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Amphipodes

A partir de ce groupe, il n’avait jamais été tenté d’injections, antérieurement à mes recherches. On avait cependant reconnu successivement l’existence du cœur (Zenker, 1832), de ses ouvertures latérales, de l’aorte antérieure et du sinus ventral (Frey etLeuckart, 1847). Fritz Millier en 1864 avait fixé à trois paires le nombre des ouvertures du cœur; G.-O. Sars en 1866 avait découvert l’aorte postérieure; Wrzesniowski en 1876 avait précisé quelques-unes de ces données et reconnu que le sang des appendices était renfermé dans des canaux véritables, dont il avait même exagéré l’endiguement. Leydig cependant, en 1879, loin de faire avancer la question, était retombé dans plusieurs des erreurs anciennes. Comme il a

été expliqué plus haut, je n’ai pas pu faire de recherchés sur les Hypé-: rines, et j’ai dû me borner à l’étude des Crevettines ; je n’insisterai donc pas sur les belles recherches que Claus avait faites en 1864 sur l’appareil circulatoire du premier de ces groupes.

. Procédant comme pour les Isopodes, je vais décrire brièvement le'système circulatoire des Amphipodes, tel que me l’ont montré mes injections.

Le cœur dorsal occupe ici la plus grande partie du thorax. 11 est maintenu en place par trois séries de brides, l’une médiane dorsale, les deux autres latérales et symétriques. II est, normalement, percé de trois paires d’ouvertures cardio-péricardiques. Il en naît deux aortes , l’une supérieure, l’autre inférieure ou abdominale, qui, l’une comme l’autre, continuent absolument sa direction, et qui sont, à leur origine, munies de valvules à deux lèvres. En outre, chez lès Creveltines sauteuses, le cœur émet en avant deux artères faciales ophthalmiques.

h’aorte supérieure monte verticalement dans la tête. Là elle se dédouble au niveau du cerveau en deux branches, situées dans un plan sagittal, et qui passent l’une dorsalement par-dessus le cerveau, l’autre par-dessous, dans l’intérieur du collier œsophagien, en arrière de l’œsophage. Voici donc constitué un anneau vasculaire péricérébral sagittal qui est caractéristique . des Amphipodes. Mais, en outre, aussitôt l’aorte constitue un second anneau vasculaire périœsophagien, situé dans un plan perpendiculaire au précédent et qui est tout à fait homologue de celui des Isopodes.

L’artère prénervienne n’est pas représentée chez les Amphipodes. otj

Le sang, amené à la tête par l’aorte supérieure et fourni aux antennes ainsi qu’aux appendices buccaux par des branches de celle-ci, tombe dans un grand sinus ventral qui occupe toute la face antérieure de l’animal, entre les témimenls et le tube digestif. Celui qui est amené à l’extrémité inférieure du corps par Y aorte abdominale tombe directement dans ce sinusvenlral, chez les Crevettines sauteuses ; chez les Crevettines marcheuses, il circule au préalable dans les trois dernières paires de pattes abdominales, auxquelles il est conduit par des ramifications de l’aorte inférieure. De ce sinus ventral le sang va dans les appendices, où il retrouve des canaux à parois propres, quelque peu incomplètes, mais dont j’ai pu suivre, entre les muscles, les sinuosités parfaitement définies. Une partie seulement se rend dans les branchies, annexées sous la forme de vésicules aux pattes thoraciques. Il y entre par un canal afférent interne, et en sort par un canal marginal, qui est en communication avec le3 canaux péricardiqties. Ceux-ci sont constitués, pour le thorax, par les sept canaux efférents des pattès et des épi-

mères et, pour l’abdomen, par les six vaisseaux qui correspondent aux appendices de cette partie du corps, Tous ces canaux rampant sous les téguments du dos, ramènent le sang dans un péricarde parfaitement clos, dans l’intérieur duquel sont placés le cœur et l’àorte inférieure.

Cet appareil est modifié chez les Corophies (les seulos des Crevettmes marcheuses que j’aie pu étudier), en raison de ce fait, déjà signalé plus haut, que les trois dernières paires d’appendices de l’abdomen reçoivent leur sang du cœur par les artères issues de Vaorte inférieure; ce sang ne tombe qu’ensuite dans le sinus ventral. Comme, en outre, celui dés trois premières paires d’appendices abdominaux, venu du sinus, rentre dans cette même cavité, il en résulte qu’il n’y a pas là de vaisseaux péricardiques abdomi-

., On voit que, ciie? les Amphipodes, une grande partie du sang retourne au cœur sans avoir respiré, et qu’il y est mixte dans toute l’étendue du système circulatoire; saris que'les organes importants soient cri aucune façon favorisés.

Comparaison entre les Amphipodes et les lsopodes.

Les différences qui paraissent, au premier abord, absolues, entre le système compliqué des lsopodes, très ramifié, très élevé au point de vue respiratoire, et le système bien plus simple, bien plus lacuneux des Amphipodes, sont au fond moins grandes qu’on ne serait tenté de le croire.

Pour ce qui est du fait que le cœur est abdominal chez les lsopodes, tandis qu’il est thoracique chez les Amphipodes, jo ferai remarquer, d’abord que cela a peu d’importance, puisqu’il ne s’agit là que d’un vaisseau dorsal, différencié en cœur dans l’une ou l’autre de ses- parties. D’ailleurs on peut rencontrer, chez les lsopodes, toute une série dé types intermédiaires, chez lesquels le cœur s’avance de plus eh plus dans le thorax.

Pour ce qui est de la naissance terminale de l’aorte inférieure chez les Amphipodes, tandis que les deux artères abdominales des lsopodes naissent du cœur yentralement, c’est là une différence secondaire. Il faut considérer les points où le cœur émet ces artères, dans l’un et l’autre groupé, comme morphologiquement identiques. Chez les lsopodes le cul-de-sac inférieur est une sorte d’anévrysme physiologique développé secondairement sur la face dorsale du cœur.

L’existence de Vanneau péricéi-ébral sagittal est certes spéciale aux Am-

phipodes. Il faudrait, peut-être, en chercher l’homologue chez les Isopodes dans de petites artères naissant précisément sur la ligne médiane, de la face dorsale de l’aorte, l’une au-dessous, l’autre au-dessus du ganglion cérébral, et qui s’anastomosent en arrière de lui.

Quoi qu’il en soit de ces divergences de détail, il reste comme différence fondamentale que, chez les Amphipodés, les vaisseaux afférents des membres viennent du sinus ventral et non du coeur, et que leurs vaisseaux efférents se " rendent au péricarde et non au sinus ventral. Dans les deux groupés le Bens de la circulation des membres se trouve par suite interverti. 'mSI

Mais cette difficulté ne se présente que pour les appendices du thorax, En effet, pour ce qui est des appendices abdominaux, le sang qui s’y rend chez les Isopodes vient du sinus ventral tout comme chez les Amphipodés,; La seule différence, c’est que dans le premier cas les membres abdominaux sont adaptés à la fonction respiratoire.

i, Si nous voulons maintenant arriver à une assimilation pour la circulation du thorax, nous devons, en premier lieu, nous demander ce .que sont devenus, chez les Isopodes, les canaux péricardiques thoraciques des Amphipodés; en second lieu, chercher comment ont pu se constituer les artères thoraciques des Isopodes. Eh bien ! les canaux péricardiques des Amphipodés se retrouvent, chez les Isopodes, dans ces lacunes que nous avons vues ramener directement au coeur un peu de sang qui n’a pas passé dans l’abdomen, c’est-à-dire qui n’a pas respiré, et qui se trouve exactement dans les mêmes conditions que le sang revenu des appendices thoraciques, chez les Amphipodés. Pour ce qui est des artères thoraciques,, ce sont des lacunes qui sé sont endiguées et mises en rapport direct avec

Par ce fait seul, le sang de ces lacunes est mécaniquement obligé de suivre une route inverse de celle qu’il suivait quand il se trouvait là à l’état de liquide simplement cavitaire. Directement chassé par les contractions du cœur, il prend une voie centrifuge et se rend aux appendices. Lorsqu’il eh sort, une seule voie lui est ouverte, celle de l’abdomen, où il se comporte : exactement de même que chez l’Amphipode, sauf que, en outre', il y respire. Quant au mode d’endiguement qui a formé les artères thoraciques, tout comme il a constitué l’artère préhervienne, c’est celui qu’on voit appliqué constamment dans la formation des voies sanguines chez les Invertébrés. .

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