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II. — Études morphologiques diverses

J’ai'consacré une assez longue étude [4o, 5o] à un cristal de quartz de Grindelwald, qui ne présentait pas moins de sept formes nouvelles, et sur lequel j’ai trouvé, en outre, un grand nombre de formes rares. Toutes ces faces aberrantes appartiennent à des zones dont les caractéristiques sont simples. Un fait remarquable est l’existence, au sein de ce quartz, de lamelles de calcite très minces, aplaties parallèlement à la face (0001), et qui se sont formées, pendant la cristallisation du quartz, entre certains plans réticulaires de ce dernier minéral. Ces plans réticulaires n’ont point été pris au hasard. La plupart d’entre eux ont des indices très simples, ou tout au moins appartiennent à des zones simples, et habituellement riches, du quartz. Us ont joué le rôle de faces limites temporaires. Sur ces faces limités temporaires sont venues cristalliser les minces lamelles de calcite, chacune de ces lamelles ayant son axe ternaire exactement perpendiculaire: à la face limite correspondante, sans qu’il y ait d’ailleurs d’autre rapport entre les axes de la calcite et ceux du quartz.

Un autre fait intéressant, c’est que ces lamelles de calcite semblent, dans la plupart des cas, s’être orientées l’une l’autre : deux lamelle? voisines, formées sur deux faces adjacentes du quartz, ayant chacune un clivage parallèle à l’intersection de ces deux faces, c’est-à-dire ayant un plan de symétrie commun perpendiculaire à cette intersection» |

Après ce dépôt momentané de calcite, le cristal de quartz s’est nourri de nouveau, des strates quartzeuses succédant, sur chaque face limite temporaire, à la strate de calcite. Puis, il s’est formé, au moins suivant certaines

directions, de nouvelles lames de calcite; et ces cristallisations alternatives de quartz et de calcite semblent s’être répétées un certain nombre de fois, jusqu’à ce qu’enfin, la composition de la solution venant à changer, le quartz ait pu l’emporter définitivement et revêtir sa forme Habituelle.

Les formes nouvelles et les formes rares sont au nombre de ces faces limites temporaires qui ont été momentanément recouvertes de calcite et qui ont reparu par dissolution postérieure de la lamelle calcaire. C’est sans doute à la présence, dans l’eau-mère, d’une forte quantité de carbonate de chaux, qu’il faut attribuer et la grande variété de ces faces limites temporaires, et leurs symboles aberrants et relativement compliqués, et la production, sur chacune d’elles, d’une mince pellicule de calcite.

La syénite du Lauvitel, dans le département dé l’Isère, renferme en abondance de petits cristaux de sphène, dont j’ai fait connaître la forme [51]. Ces cristaux, très aplatis parallèlement à la face (ooi), se disposent parallèlement les uns aux autres, tantôt jointifs, tantôt séparés, dans certains plans réticulaires du feldspath microcline. C’est une sorte de structure pegmatitiqué; mais, comme un même microcline renferme beaucoup de ces plans chargés de petits sphènes, et qu’il ne semble pas y avoir de relation entre les orientations de deux plans voisins, c’est une combinaison de la structure pegmatitique et de la structure pœcilitique.

En étudiant des cristaux debournonitè découverts àPeychagnard (Isère), j’ai signalé [56] six formes nouvelles de cette espèce minérale. Ces cristaux sont remarquables par le grand développement des deux zones symétriques [o43] et [o43]. Dans ces deux zones, de même que dans la zone verticale, il y a des faces cylindriques. Le choix de la zone a été très net et sans hésitation de la part du minéral : mais il est visible que le choix des divers plans de la zone, sauf quelques-uns, comme (ioo) et (o34), lui a été à peu près indifférent.. M. Georges Friedel a, depuis lors, signalé des faits analogues dans l’anthophyllite et le gypse; et j’ai moi-même trouvé de semblables faces cylindriques dans la célestine de Tunisie. Ces observations sont importantes parce qu’elles semblent difficilement conciliables avec la théorie réticulaire, au moins telle que nous l’énonçons aujourd’hui.

J’ai décrit [58] des cristaux maclés de cinabre, provenant de la Chine centrale. Ils présentent une forme rhomboédrique nouvelle. La macle est

celle de Nikitowka, c’est-à-dire que la loi du groupement semble être une rotation de 6o° autour de l’axe ternaire.

En réalité, chaque cristal est formé par l’accolement, suivant des faces du prisme (t oTo), de deux espèces de cinabre, différant entre elles par le sens ou la Valeur de la rotation du plan de polarisation. Ce cristal est un polyèdre hexagonal étoilé, manifestant extérieurement une hémiédrie holoaxe du système sénaire : il est formé de prismes, accolés suivant des plans parallèles aux clivages, de cinabre droit pur et de cinabre gauche pur, ou encore de deux cinabres à rotations inverses, mais eux-mêmes mélangés et n’ayant qu’un pouvoir rotatoire réduit. En d’autres termes, le cinabre eh question, par toutes ses propriétés, semble être hexagonal et non pas ternaire. L’axe principal est véritablement d’ordre 6, et il y a six axes binaires dans le plan perpendiculaire.

J’ai repris [77], sur des cristaux de zinc et de cadmium métalliques préparés par M. H. Le Chatelier, l’étude morphologique commencée par George Williams et Burton. L’isomorphisme des deux métaux estbeaucoup plus parfait que ne l’avait dit Williams. Ils sont hexagonaux, ou peut-être rhomboédriques : le rapport c - est égal à i,335 pour le cadmium, et à r,356 pour le zinc. Outre les cristaux nets, on obtient, par distillation dans le vide, des sortes de boutons polyédriques, à facettes planes. J’ai compté jusqu’à 78 facettes sur un seul bouton.

En piquant normalement, avec une aiguille, en un point quelconque, .une de ces facettes, on donne naissance, dans tous les cas, à une figure de glissement dont la symétrie est hexagonale. La figure est la même pour le cadmium que pour le zinc. Les boutons polyédriques de cadmium et de zinc sont donc toujours constitués par des buissons de cristaux, divergeant du centre de la gouttelette qui, par un refroidissement, est devenue le bouton polyédrique. Chaque facette du polyèdre est normale à l’axe principal de l’un des cristaux composants : de sorte que le nombre des facettes est le nombre même des cristaux élémentaires.

On sait depuis longtemps que le protoxyde de plomb est dimorphe, avec une forme orthorhombique et une forme quadratique. J’ai décrit en 189® [48] de curieux groupements cristallins, dans de très petits cristaux d oxyde orthorhombique préparés par M. H. I.e Chatelier. Ces groupements sont entièrement analogues à ceux de la staurotide.

J’ai fait remarquer que l’on aurait pu facilement,,par la théorie de Mallard, prévoir tous ces groupements, les paramètres de l’oxyde orthorhombique (déterminés par Nordenskiôld) étant très voisins de ceux de la staurotide, ou de ceux de la christianite, et très voisins des paramètres orthorhombiques du cube ( i : ^2 : ^2).

Tout dernièrement [89], j’ai eu l’occasion d’étudier de beaux cristaux dé célesline provenant de Tunisie. La célesdne est très fréquente dans ce pays, et, en général, elle s’y présente sous ses formes habituelles. Mais dans un gisement (Djebel Kebbouch), elle affecté Une forme entièrement aberrante avec prédominance de la faceIptS),' laquelle n’avait jamais été signalée. Dans ces cristaux du Kebbouch, la zone de l’axe.des y montre des surfaces cylindriques presque continues, allant, tantôt de (too) jusqu’à (3o4), tantôt de (1 00) jusqu’aux environs de (20 1).

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