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ANTHROPOLOGIE

Le poids du cerveau suivant les races et suivant les individus.

— Revue d’Anthrop., 1878, p. 277.

J’ai insisté sur ce fait que le poids du cerveau n’était qu’un des facteurs dans l’étude de la valeur cérébrale et qu’il fallait faire intervenir à côté de lui le facteur morphologie et le facteur structure.

Broca et la morphologie du cerveau. Introduction au tome V des Mémoires d’Anthropologie de Broca. — Revue seienlifùiue, 1888, t. XLI, p. 42-50, 15 fig.

Ces travaux donnent le résumé complet des travaux de Broca sur la morphologie cérébrale; les points originaux de ses recherches ont été mis en relief et groupés de manière à faire ressortir leur valeur.

Dans cette introduction j’ai tâché de spécifier nettement les principaux caractères du cerveau des primates et de l’homme comparé à celui des autres

gyrencéphales. J’ai, en particulier, présenté des considérations sur l’atrophie chez l’homme du lobe olfactif, réduit a un simple tractas. Il est certain, disais-je, que l’homme est infiniment moins bien doué relativement au flanque le plus vulgaire carnassier. Mais un examen plus attentif du cerveau montre aussitôt que la raison de cette modification anatomique est plus haute que la simple diminution d’une fonction. Tout nous l’indique : c’est bien ce développement insolite du lobe frontal chez les primates qui a été le facteur primordial et suffisant de la diminution du lobe olfactif en particulier, et du grand lobe limbique en général. Ce lobe frontal, siège privilégié de la pensée, arrivé à des proportions extraordinaires chez l’homme, a exproprié pour ainsi dire et remplacé dans l’étage antérieur du crâne l’énorme masse sensorielle qui gênait son expansion. Désormais l’odorat ne sera plus qu’un sens secondaire et dont on pourra se passer au besoin. Comparez l’homme qui en serait dépourvu avec l’animal osmatique qui en serait privé. Le premier y perd à peine quelques sensations ; le second, désarmé dans la lutte pour l’existence, est presque fatalement destiné à périr.

L’animal était quadrupède, posture essentiellement favorable à l’exercice du flair ; le primate se relève, l’homme détache définitivement la tête du sol et dirige son regard parallèlement à l’horizon. L’hégémonie du sens de la vue se substitue à celle de l’odorat et la station bipède est le corollaire obligé de ce changement. Enfin, comme tout dans la nature s’enchaîne et se commande, les extrémités antérieures qui sont devenues libres se modifient, deviennent des mains, et le loucher prend place à côté de la vue, au premier rang parmi les sens.

Caractères distinctifs du cerveau de l’homme au point de vue morphologique (Conférence Broca, 1885). — Bull. Soc. d’Anlhrop., 1887, 4" série, t. XX, p. 784-802.

Mémoires sur le cerveau de l'homme et des primates (tome V des Mémoires d'Anthropologie), par P. Broca. — Paris, Reinwald, 1888, in-8°, 840 pages et 95 figures.

Outre l’introduction, dont je viens de rappeler ci-dessus quelques passages, ce volume contient un complément rédigé par moi, relatif au cerveau schématique, travail qui avait été laissé incomplet par Broca.

Sur le cerveau d’une imbécile. — Bull. Soc. d’Anthrop., 1874, 2 e série, t. IX, p. 772-795, avec figures, et Revue d’Anthrop., 1875, p. 195.

C’est la description complète d’un cerveau présentant divers arrêts de

développement et anomalies intéressantes au point de vue de l’ontogénie et de la phylogénie. En voici les détails morphologiques les plus importants.

Examen de la face externe. — La scissure de Sylvius est notablement plus profonde du côté droit dans toute son étendue que du côté gauche. Son extrémité supérieure n’est séparée de l’extrémité inférieure de la scissure perpendiculaire externe, ou pariéto-occipitale, que par un intervalle de 3 centimètres et demi occupé par le pli courbe et sa racine postérieure. A gauche, le même intervalle est de 47 millimètres. Cette différence tient à la longueur de la scissure perpendiculaire droite qui se prolonge très audessous du premier pli de passage, tandis qu’à gauche il lui sert de limite. Immédiatement au-dessus du coude de la scissure de Sylvius existe, des deux côtés, un petit intervalle entre le lobe sphénoïdal et le pli surcilier; dans cette fossette, large d’un centimètre, on aperçoit le lobule de l’insula comme chez le fœtus.

Les circonvolutions sont loin d’être symétriques sur les deux hémisphères, ainsi que la description va le démontrer.

Le lobe frontal, tel que le limite Gratiolet, est relativement petit. Le lobule orbitaire présente un bec ethmoïdal très légèrement marqué, mais appréciable. Ses sillons n’offrent rien de remarquable. Les circonvolutions du lobule frontal sont épaisses, peu repliées, remarquables par leur aspect lisse. Le cerveau de la Vénus hottentote, figuré par Gratiolet, peut a ce point de vue être comparé à celui-ci.

Le pli surcilier (étage frontal inférieur de Gratiolet, troisième circonvolution frontale de Broca) (3, fig. 15, 14, 13) offre une exiguïté des plus frappantes; il est comme étouffé entre la première circonvolution pariétale ascendante, fortement renflée à son extrémité inférieure, et l’expansion antérieure de l’étage frontal moyen qui le déborde en avant, le contourne et se répand en replis multiples sur le lobule orbitaire. Une profonde incisure sépare pettement le pli surcilier de cette expansion de l’étage frontal moyen. Ainsi comprimée, la troisième circonvolution frontale de Broca est réduite à un relief triangulaire, à base supérieure ne mesurant pas plus de 3 centimètres et à sommet tronqué au-dessous duquel se voit la fosse de Sylvius.

La troisième circonvolution, du côté gauche, est encore plus réduite et plus simple que la droite. Sur celle-ci on remarque encore deux incisures secondaires; celle de gauche est absolument lisse. Il est intéressant de rapprocher cette particularité anatomique de l’état rudimentaire de la fonction du langage chez ce sujet.

quatrième circonvolution frontale de Broca ou premier pli pariétal ascendant de Gratiolet.

La terminaison postérieure est également à peu près similaire des deux côtés. A gauche, elle se continue directement avec la moitié inférieure de la première circonvolution pariétale ascendante, qui est divisée en deux tronçons par une incisure oblique; à droite, elle paraît au premier abord séparée de cette moitié inférieure de la circonvolution par un sillon. Mais en y regardant de près, on voit que ce sillon est le résultat d’une plicature superficielle de la circonvolution et qu’elle se comporte effectivement comme du côté opposé.

L’étage frontal supérieur, première circonvolution frontale de Broca (1, fig. 13, 14,15), est, à droite, constitué suivant l’ordinaire par deux circonvolutions parallèles; à gauche, il existe une seule grosse circonvolution parsemée d’entailles et de fossettes, bifide seulement à sa partie postérieure au point oh elle se jette dans le premier pli ascendant. En comparant la situation de ces dépressions et le niveau qu’occupent les replis de la double circonvolution droite, il est facile de voir qu’il y a parallélisme et que ces entailles et ces fossettes sont le résultat d’un travail avorté de dédoublement. Une pareille disposition s’observe chez l’orang.

Une autre particularité importante, c’est la parfaite délimitation do cet étage frontal supérieur, corollaire obligé de la simplicité de l’étage moyen. Ordinairement, ainsi que l’a très bien noté Gratiolet, l’étage supérieur est tellement mêlé aux replis de l’étage moyen qu’il est difficile de lui assigner ses véritables limites. Ici, son indépendance est complète. 11 en était de même sur la Vénus hottentote et sur un cerveau d’idiot observé par Gratiolet. Mais alors, sur ces deux cerveaux, les plis de l’étage moyen tendaient à se confondre avec ceux de l’étage inférieur dont ils sont ordinairement

A ce propos, Gratiolet se demande s’il n’y aurait pas une sorte de balancement de l’étage intermédiaire entre les deux autres ; s’il ne serait pas, en quelque sorte, attiré vers l’un ou l’autre « suivant leur prédominance relative ». Il ne faut pas se laisser séduire par cette vue ingénieuse, que dément complètement, dans notre pièce, l’indépendance absolue de l’étage frontal moyen, malgré l’énorme prédominance de l’un de ceux qui le côtoient.

Bes deux côtés, le premier pli ascendant (4, fig. 15, 14 et 15) est épais, large, peu incisé. Il est nettement divisé en deux segments à peu près égaux, par un sillon oblique de haut en bas et d’avant en arrière. Cette division anormale enlève complètement au lobe pariétal sa physionomie habituelle, et la première circonvolution pariétale ascendante semble ne plus être que

Le deuxième-pli ascendant (5, fig. 13, 14 et 15) est, à droite, d une maigreur excessive dans sa partie inférieure. Des deux côtés, il se jette supérieurement dans le lobule du deuxième pli pariétal ascendant (6, fig. 13, 14 et 15), volumineux, plus développé et plus replié à droite qu’à

°Te pli courbe (7, fig. 13, 14 et 15) est, des deux côtés, remarquable par sa netteté et ses dimensions. Il présente une racine ascendante tout à fait analogue à celle du chimpanzé. Elle paraît, à première vue, rejetée en arrière du sommet de la scissure de Sylvius par la présence d’un lobule du pli marginal supérieur. Mais cette différence est plus apparente que réelle; en effet, si au lieu d’examiner le lobe à droite, où il est chargé d’incisures secondaires, on l’étudie à gauche, on voit qu’il est uniquement formé patdeux grosses circonvolutions ascendantes dont l’une naît au-devant de la terminaison de la scissure de Sylvius et qui forment pour le pli courbe une véritable racine bifide. 11 en résulte qu’à gauche surtout, le pli courbe offre une disposition exceptionnelle, ayant, comme je l’ai dit, des rapports frappants avec sa disposition chez le chimpanzé. A droite, il en est de même, quoique d’une façon moins manifeste à première vue.

Cette ressemblance simienne s’accuse encore dans la partie descendante du pli courbe, qui forme la lèvre antérieure de la scissure perpendiculaire, et dans sa terminaison.

Celle-ci, en effet, est grêle, à peine flexueuse, assez longue, se continue au-dessous de la scissure perpendiculaire avec le lobe occipital et forme le deuxième pli de passage, en décrivant une concavité supérieure qui reproduit identiquement la morphologie de cette région chez l’anthropoïde.

On voit, en outre, d’après ce qui précède, qu’il n’y a pas de lobe du pli marginal supérieur, puisque ce qui en tient lieu n’est qu’une forte racine bifurquée du pli courbe.

Du côté droit (8, 9, 10, fig. 13, 14 et 15), le premier pli de passage est d’une maigreur extrême, déprimé et à demi caché dans la scissure perpendiculaire, qui présente une profondeur et une longueur exceptionnelles. La mince boucle qu’il forme a sa convexité tournée vers la scissure interhémisphérique. Le premier pli est séparé du deuxième par un intervalle de trois centimètres. Cet intervalle est occupé, en avant de la scissure perpendiculaire, par le pli courbe et au-dessus de lui par un gros pli cunéiforme, dépendance du lobule pariétal supérieur, qui vient s’interposer entre le premier pli de passage et le pli courbe ; ainsi se trouve constituée la lèvre antérieure d’une véritable calotte.

La manière dont le deuxième pli de passage encadre inférieurement

loppement est corrélatif à celui du lobule du deuxième pli ascendant.

Le lobule occipital interne (M, fig. 16 et 17) offre des deux côtés un assez grand développement à sa partie postérieure, vu la longueur de la scissure des hippocampes dont il forme la lèvre supérieure. Il en résulte qu’il perd un peu son aspect cunéiforme et paraît jeter une longue racine sur l’extrémité postérieure de l’hémisphère.

Les plis de passage internes, très minces, très courts, faisant une très petite saillie au fond des scissures où ils sont cachés, partent en formant un angle aigu de l’extrémité inférieure du lobule occipital interne et se portent tous deux à l’angle postéro-inférieur du lobule quadrilatère.

Le pli temporal supérieur interne (7, fig. 16 et 17), très étroit, est, à gauche, séparé du pli temporal interne par une scissure remarquablement longue et profonde qui va jusqu’au crochet de l’hippocampe; elle établit antérieurement une ligne de démarcation anormale entre le pli temporal supérieur interne et le pli du même nom de la face externe de l’hémisphère.

Le pli temporal moyen interne (8, fig. 16 et 17) offre un développement considérable, sans doute en rapport avec l’importance du pli courbe sur la face externe.

En résumé, ce cerveau présentait de nombreuses et importantes particularités qui, en l’absence de tout renseignement sur sa provenance, eussent suffi pour déterminer celle-ci. Mais de plus je possédais, grâce à l’obligeance du Professeur Lorain, les renseignements les plus circonstanciés sur l’état

Quelques-unes des particularités anatomiques sur lesquelles j’ai insisté doivent être attribuées à un arrêt de développement. De ce nombre est l’ouverture de la scissure sylvienne, que l’on rencontre chez le fœtus à terme, où elle laisse aussi entrevoir le lobe central ; c’est encore à un arrêt de développement qu’on peut rapporter l’état lisse des circonvolutions, le manque de subdivision du gros pli qui forme seul à gauche l’étage frontal supérieur, l’atrophie du pli surcilier et quelques autres détails de moindre

Mais cette cause suffit-elle à nous rendre compte de toutes les dispositions anormales?

Le grand développement du pli courbe, l’état particulier du lobule du pli marginal supérieur, la présence étonnamment accusée d’une scissure perpendiculaire externe donnant lieu, à droite, à une véritable calotte, la maigreur extraordinaire du premier pli de passage, le déjettement considérable du deuxième en dehors, l’importance du lobe occipital, l’absence presque complète du pli de passage interne qui sépare la scissure des hippocampes

ip„ 1870, p. 386-389.

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