‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 14 sur 44 · THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE GÉNÉRALE

premier est la technique, qu’il estimait à tort nouvelle, pour l’injection du sérum artificiel. Le second, l’indication de cette injection dans les cas d’hémorrhagies graves. Le troisième enfin, son indication dans les toxémies.

La méthode des injections sous-cutanées de sérum artificiel ou, pour mieux dire, d’eau salée, substituée à l’injection intraveineuse dans les hémorrhagies, était déjà ancienne.

La première idée d’injecter dans le système vasculaire du liquide autre que du sang, après les hémorrhagies, a eu diverses origines. D’abord la difficulté de se procurer facilement et sans delai des quantités suffisantes de sang; ensuite, les accidents d’embolie, dus à la coagulation du sang injecté. Enfin, une notion plus exacte des causes de la mort dans l’anémie aiguë : elle est due surtout à la diminution extrême de la pression intra-vasculaire et de la quantité de liquide sur lequel peut agir le cœur; le malade meurt, en réalité, parce qu’il ne peut pas utiliser le sang qui existe dans ses vaisseaux, plutôt qu’il ne meurt de la perte de sang elle-même.

En conséquence, on s’est convaincu, expérimentalement et cliniquement, qu’il suffisait de remplacer le sang perdu par une quantité suffisante de liquide pour permettre le retour des conditions mécaniques de la circu-

Ce liquide ne pouvait être simplement de l’eau, dont le pouvoir osmotique est trop différent de celui du sang, pour ne pas provoquer de rapides altérations des globules rouges et blancs. On a donc recherché empiriquement une solution inoffensive qui se rapprochât, par sa densité et ses autres qualités physiques, de la partie liquide ou sérum du sang. On s’est depuis longtemps arrêté pour cela à l’eau salée dans des proportions qui ont varié entre 6 et 10 pour 1000. Ce dernier chiffre me paraissait devoir être préféré. M. Ilayem y a ajouté du sulfate de soude dans la proportion de 10 pour 1000, réduisant à 5 pour 1000 la dose de chlorure de sodium. Il trouve que ce liquide a l’avantage de moins altérer les globules rouges. Mais on peut se demander si le sulfate de soude, qui n’entre qu’en proportion infinitésimale dans la composition normale du sang, est aussi inoffensif à doses massives que le chlorure de sodium qui y entre pour 5 à 4 pour 1000. La conservation des globules in vitro par le sulfate de soude est incontestable; mais elle peut fort bien n’ètre qu’un phénomène d’ordre chimique, qui n’implique pas le maintien de la vitalité.

Ici, doit être faite une distinction capitale, pour éviter la confusion que

sulfate de potasse dont il n’y a que d à 3 décigrammes, etc.... Ch. Robin n'a pas compté moins de 16 substances salines d’origine minérale, 19 principes salins d’origine animale, sans compter les principes analogues aux alcools, les principes graisseux et savonneux, etc....

« On ne peut donc songer à constituer un sérum artificiel reproduisant la composition complexe du sérum naturel, disais-je à cette époque. Il y aurait des difficultés pratiques insurmontables.

« Du reste, cette considération capitale s’y oppose : le sérum naturel, injecté à des animaux, produit des effets toxiques.

« Cette particularité, en apparence paradoxale, s’explique bien par cette considération que le sérum est un produit de décomposition, et que le plasma seul est un liquide physiologique.

« Par contre, il résulte des recherches expérimentales de Ott, que l’injection (intra-veineuse) de solution à 7 pour 1000 de chlorure de sodium possède une action supérieure à celle de la transfusion sanguine elle-même chez les chiens anémiés par la saignée. »

Cela semble démontrer qu’cn injectant de la solution salée, on rétablit à la fois la tension sanguine et on excite les organes hématopoiétiques, qui refont du sang rapidement.

Quelle est la voie par laquelle le liquide artificiel doit être introduit dans le système vasculaire?

L’injection intra-veineuse paraît a priori la plus rationnelle, et l’on a, en effet, utilisé fort souvent les veines superficielles du bras et de la jambe, depuis les premiers essais faits par Schwartz en 1881. Mais il faut remarquer que, dans les Cas où lé malade est très affaibli, ces vaisseaux sont vides et difficilement accessibles. Cette considération a poussé quelques opérateurs à préconiser l’injection dans une artère, qu’on trouve plus aisément et qui est toujours béante. Mais faite dans le bout périphérique, elle a l’inconvénient de ne permettre qu’une très lente introduction de liquide, et elle a produit des accidents de gangrène. On doit y renoncer. Quant à l’injection dans le bout central, à l’encontre du cours du sang, elle paraît a priori réprouvée par la physiologie. Elle a pourtant donné de beaux succès à Kelly. Peut-être pourrait-on y avoir recours très exceptionnellement dans les cas désespérés, si l’on ne trouve pas assez vite la veine, car c’est une manière puissante de réveiller ou d’exciter rapidement les eontrac-

Je mentionnais seulement les injections intrapéritonéales.

J’insistais longuement sur l’injection hypodermique dans le tissu cellulaire. Je rappelais que les expériences déjà anciennes de Feilhenfeld

A la fin de 1895, M. Berlin (de Nice) avait présenté à la Société de Chirurgie une observation importante, sur laquelle j’ai fait un rapport qui a provoqué, de la part de nombreux chirurgiens des hôpitaux de Paris, la publication de faits similaires de leur pratique (Segond, Monod, Th. Anger, Peyrol, Schwartz, Lejars, Michaux, Delbet, Tuffier).

Plusieurs de ces auteurs ont donné à leurs observations le titre de lavage du sang, les rattachant ainsi aux expériences de laboratoire faites par Dastre et Loye. A vrai dire, ce rapprochement est forcé. 11 n’y a ici aucune comparaison à établir avec les expériences faites sur les animaux par les éminents physiologistes. La quantité de liquide injectée, la technique suivie qui transformaient les animaux en véritables filtres, dans

l’injection intra-veineuse, voilà seulement ce qui constituait l’expérience délicate du lavage du sang de Dastre et Loye. Le relèvement de la tension artérielle et des forces, puis l'élimination des toxines, grâce à la diurèse que provoque l’injection plus ou moins abondante et intermittente d’eau salée, a pour point de départ des notions toutes différentes et s’accomplit dans des conditions de technique qui ne sauraient permettre de la confondre, sans un abus de langage, avec l’expérience précitée.

Il en résulte qu’on ne saurait invoquer contre la méthode thérapeutique les résultats négatifs obtenus dans le laboratoire par le lavage du sang. Qu’on n’oublie pas, du reste, combien celui-ci est délicat et périlleux, puisqu’il n’y a pas seulement à considérer, chez le lapin en expérience, la dose toxique, mais encore la vitesse toxique, grâce à laquelle on fait pénétrer dans ses veines au delà des deux tiers de son poids.

Du reste, l’expérimentation elle-même semble avoir donné récemment des encouragements sérieux chez des lapins empoisonnés par la strychnine et soumis, non plus au lavage du sang proprement dit, mais à des injections intermittentes se rapprochant de celles qu’on fait en clinique. On y a bien démontré l’importance capitale d’une intervention hâtive, qui seule a donné des succès.

Au point de vue pratique, il me semblait établi, ce qui s’est vérifié depuis, que le chirurgien avait désormais, dans l’emploi des injections salines à‘haute dose, “un puissant moyen de combattre diverses infec-

Quel est le mode d’action des injections salines dans les cas de ce genre? Il est sans doute complexe. D’abord, en relevant la pression intravasculaire, elles augmentent la force de résistance du malade et lui permettent de continuer la lutte. Les globules hématopoiétiques peuvent

Page 1