‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 17 sur 44 · TRAVAUX SUR LES CRUSTACÉS · texte numérisé non relu

TRAVAUX SUR LES CRUSTACÉS

I. — Contribution à l’étude de l’appareil circulatoire des Crustacés Édriophthalmes marins.

En 1881, l’Académie des sciences mettait en concours l’Étude comparative de l’organisation intérieure des Crustacés Édriophthalmes. Cette organisation était en effet fort peu connue, tandis que l’anatomie des Podophthalmes avait été l’objet de recherches nombreuses. Je m’attachai spécialement à l’étude du système circulatoire de ces animaux, et, dans ce but, je fus amené à rechercher les modifications qu’il était nécessaire de faire subir à la technique des injections, pour étendre à des êtres très petits l’emploi de cette méthode si féconde. C’est aux injections, pratiquées avec persévérance, et non sans que j’aie dû vaincre de notables difficultés, que je dois d’avoir obtenu dans mes recherches des résultats plus complets et plus coordonnés que ceux de mes devanciers. L’examen du trajet suivi par les globules, auxquels ils se bornèrent pour la plupart, surtout lorsque la petitesse de l’animal leur parut s’opposer à la pratique des injections, est certainement d’une grande utilité, et j’ai eu grand soin de ne pas la négliger; mais il est impossible par ce procédé d’arriver à une connaissance complète d’un système circulatoire.

Voici donc quel fut mon manuel opératoire. J’employai exclusivement; pour l’étude des fines artères, la masse au chromate de plomb, préparée sans autre véhicule que l’eau dans ; laquelle sont dissous le bichromate de potasse et le sous-acétate de plomb qui servent à la préparer par le mélange de ces deux solutions. Pour les sinus et les vaisseaux un peu larges, l’emploi du saindoux que je colorais par le jaune de chrome, s’imposait, afin de permettre les dissections. L’injection des plus gros Édriophthalmes,

tels que l’Anilocre, était possible avec une fine seringue métallique. Mais lorsqu’il fallut pénétrer dans le coeur d’animaux plus petits, tels que les Bopyres, je dus atfoir recours aux canules dé verre étiré, au .travers desquelles je poussais l’injection, en soufflant par la bouche, dans un tube de caoutchouc auquel elles étaient adaptées. Enfin, quand je dus injecter les animaux les .plus petits du groupe, tels que les Caprelles, qui ne' sont pas plus, grosses qu’un fil,-il fallut employer des canules d’une finesse extrême et vaincre une résistance considérable. Un aide comprimait alors de l’air dans une seringue d’un litre environ, à une pression supérieure à 2 atmosphères.

Pour donner une idée dé la manière dont sont répartis, dans l’ordre des Édriophthalmes, les animaux dont j’ai étudié l’appareil circulatoire, je crois utile de présenter ici un tableau des familles de cet ordre, avec les noms des principaux genres qui les composent. Les noms en italiques sont ceux des animaux que j’ai .choisis comme types dans les diverses familles pour en faire une étude spéciale.

, Appelé, par là confiance de M. de Lacaze-Duthiers, à diriger le laboratoire de Roscoff pendant deux étés consécutifs, j’ai pu étendre mes recherches aux types très variés d’Édriophthaimes qu’on rencontre dans cette station privilégiée. Mais, çn revanche, j’ai été obligé de laisser de côté quelques groupes qui n’y soit pas représentés, tels que les Hypérines et les Cyamiens.

•' ^ 01 ! r ce groupe, qui' était- le mieux connu, parce que seul il avait été étudié au moyen: d’injections, ce qu’on savait en 1880 était encore bien

fragmentaire. On connaissait le cœur, on avait découvert la présence d’un riche système artériel, mais sans pouvoir en suivre exactement la marche. Kovalevsky, en 1864, avait soupçonné la présence de l’artère prénervienne. On savait qu’au sortir des artères, le sang tombait dans un système de lacunes qui le conduisaient aux branchies, que découvrirent Audouin et Milne-Edwards dès 1827. En 1870 Dohm démontra l’existence du péricarde. Lereboullet en 1843 et 1834, mais surtout Sars en 1867 reconnurent l’existence des ouvertures cardio-péricardiques.

Voici maintenant comment je peux résumer, dans son ensemble, la circulation des Isopodes, telle qu’elle fut établie par mes recherches personnelles.. Le cœur, dorsal, maintenu en place par des brides qui le réunissent eu avant avec l’intestin, est situé dans l’abdomen, tout en se prolongeant quelque peu dans le thorax. Il se termine inférieurement en cul-de-sac et est percé latéralement d’ouvertures par lesquelles y pénètre le sang qui vient du péricarde. C’est la contraction même du coeur qui attire le sang dans le péricarde, par suite d’une tendance au vide qui se produit dans la cavité rigide de ce dernier. Du cœur partent onze artères, munies de ; valvules à leur origine. Ce sont, à droite et à gauche de l’aorte supérieure : céphalique, les deux artères latérales, qui fournissent aux quatre premiers anneaux du thorax. Pour les trois derniers, trois paires d’artères thoraciques naissent directement du cœur.

Enfin deux aortes abdominales naissent, entre le rectum et le cœur, de la face antérieure de ce dernier. Elles donnent un rameau à chaque anneau branchifère de l’abdomen. L’aorte supérieure passe avec l’œsophage dans l’anneau nerveux péricesophagien, puis se divise aussitôt en deux branches qui contournent l’œsophage de part et d’autre, de manière à constituer à leur tour un anneau vasculaire péricesophagien. Après leur réunion elles forment l’artère prénervienne, qui redescend ventralement' jusqu’à l’anus, en irriguant chaque anneau du thorax. A cette irrigation contribuent les sept paires de branches fournies ventralement par les sept artères thoraciques, que nous avons vues naître, les trois dernières directement du cœur, les quatre premières des deux artères latérales. ,

11 n’existe pas de capillaires; le sang artériel tombe dans une grande lacune ventrale et dans deux grands sinus thoraciques latéro-vcntraux. A ~la base du thorax, ces trois sinus se réunissent on un seul sinus abdominal. médian ventral. C'est de là que le sang veineux est amené aux cinq paires de branchies dans lesquelles il pénètre en suivant leur bord interne. : Puis, par des anastomoses plus ou moins fines, qui existent jusque dans

le pédoncule de là branchie, le sang gagne le bord externe, d’où il revient au cœur par des canaux kanchio-péricardiques. Dans ce retour il reçoit au passage le sang revenu des organes accessoires, qui servent plus ou moins à la respiration, tels que le telson, ou les épimères des anneaux brancliifères. On connaît les branchies des Isopodes, vésicules aplaties, pourvues d’un riche réseau de lacunes. On sait que chaque branchie se compose de deux de ces vésicules en lames, l’une recouvrante, l’autre recouverte. Je pus me convaincre qu’il n’y avait pas entre ces deux sortes de lames une grande différence fonctionnelle, si bien que la lame recouvrante est loin d’être réduite à un simple appareil de protection.

te péricarde, dans lequel les canaux branchio-péricardiques se jettent par des orifices dépourvus de valvules, est, pour ainsi dire, sculpté dans les organes. Il entoure le cœur de tous côtés, excepté en avant, sur la ligne médiane ventrale. C’est là, en effet, que le cœur est uni à l’intestin. Ce péricarde peut, vers le haut, recevoir, par des lacunes de son endothélium, un peu de sang qui n’a pas respiré, de telle sorte que, chez les Isopodes, la circulation est incomplète, sans toutefois que, physiologiquement, le mélange soit bien considérable. Cette imperfection, est ici peu accentuée. Nous allons, chez les Amphipodes, la trouver considérablement aggravée. C’est elle qui nous fournira une relation entre deux systèmes circulatoires qui, sans cela, paraîtraient bien différents.

Ainsi est constitué dans ses traits essentiels, sauf de nombreuses diférences de détails décrits dans le mémoire, le système circulaloire des Idotées, des Lygies, des Sphæromes, des Anilocres. Celui des Pranizes et des Bopyres est construit sur le même type mais beaucoup plus réduit.

Page 1