‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 14 sur 44 · Bernera densa · texte numérisé non relu

Bernera densa

Le développement de cette Éponge siliceuse marine confirme celui d’Es- 1. — Aplysillâ sulfurea.

C’est un type d’Éponge fibreuse. La larve libre, ovoïde, ne porte pas de cils au pôle antérieur, et porte de grands cils au pôle postérieur. La formation de l’épiderme, la dissémination et la capture des ciliées, le syncytium, se produisent comme chez Esperella. Le syncytium cependant est discontinu et rudimentaire. Il se forme des corbeilles simples et composées suivant un processus remarquable : les groupes polynucléés se fusionnent par quatre ou cinq, puis, dans chaque groupe primitif, la cellule ameeboïde passe à la périphérie du petit lot de cellules ciliées qui l’en-

tourait, de sorte que, dans les groupes secondaires, les cellules ciliées se trouvent d’emblée au centre et les amceboïdes à la périphérie. Puis, les cellules ciliées se régularisent, se soudent à' leurs voisines, la masse centrale se creuse d’une cavité, et 1 on a ainsi une corbeille simple. — Les corbeilles composées se forment par soudure des corbeilles simples. Oùlre ces corbeilles composées, dans la jeune Aplysilla, les canaux inhalants se dilatent énormément aux dépens des lacunes interstitielles, tandis que les grandes corbeilles composées refoulent le système exhalant jusqu’au cloaque.

11 n y a pas, somme toute, de grandes différences avec le développement des Esperella.

S. — Partie théorique.

1. Comparaison des types étudiés. Causes physiques des phénomènes, — II y a entre les types étudiés seulement des différences de détail, I.a structure de la larve ne présente pas de différences importantes. Dans les quatre genres, la sortie des cellules épidermiques, là formation de l’épiderme, la résorption des cils des cellules ciliées, l’enfoncement de ces dernières, la concentration de leur protoplasma autour du noyau sont à peu près identiques, et probablement ont un caractère général. Les causes de ces phénomènes sont sans doute en partie de l’ordre des tactismes. La capture des ciliées, la formation du syncytium, le groupement nouveau des ciliées pour former la première ébauche des corbeilles, sont bien plus variables. Chez Spongilla, toutes les cellules sont capturées; chez Esperella et Reniera, la capture n’est que partielle; chez Aplysilla, la capture et la formation du syncytium (du reste rudimentaire) sont connexes.

En tout cas, ces phénomènes sont étranges, car les ciliées ne sont pas inactives par rapport' aux cellules amoceboïdes : c’est du cytotactisme, de la « cytosymbiose ». Si nous ne pouvons émettre que des hypothèses relativement à la cause première de cette association cellulaire, nous pouvons en définir le but qui est évidemment de faciliter le groupement des ciliées, leur transport à une place souvent éloignée, simple conséquence des propriétés amceboïdes des cellules englobantes.

Le mode de formation du flagellum par une. petite saillie qui s’effile, confirme l’idée de l’origine cytoplasmique de cet élément.

Les autres particularités d’évolution s’expliquent d’elles-mêmes.

On peut cependant insister sur la cellule centrale des corbeilles des Espe-

relia et des Reniera, qui semble être soit l’élément figuré servant de centré et d’origine à la substance cémentaire qui unit les faces extérieures des collerettes, soit peut-être une cellule capturante Venue là au point où lé jeu du flagellum des corbeilles attire les particules alimentaires.

Les pores et les oscules se forment de la même façon dans les quatre genres, sauf la place qui varie. Les oscules ont réellement une situation intercellulaire. Les pores seraient plutôt percés dans les cellules épidermiques.

Quant à la cause mécanique de la formation de ces ouvertures, elle ne réside pas, comme le pensent la plupart des auteurs, dans le jeu des flagelles des corbeilles, puisqu’elles précèdent leur apparition ; et il semble au contraire que ce soit le contact de l’eau pénétrant par ces ouvertures qui détermine la formation des flagelles.

IL Comparaison avec les autres types d’Éponges. — Il résulte de là que l’antithèse qui semblait exister entre les Éponges calcaires et les Siliceuses pu les fibreuses, dans leur développement, n’existe plus : le développement est semblable en ses grands traits dans toute la série.

III. Les Éponges et la théorie des feuillets. Signification embryogénique des différentes parties du corps. — La théorie des feuillets semble s’accommoder difficilement de l’embryogénie des Éponges. Si l’on s’en tient aux idées reçues, si l’on attribue, chez l’adulte, l’épiderme à l’ectoderme et les corbeilles à l’ectoderme, il faudra que dans la larve les cellules ciliées, extérieures, représentent l’endoderme, et les cellules épidermiques internes représentent l’ectoderme. Quant aux cellules amœboïdes et intermédiaires, if faut les attribuer au mésoderme, ou mieux à un ensemble d’éléments indifférents où s’opèrent des différenciations successives.

Quoiqu’on fasse, et si l'on admet dans sa rigueur la théorie des feuillets, il faut reconnaître qu’il y a dans les Spongiaires quelque chose de renversé par rapport aux Métazoaires. Si ce n’est chez l’adulte, ce sera chez la larve, et il semble plus naturel de chercher les rapports tirais chez la larve qui a moins subi les actions modificatrices que l’adulte. Pas un zoologiste, voyant la larve des Sycandra, n’affirmerait que les cellules ciliées sont l’ectoderme, les granuleuses l’endoderme. Personne ne mettrait en doute cette homologie, si l’invagination avait lieu, dans les Éponges calcaires, dans le sens ordinaire.

Mais reste à savoir si la loi des feuillets a bien cette généralité que lui donnent la plupart des zoologistes : si c’est réellement une entité qui domine les êtres et dirige leur développement. Le cas de la larve de Osearella

(Heider)' qui, formée d’une seule couche de cellules, peut s’invaginer dans un sens ou dans l’autre, ne parle guère en faveur d’une spécificité des feuillets. Si telle partie devient endoderme ou ectoderme, ce n’est pas par des caractères héréditaires latents, mais par suite de la structure actuelle de chaque élément, l’hérédité n’intervient qu’en fixant la constitution chimique de tous les éléments d’une manière si précise que chaque cellule est à chaque instant de son évolution en présence de ce dilemmo : « rencontrer des conditions extérieures identiques à celles qu’a rencontrées la cellule identiquement conformée du parent, et réagir contre ces conditions par une modification identique, de manière à poursuivre une évolution totale identique, ou mourir ». En somme les Éponges nous montrent Une différenciation progressive de leurs éléments, mais pas dans le sens de feuillets comparables à ceux des autres animaux; certains éléments s’étalent en membrane, ou restent ameeboïdes ou deviennent flagellés; tous forment un être final, où l’on rencontre sous une mombrane protectrice des cavités gastriques et des tissus de soutien, c’est-à-dire des formations similaires à celles des autres êtres.

En résumé : il n’y a pas entre les larves pleines des Éponges siliceuses et celles des Calcaires du type Sycandra d’opposition tranchée.

Dans les Siliceuses, les ciliées perdent momentanément leurs flagelles, s’enfoncent dans les tissus, pour se grouper ensuite, reformer leurs flagelles et former les corbeilles. Chez les Sycandra, il en est de même, mais par un processus différent.

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