilé réelle qui les relie aux Chytridinées, et en fait réellement des champignons ; affinité puisée dans les faits mêmes que M. de Bary invoquait : forme et mouvement amihoïdes des zoospores, vie très-longue à l’état de plasma libre (1) ; ce point spécial a été développé et appuyé sur des exemples nombreux dans un autre mémoire (27).
Dans ce mémoire, un grand nombre de Chytridinées sont étudiées dans leur développement et beaucoup d’entre elles sont nouvelles; les deux modes de reproduction par zoospores et par spores immobiles (sexuées), qui étaient inconnues dans beaucoup de genres, y sont décrits. Une espèce très-spéciale, le Chytridium roseum, avait été étudiée (5) séparément.
liCsMucorinées présentent plusieurs modes de reproduetion. La reproduction sexuée qui a lieu par conjugaison donne naissance à une zygospore : l’auteur a signalé des zygospores très-curieuses d’une espèee qu’il rapportait au genre Bhizopus.
Ces zygospores furent remises à M. Van Tieghem, qui créa un genre nouveau, Absidia, pour cetle espèce et quelques autres {Bull. Soc. bot., •1875, 26 nov., et 1876, p. 2).
Les zygospores du Mucor fusige-r naissent sur des rameaux épineux spé-
(1) Ce rapprochement a reçu l’adhésion des hotanistes ; la plus précieuse est celle de M. Woronine, bien connu pour ses travaux sur les Chytridinées (Synchyirium, deux mé-
ciaux du mycélium (22) ; l’auteur confirme pleinement les observations deM. Tulasnesurce sujet.
Un autre mode de reproduction est constitué par les spores mycéliales; après Coemans, qui commit diverses confusions regrettables, MM. Rozeet Cornu furent les premiers à les signaler nettement (19) ; retrouvées dans d’autres genres, elles ne paraissent pas avoir été revues dans le genre Pilobohis (Bull. Soc. bot., 1875,p. 284).
On sait que les Agarics leucospores, munis d’un anneau et d’une volve, sont désignés sous le nom d’Amanites, groupe dont \'Oronge est le type. On est conduit par l’analogie à réunir aux Amanites des espèces dépourvues d’anneau. En étudiant le développement d’une grande et rare espèce, l’auteur a été amené à considérer l'anneau, non pas comme nul, mais comme soudé au stipe, et l’analogie des deux sections est bien plus aisée à comprendre (93).
Certains Agarics peuvent être singulièrement déformés en dehors de l’action des moisissures parasites : dans deux cas M. Cornu a trouvé, réunies en troupes, des formes spéciales qu’il a pu rapporter à des espèces connues (Agaricus albus et Ag. clavipes), et qui au premier abord l’avaient embarrassé. On aurait été conduit à en faire les types do genres nouveaux (Id.) : certaines formes très-rares et qu’on n’a plus jamais retrouvées, ont peut-être une origine sembiable.
Iæ Ptychogaster albus Corda est un espèce très-rare en France, qui a été considérée alternativement comme 1” un Myxomycète (Corda), 2" une monstruosité du Polyporus borealis (Fries) ou Basidiomycète spécial (M. Tulasne).
M. Cornu qui le premier l’a observé vivant en France, a reconnu dans les filaments roulés en crosse, non pas desbasides filamenteuses, comme avait cru le voir M. Tulasne sur le sec, mais des filaments contenant des spores semblables aux conidies endogènes des Hyménomycètes (Fistuline, Coprins, Agarics) (75).
Le Ptychogaster est probablement la forme conidiale d’un Polypore.
Les Pilacre que l’auteur a trouvés depuis sont très-semblables.
Développement des Sclérotes.
Le mycélium des champignons se condense parfois et prend un état spécial, comparable aux bulbes déplantés supérieures;, sous cette forme, la fructification n’exige souvent qu’un peu d’buiniditéet de chaleur, mais révolution est très-lente. Il y a inlérêt à connaître à quel développement donnent lieu les Sclérotes, dont la forme extérieure estasses peu variée, et le temps exigé par ce développement.
L’auteur a réussi dans un certain nombre de ses cultures ; Sclérote du Clavkeps purpurea, né sur le blé, et du CL microcephak , né sur le Nardiis strkta et sur le Cynodon dactylon (dS) ; ces deux sclérotes constituent \Ergot des Graminées.
Le Sderotium stercorarium a donné lieu successivement (23) à la production des petits Coprins pendant plusieurs mois ; le champignon se forme lentement pendant un mois, mais grandit très-vite : en un jour il atteint sa taille normale ; des faits de cet ordre mal interprétés ont fait admettre que les champignons pou.ssent en une nuit.
L'Agarkus eirrhatm a pu être obtenu par la culture pendant quatre mois de nombreux petits Sclerotimn suhterraneum, |3. truncorum (84).
Le Sderotium complanatum a donné , après onze mois de culture et d’arrosages, une petite clavaire, le Typhulaphacorrhiia ;]iSd. varium qui produit une maladie spéciale sur les Topinambours, a émis après le même temps, un très-grand nombre de pieds du Peziza sderotiorum Lib.
Ces diverses espèces avaient été étudiées déjà par M. Léveillé ou JL Tulasne ; mais il y a toujours un intérêt réel de vérification, et il n’est point inutile de donner quelques détails sur les cultures et quelques données numériques. Les Sclérotes ne sont pas tous épuisés après la première année, et peuvent produire encore de nouveau des champignons.
Fécondation dans les Champignons.
L’Académie des Seiences avait proposé pour le grand prix des sciences physiques la question suivante : « Etude de la fécondation dans la classe des Champignons. »
MM. Rozcet Cornu adressèrent nn mémoire le ■l"juin 1873, limite du concours (32 Ms)\ ce mémoire contenait des observations sur : 1° la fécondation chez les Ascomycètes; 2" et 3“ la germination des spermatics chez les Ascomycètes, les Trémellinées et les Urédinées; 4” les conidies mycéliales des Basidiomycètes et le développement des chapeaux sans fécondation évidente. (Les trois premières parties sont de M. Cornu seul.)
La fécoudation des Basidomycètes n’ayant point été trouvée, une année de plus fut accordée : les auteurs ne rencontrèrent point de faits nouveaux relativement aux Basidiomycètes et à leur fécondation présumée, et n’adressèrent pas de complément. Le prix ne fut pas décerné et ils obtinrent seulement un encouragement {Comptes rendus, 2'1 juin 1875, p. 1464, M. Brongniart rapporteur); le jugement porté sur ce mémoire est le suivant ;
« Le mémoire ne résout pas le problème de la fécondation dans les » Champignons basidiosporés, mais il ajoute de nouveaux- faits au petit » nombre de ceux que l’on connaissait relativement aux phénomènes si s curieux de conjugation ou copulation dans les Champignons théca- » sporés, et il jette un jour nouveau sur le rôle des organes dé.signés sous » le nom de spermaties dans diverses familles de Champignons.
» Les recherches consignées dans ce mémoire indiquent, en outre, » beaucoup dotaient d’observation et un esprit très-judicieux dans les » déductions qui en sont tirées.»
Des observations ultérieures ont montré que, conformément au mémoire, les organes découverts par Karsten et CErstedt, ne paraissent pas en relation avec une fécondation.
Le mémoire avait été déposélel “ juin 1873, le rapport fut lu le 21 juin 1875. Au bout de peu de temps parurent, à l’étranger et en France, diverses notes sur le développement des Basidiomycètes, qui confirmèrent les résultats annoncés dès 1873.
M. Cornu continua seul ses études sur les spermaties, il passa en revue les Ascomycètes (78,79), et montra que les corpuscules produits en quantité innombrable et qui refusent de germer à l’aide de l’eau, sont, non pas des corps fécondateurs, mais une sorte particulière de spores. Ces spores sont précoces et allégées de la réserve nutritive que renferment toutes les autres; elles ne peuvent se développer que sur un substratum
particulier ; on les fait germer aisément en leur fournissant un liquide nutritif.
La comparaison et l’homologie montrent des variations extrêmes; l’auteur donne une définition plus simple des corps reproducteurs des Ascomycètes qui se réduisent à trois : Ascospores. styhspores, spermattes; cette conception donne une très-grande unité au groupe.
Le rôle physiologique des spermaties est d’être un organe de dissémination avec l’aide du vent, de la pluie et des oiseaux : elles germent d’autant moins facilement que te substratum où elles doivent se développer est moins altéré ou plus dense.
Le Mesocarpus pleurocarpt/s, algue conjuguée fort rare, présente plusieurs modes de conjugation : deux sont en rapport avec la reproduction sexuée, une lyÿosjoore se forme dans l’isthme de conjugaison.
1“ Conjugation d’un filament à un autre sans courbure des cellules conjuguées (co»/'. smlifornie);
2° Conjugation dans le même filament d’une cellule à la suivante {conj. latérale).
11 y a enfin la conjugation genouillée, avec courbure des cellules réunies. L’auteur a rencontré dans cette espèce, entre deux cellules genouillées, la conjugaison scaliformo : la réunion genouillée est une anastomose de nature végétative, comme le pensait déjà M, de Bary ; ceci le prouve (6).
Les Algues conjuguées sont nombreuses en genres, assez anciennement établis et fort nets : M. Cornu en a trouvé un où le développement et la forme de la spore étaient très-spéciaux; il avait cru devoir le décrire, mais il fut devancé de quelques semaines par un Suédois, M. Cleve, et se contenta de doner une diagnose exacte et des figures complètes (11).
Cryptogames diverses,
M. Cornu a signalé le premier en France le développement d’une curieuse bactérie,IscococcMS Bülrothii Cohn; cette espèce rendait, par sa vis-
cosité, une solution aqueuse de carmin impropre au dessin et à l’écriture (£««. Suc. (üor., 1877, p.d34).
Cette observation offre quelque intérêt depuis que M. le professeur Cienkoroski a découvert un Ascococcus comme étant la cause de l’altération du sucre, qui a reçu le nom de « gomme des sucreries ».
Les spores du Chara connivem Saltzm., espèce fort rare, ont germé après un séjour de dix mois et demi dans l’eau, en donnant un proembryou semblable à celui du Oh. fmgilis, décrit parM. Pringsheim {Bull. Soc. ht., 1872, p. 203).
jYota. — La planche représentant le Chara connivens et le développement de l’archégone, a été faite à la requête de M. l’abbé Chaboisseau (loc. cit., p. 152).
Les spores des fougères germent aisément sur l’eau et y demeurent longtemps (12), plus d’une année, vivantes à cet état; complètement immergées, elles peuvent émettre des anthérides bien constituées, remplies d’anthérozoïdes (91 Ms).
L’auteur signale dans une culture sur la terre un minuscule prolhalle formé de deux cellules, l'une tenant à la spore et l’autre portant une anthéridie (Bull. Soc. bot., 1874, p. 161).
Méthode employée pour les cultures et les expériences.
Les observations et les expériences relatives aux Phanérogames ou aux Cryptogames doivent être faites sur des individus bien portants et bien développés; mais ils dépérissent rapidement dans les laboratoires où on les conserve malgré les cloches et les arrosages.
M. Cornu emploie avantageiisemenl une petite serre très-réduite, dont son ami M. Roze a tiré si bon parti pour l’étude des Fougères et des Sélaginelles, etc.... Les cultures d’Âlgues surtout réussissent admirablement sans changement d’eau; les germinations de toutes sortes s’y effectuent très-régulièrement; les Sclérotes s’y développent, les spores dormantes s’y conservent de longs mois sans périr.
A la suite d’une excursion à la campagne, il suffit de jeter la récolte
sur le sol de la serre ; tout s'y conserve pendant plusieurs jours sans altération (99).
■ C’est dans une serre telle que celle-ci qu’ont été poursuivies eu partie les expériences sur la vigne et qu’ont été faits tous les essais préliminaires ; des jeunes pieds de vigne, phylloxérés artificiellement, étaient cultivés dans des vases à fleurs. Maintenus l'hiver dans deux compartiments différents d’une serre chauflée, ils ont permis de répéter, à la saison froide, des expériences contestées, dans les conditions du printemps et de l’été; on a ainsi gagné une saison, c’ost-ii-dire une année.
Les points sur lesquels on peut insister sont : -l” L’emploi de végétaux très-réduits comme taille et par conséquent très-maniables; 2“ l’exécution d’expériences en petit, peu coûteuses et très-précises, dont tes résultats peuvent être contrôlés à chaque instant.
Celte méthode est générale, applicable à un grand nombre de cas, et notdinment aux recherches nécessitées parles maladies des plantes.'