‹ Notice sur les travaux scientifiquesChapitre 28 sur 44 · Évolution mérogonique. — J’étudie ici deux questions · texte numérisé non relu

Évolution mérogonique. — J’étudie ici deux questions

. a] Comment se fait la segmentation mérogonique par rapport à la segmentation des œufs intacts.

Je fais cétte comparaison chez les groupes étudiés, je constate diverses anomalies dans les œufs mérogonisés, en particulier un retard dans la'division cytoplasmique et des divisions multiples d’emblée, mais tout cela se corrige et j’arrive à cette conclusion : la section de l’œuf apporte souvent dans l'évolution mérogonique un trouble qui se manifeste par des anomalies plus ou moins accentuées dans lu segmentation,- mais, à mesure que le développement progresse, intervient me autorégulation évolutive sous l’influence de laquelle les différences deviennent nulles ou insignifiantes.

b) Jusqu’à quel stade du développement peut se poursuivre l’évolution mérôgoniqiie.

Ç’est ici un dés points les plus remarquables, par lequel mes expériences actuelles sont en progrès sur mes tentatives de l’année précédente (Comptes rendus, 1898). — J’arrive ici, pour les trois groupes étudiés, jusqu’à la larve typique ainsi que le montrent les figures reproduites à la page 28 à 31 (p. 62 à 65) : lé Pluteus pour l’oursin, le Veliger pour le Dentale, la Trochophore pour l’Annélide. Toutes ces larves ont été obtenues non pas une fois mais dans un grand nombre d’expériences; et je conclus : lés embryons hémigomques peuvent être élevés jusqu'à la phase larvaire typique de leur espèce ( Pluteus, Veliger, Trochophre). Les larves ne franchissent point ce stade, dans les conditions défavorables où on est obligé de les placer poulies maintenir en observation; mais il en est de même pour les larves normales élevées dans des conditions semblables, et rien n’autorise à dire qu’il manque aux larves mérogoniques quelque chose d’essentiel pouf parcourir toutes les phases du développement jusqu’à l’animal parfait.

4. Limités de la mérogonie. — J’ai essayé d’une part de couper un même œuf en plus de deux morceaux, d’autre part de couper sur un œuf un fragment anucléé aussi petit que possible. Chez le Dentale, j’ai pu féconder deux quarts d’un même œuf coupé en 4. Chez l’Annélide, j’ai fécondé (et faitsegmenter) un fragment représentant 1/8 de l’œuf total. Chez l’Oursin, enfin, j’ai obtenu le développement de trois morceaux d’un même œuf coupé en 3, et le développement, jusqu’au stade de blastula ciliée nageant vigoureusement, d’un fragment anucléé représentant 1/37 de l’œuf total. J’ai fixé cette larve et indiqué les dimensions de ses cellules et de leurs noyaux. Je conclus :

l'expérience montre qu’on peut obtenir dtun même œuf (l’Oursin trois lunes tritogoniques et qu’un fragment d’œuf égal à 1/37 du volume tolal peut se développer en larve de constitution normale. Il est permis d’en conclure qu’un œuf d’Oursin idéalement sectionné pourrait donner une quarantaine de fragments fécondables et aptes à se développer en autant de larves de constitution normale. La limite extrême de la mérogonic est sans doute plus basseencm mais une limite existe certainement.

5. Objections àlamérogonie .—Je vais ici au-devant de diverses objections et je montre que : 1° il n’y avait pas eu fécondation avant la section, caries œufs témoins élevés dans la même eau ne se segmentent jamais; 2° que la segmentation est due à la fécondation et non à une excitation opératoire, car elle se produit immédiatement après l’addition du sperme même lorsque celle-ci est différée de plus de 24 heures; 3° enfin que le fragment anucléé ne contient pas trace de noyau, comme on peut s’en assurer de visu par l’examen par transparence chez l’Oursin. Je conclus : la fécondation mérogonique est vraiment la fécondation d’un fragment de cytoplasme ovulaire dépourvu de noyau.

6. Obstacles à la mérogonie. — Je citerai seulement la conclusion du chapitre : La mérogonie n’est pratiquement applicable qu’aux œufs pondus isolément avant la fécondation. Elle peut réussir cites certains neufs pourvus d’une coque; mais le plus souvent elle échoue dans ce cas. Les œufs qui conviennent le mieux à son application sont ceux qui sont ms ou entourés d’une faible enveloppe glaireuse, pas trop friable, de consistance ferme et d’un diamètre pas trop petit (au moins 1/10 de millimètre). La section de l’œuf, quand elle peut être bien exécutée, ne contrarie pas par elle-même la fécondation, mais elle peut, quand elle est faite de certaine façon, introduire, des conditions accessoires s’opposant à la fécondation.

1. Utilité du noyau femelle dans la fécondation cl le développement. — On a vu par les nombres comparatifs donnés plus haut que la proportion de réussites est fréquemment plus grande pour les œufs mérogonisés que pour les œufs témoins. J’ai donc avancé, avec quelque timidité, la conclusion,:; paradoxale ci-dessous. On verra dans le mémoire suivant que certaines considérations lui enlèvent son caractère paradoxal et la rendent au contraire très naturelle. Voici cette conclusion : L’absence de pronucleus femelle ne constitue pour le fragment d’œuf qui en est privé, aucune inférioritépar raM

fécondation. Le pronucleus femelle est

à là fécondation ni nécessaire au développement des parties de l’organisme. •

8. Hybridation mérogonique. — Je l’ai réussie entre Echinas et Strongytocentrotus. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait supposer, le fragment anucléé est aussi rebelle que l’œuf entier aux hybridations par une forme trop différente. D’où la conclusion : l’hybridation mérogonique est possible ■ mais les fragments anucléés se défendent aussi bien que les œufs normaux contre une hybridation trop aberrante.

9. La maturation cytoplasmique de l’œuf. — Dans les phénomènes si importants de la maturation de l’œuf, on ne parle jamais que des phénomènes nucléaires et l’on admet implicitement que le cytoplasme ne joue aucun rôle dans le phénomène. S’il en était ainsi, un fragment de cytoplasme d’œuf prêt à subir la maturation nucléaire, devrait être fécondable. Il ne l’est pas. D’où je tire cette conclusion importante et inattendue : il existe une maturation qualitative du cytoplasma mulâtre, corrélative peut-être de celle du noyau, mais distincte de celle-ci.

10. Les chromosomes dans la mérogonie. — J’ai indiqué dans la partie générale de cette notice l’importance de cette question. Je n’y reviendrai pas et dirai seulement que la préparation de chromosomes dans les expériences actuelles est extrêmement difficile; que j’ai réussi cependant à les mettre en évidence et que j’ai pu montrer à mon entourage des préparations très démonstratives. Je conclus : Si le nombre des chromosomes est constant chez les animaux, ce n’est pas, comme on le croit, parce que ces organites ont une personnalité qui les rend individuellement permanents, c’est parce que ce nombre est une propriété spécifique de la cellule, une constante cellulaire. .

. 11. Appendice. — J’indique ici un certain nombre de faits constatés au cours de ces expériences et sans lien direct avec elles : 1“ un phénomène que l’on serait tenté d’interpréter comme appartenant au cytotropisme et qui n’en est pas; 2° une expérience de séparation de blastomères de l’œuf normal segmenté; 3° un cas de mérogonie incomplète; 4° un exemple de différenciation précoce des blastomères allant à l’encontre de la théorie de Hertwig.

12. Conclusions. —Je ne répéterai pas ici les conclusions résumées à la fin du mémoire et n’en rappellerai qu’une seule indiquée dans la note de 1 année précédente et non reproduite dans le mémoire actuel. C’est que les spermatozoïdes se groupent en aussi grand nombre autour des fragments

teur n’en donné pas. Cherchons donc nous-mêmé sur quoi on pourrait l'étayer

« La différence essentielle entre le cytoplasme ovulaire agissant comme organe femelle spécifique et ce même cytoplasme utilisé à titre de simple substance alimentaire, ne saurait être que celle-ci : dans le premier cas, sa structure physique, histologique, intervient; dans le second, il n’est tenu compté que de la nature chimique de sa substance. Dès lors, si l’on détruit la structure physique en laissant intacte la substance chimique, celle-ci doit suffire au spermatozoïde pour se développer. Je propose donc à mon contradicteur l’expérience suivante ; qu’ii crève des œufs d’Oursin et les réduise en une bouillie amorphe et qu’il place dans cette bouillie dès spermatozoïdes. Si ces spermatozoïdes lui donnent des Pluteus, j’admettrai son interprétation de la mérogonie.

« Si mon contradicteur se récuse en disant que le spermatozoïde ne peut assimiler la nourriture ovulaire que lorsque celle-ci a sa structure normale, nous lui ferons remarquer qu’attribuer à la structure du cytoplasme un tel rôle, en lui refusant celui de servir à la constitution de l’édifice embryonnaire, c’est appuyer une hypothèse paradoxale sur une hypothèse indémontrable, procédé qui n'est pas admis dans les sciences.

« En attendant là réussite de l’expérience proposée, examinons les faits qui sont à la connaissance de tous.

« Voilà notre cytoplasme ovulaire hébergeant un noyau spermatiqué avec Son centrosome. Un quart d’heure après, on le voit. se diviser identiquement dé lit même façon que celui d’un œuf intact, normalement fécondé; Les deux bîastomères issus de cette division ont un cytoplasme, je pense. La substance qui entoure leur noyau n’est pas une bouillie alimentaire. On n’a nul droit de prétendre qu’il n’est pas du vrai cytoplasme cellulaire normal, quand aucune différence observable au microscope Ou décelable par les réactifs ne se montre entre lui et le cytoplasme des blastomères d’un œuf entier normalement fécondé. Or, Ce cytoplasme, d’où vient-il? C’est celui même du fragment ovulaire auucléé' Soumis à la fécondation. Pour que l’hypothèse de mon contradicteur fût vérifiée, il faudrait montrer que ce cytoplasme est d’origine spermatique, qu’il provient delà parcelle qu’a apportée le spermatozoïde, laquelle parcelle se serait étendue et aurait englobé le cytoplasme ovulaire réduit à la condition d'aliment. Or, celle parcelle de cytoplasme spermatique n’est pas la millième partie de la tête du spermatozoïde, laquelle n’équivaut pas à deux millionièmes de la masse du cytoplasme • ovulaire. 11 faudrait vraiment que ce cytoplasme spermatique fût doué d’une pro-

en un quart d’heure. Si mon contradicteur vient dire que la substitution du cytoplasme spermatique au cytoplasme ovulaire peut n’êlre que progressive, et qtfil y a, au début, dansles cellules de l’embryon, deux cytoplasmes distincts, l’un femelle, destiné à être digéré, l’autre mâle, destiné à rester seul après avoir assimilé le premier, je lui demanderai de nous montrer ces deux cytoplasmes, de nous donner des preuves de celte digestion, de cette substitution de l’un à l’autre ; et comme il ne le fera pas, je lui répéterai encore qu’il n’est pas scientifique de se retrancher derrière des hypothèses invérifiables pour éviter la démonstration d’hypothèses paradoxales.

v N’cst-il pas abusif de supposer une évolution aussi extraordinaire, quand auou n phénomène observable ne nous en montre la moindre trace? Et n’est-il pas plus simple de tirer de.t’expérience sa conclusion naturelle, savoir, que les.blaslomères se composent d’un noyau de provenance exclusivement môle, logé dans un cytoplasme de provenance exclusivement femelle (sauf la fusion dans la niasse de la minime parcelle de cytoplasme spermatique), sans nier d’àilleurs les modifications de l’un par l’autre par les échanges osmotiques qui s’opèrent entre eux; et que ce cytoplasme ovulaire, dans l’embryon mérogonique, a conservé ses qualités d’organe spécifique, basées sur sa structure physique et sa constitution chimique, puisque aucun indice ne nous montre qu’il ait, .à aucun moment, déchu au rôle de simple substance alimentaire?

« Il y a, cependant, encore une troisième manière de voir, qui consisterait à déclarer parlliénogénétique tout développement non précédé de la fusion de deux noyaux de sexe opposé, et je ne serais pas étonné que ce fût là, au fond, l’idée de mon contradicteur. Dans ce cas, il n’y a pas de doute, la mérogonie est une parthéhogénèse. Mais cela ne lui donne pas raison.

• «D’abord, je ne vois pas pourquoi cette parthénogénèse serait, plutôt mâle que femelle, puisque les deux sexes fournissent, l’un et l’autre, une partie de substance et que la subordination fonctionnelle du cytoplasme au noyau n’est pas démontrée.

« Mais passons sur ce point.

« Si l’on accepte la définition de mon contradicteur, il se trouvera qu’il y a deux sortes de parthénogénèse ; une parthénogénèse vraie, où le produit sexuel, mâle ou femelle, se développera sans rien emprunter au sexe opposé, et une parthénogénèse mâle particulière (dans le cas de la mérogonie), où le produit sexuel mâle emprunte au sexe femelle le cytoplasme de l’ovule. On aura donc réuni, sous le même vocable, deux choses fondamentalement différentes, ce qui n’a que des inconvénients. Quel intérêt y aurait-il, en effet, à définir la mérogonie une parthénogénèse? On intérêt très grand, celui défaire entrer un fait nouveau, inconnu, dans une catégorie ancienne et connue. Mais, pour que l'avantage soit réel, la condition est que les faits que l’on rapproche soient réellement semblables; dans ce cas particulier, il faudrait que la mérogonie fût semblable à la parthénogénèse vraie, non par le nom seulement, mais par l’essence du phénomène. Or, nous avons démontré qu’elle en est profondément différente. Dès lors, il n’y a qu'à rejeter l’assimilation proposée par mon contradicteur; elle n’explique rien et apporte de la confusion en réunissant des choses différentes sous une étiquette commune ».

Ainsi mes conclusions restent inébranlées, savoir, qu’il y a trois choses bien distinctes qu’il ne faut point confondre. :

1° U fécondation normale, avec union de deux éléments sexuels, mâle et femelle complets, et fusion du noyau spermatique dans le noyau ovulaire au sein du cytoplasme ovulaire.

2 La parthénogénèse, développement d’un embryon aux dépens d’ùn seul produit sexuel se développant sans le secours de celui de l’autre sexe.

3° La mérogonie, c’est-à-dire fécondation partielle, développementd’unelnbryon après pénétration d’un spermatozoïde dans un fragment do cytoplasme ovulaire dépourvu de noyau et donnant naissance à des êtres dont les cellules ont un noyau d’origine exclusivement paternelle et un cytoplasme d’origine mixte peut-être, mais presque exclusivement maternelle au point de vue quantitatif.

La mérogonie peut être définie la substitution d’un noyau mâle au noyau femelle dans le cytoplasme ovulaire. J’ai montré dans la première partie de cette notice (voy. p. 66,67), et je n’y insisterai pas de nouveau, quelle était la signification de cette substitution et comme quoi la fécondation mérogonique jetait Un jour nouveau sur la fécondation normale et permettait de l’interpréter comme étant essentiellement la substitution d’un noyau mâle suffisamment excitable au noyau femelle inerte dans le cytoplasme ovulaire. Dans la fécondation normale, cette substitution est partielle, puisque le noyau mâle s’unit à ce qui reste du noyau femelle après la maturation, c’est-àdire à 1 /4 du noyau de l’ovule primitif. Mais dans la fécondation mérogonique^ cette substitution est totale et cela permet d’expliquer le fait paradoxal auquel je fais allusion dans mon premier travail sur la mérogonie, savoir, que les œufs mérogonisés donnent une plus forte proportion de réussite que les œufs témoins normaux. C’est qu’en effet, dans la mérogonie, la substance nucléaire paternelle excitable est seule présente et n’est pas, comme dans la fécondation normale, diluée dans une masse importante de substance nucléaire femelle inerte (1).

Quant à l’utilité du noyau femelle dans la fécondation, elle n’est pas contestable, mais elle n’est pas relative au développement des organes embryonnaires. Très vraisemblablement elle consiste à fournir au descendant les avantages de l’amphimixie, c’est-à-dire de la possession de deux lignées ancestrales, avantagés dont Weismann a magistralement démontré l’importance au point de vue de la multiplicité des aptitudes évolutives et de la variation.

TBAVAUX DE PHYSIOLOGIE

Études expérimentales sur les Illusions statiques et dynamiques de direction pour servir à déterminer les fonctions des canaux demi-circulaires de l’oreille interne.

I*ai expliqué dans la première partie de eette notice (voy. p. 18 et suiv.) les considérations générales sur lesquelles est fondé ce travail, la nature de la méthode employée et les résultats généraux qu’il m’a fournis. Je ne reviendrai pas sur ces points et me bornerai ici à donner le détail des faits et les résultats partiels et successifs dont les résultats généraux sont la conclusion.

SENSATIONS ET ILLUSIONS A l’ÉTAT DE REPOS.

1. Sensations normales. — Le sujet est placé, le corps dans la position militaire, contre un mur faisant face au nord, je suppose, en face d’un repère A qu’on le prie de regarder, puis on lui bande les yeux. Si on le prie d’indiquer avec une baguette tenue bien symétriquement des deux mains la verticale ou l’horizontale antéro-postérieure ou transversale, ou si on lui dit de marcher droit devant lui perpendiculairement au mur vers le repère A, il le fait sans erreur sensible. La plupart des sujets ont cependant une erreur personnelle toujours dè mémo sens et de même grandeur pour un même individu.

2. Illusions produites par la rotation de la tété autour de son axe vertical. ~ Ap r ® s avoir enlevé un instant le bandeau de manière à permettre au sujet, replacé contre le mur, de se repérer, et remis de nouveau le bandeau, on le prie de tourner fortement la tête à gauche, par exemple vers 1 ouest. Si alors on lui dit de viser avec la baguette le repère A, il se.trompe

et vise un point trop à droite,auN.-E., 18° environ. Si on corrige la direction de la baguette, il proteste et déclare qu’on lui fait viser un point trop à l’ouest. Si on lui ôte alors le bandeau après lui avoir fait redresser la tête il est stupéfait de l’erreur de son indication et parfois croit que l’on a triché. Mais quand c’est lui-même qui a marché vers le N.-E. au lieu du N. il est bien obligé de constater que c’est lui-même qui s’est trompé. Il demande alors à recommencer l’expérience et plus il s’applique, plus il se trompe, jusqu’au moment où, guidé par l’expérience, il triche lui-même et pour désigner le nord vise un point qu’il sent être au N.-O. — L’expérience est d’autant plus concluante qu’elle a été répétée sur des ouvriers, charpentiers, maçons, habitués à juger de la direction des lignes et qui se montraient fort vexés d’une erreur aussi grossière.

Il en est de même pour le côté opposé. II semble au sujet que son corps ou l’espace extérieur a tourné et le déplacement peut être à volonté attribué au corps où à l’espace extérieur, en sorte que l’on peut dire en résumé ; £ a

« L’état de rotation de la tête, à droite ou à gauche, autour de son axe vertical-, produit une illusion sous l’influence de laquelle on estime les directions comme s’il

i. Illusions produites par la rotation de la tête 'autour de son axe antéropostérieur. — Ici la tête est inclinée sur l’une ou l’autre épaule et non plus tournée vers l’une ou l’autre épaulé. La baguette est tenue verticale et la déviation est à droite ou à gauche du plan vertical, ou horizontale dé droite à gauche et la déviation a lieu par rapport au plan horizontal. Pour que l’illusion puisse être rapportée au corps, il faut user du même artifice que pour le cas précédent et pour, les mêmes raisons. On pourrait répéter ici line formule calquée sur les deux précédentes, ce qui serait oiseux. Je préfère donner maintenant la formule générale qui résume les trois cas et qui indique eh même temps que ces illusions se produisent tout aussi bien dans toute attitude du corps autre que la verticale, dans toutes les sortes de décubitus, obliques ou horizontale.

« Lorsque le corps est vertical et que la tête est placée dans sa situation normale, les yeux étant fermés, on peut indiquer sans erreur grave toutes les directions de

l’espace. Mais si la tête se déplace par rapport au tronc, quelle que soit l’attitude

primitive du corps, cette position nouvelle détermine des illusions constantes sous l’influence desquelles le sujet porte sur les directions les mêmes jugements que si son corps et l’espace extérieur avaient éxécuté l’un par rapport à l’autre un mouvement relatif de rotation d’environ 16 ° autour du môme axe que la tête, le mou-* vement pouvant être attribué soit au corps dans le même sens que la tête, soit à

l’espace extérieur dans le sens opposé. L’erreur personnelle inhérente à certains individus ainsi que celle que produit l'iuclinaison du corps est indépendante de celle produite par le déplacement de la tête et s’ajoute algébriquement à elle, »

Siège et cause des illusions ci-dessus décrites. — Je montre ici que l’analyse des conditions mécaniques des canaux demi-circulaires ne permet pas de les considérer comme le siège de çes illusions ni des sensations normales correspondantes. Mais nous verrons que ces canaux nous donnent des indications sur les mouvements rotatoires de la tète, et l’on pourrait croire que, dans le cas actuel, ils fournissent l’illusion par un sofuvenir sensitif du mouvement opéré pour déplacer la tête. Je réfute cette objection possible en faisant prendre à la tête son attitude relative par déplacement du corps entier autour de la tête maintenue immobile. J’élimine de même la contraction des muscles du cou comme cause de ces illusions par l’expérience suivante, line bande de toile est enroulée horizontalement autour de la tête, au niveau du front, de manière à faire plusieurs tours; et le bout libre de la bande est attaché à un point fixe. Si alors on fait effort comme pour tourner la tête, les muscles du cou entrent én contraction, sans que la tête maintenuepuisse obéir et tourner. Dans ces conditions, l’illusion ne se produit pas.

Après bien des recherches, je suis arrivé à reconnaître que c’est dans la direction des regards à travers les paupières fermées et par suite dans la contraction des muscles droits de l’œil qu’il faut chercher la cause des illusions et des sensations normales correspondantes. Voici l’expérience cruciale que le démontre. Si, les yeux étant bandés et la tête restant droite, on dévie fortement les globes oculaires dans les diverses directions, on reproduit toute la série des illusions ci-dessus décrite.

Je discute les causes du phénomène, je montre gue les illusions provoqués parle déplacement de la tété proviennent de ce qüe les globes oculaires se dévient dans l’orbite concurremment ét dans le même sens, et j’arrive à c'etté conclusion finale :

« L’organe primitif des sensations statiques de direction est le toucher, qui a cédé la place à la vue après avoir fait son éducation. Concurremment avec la vue, et surtout en son absence, l’organe de ces sensations est l'appareil oculo-moteur. C’est par l’égale contraction des muscles droits que nous reconnaissons la direction de l'horizontale antéro-postérieure et par suite de toutes les autres lignes cardinalesou intermédiaires lorsque la tête est droite. C’est par la quantité de contraction des muscles droits correspondants que nous mesurons la rotation de la tête quand celleci se déplace et que nous pouvons retrouver la direction des lignes. Toutes ces illusions statiques de direction sont sous la dépendance des muscles oculo-moteurs et celles que semblent produire les déplacements de la tête sont provoquées en réalité par des mouvements concomitants des globes oculaires.

3. Sensations relatives à l’orientation du corps et illusion correspondante. — Ces expériences sont faites avec un instrument que j’ai appelé laplancheà bascule. C’est une planche un peu plus large et un peu plus longue que le corps, avec un appui-pied en bas et une partie articulée en haut à la hauteur du cou, pour permettre les inclinaisons de la tête, et fixée vers le milieu par deux tourillons lui permettant de basculer autour d’un axe horizontal transversal.

Un cercle gradué adjoint à l’un des tourillons permet de mesurer les angles.

a) Inclinaisons du corps autour de son axe transversal.

Voici le tableau qui résume les expériences.

0" (verticale). O” verticale.

.t 5 ° ( inclinaison en arrière). - i à 8» (inclinaison en avant).

+ 90 ° (horizontale).

| go» + 15° = 103 (réqv 1 + 90» J- 30» = 1-20».

+ 90" (horizontale).

+ 90»+10»=100»(renvers-enarr.).

+ 90» + 90" = 180» (verticale tête en

Les illusions provenant de l’inclinaison de la tête en avant on en arrière s’ajoutent algébriquement aux précédentes.

b) Inclinaison par rapport à un aooe antéro-postérieur. — Altitude fort incommode. — Illusions semblant correspondre aux précédentes, mais mal définies.

v i e) Rotation autour d'un axe vertical. — Pas d’illusions, toutes ces positions étant normales.

La discussion de ces expériences combinées avec d’autres portant çur les contractions de l’appareil moteur de l’œil et sur les sensations cutanées, m’ont conduit à la conclusion suivante :

« Lorsque, la tête gardant relativement au corps son attitude normale, cçlui-çi prend des attitudes diverses dans le plan de symétrie, il existe une inclinaison moyenne voisine de 60" pour laquelle on estime sans erreur son orientation. Pour les angles moindres, on se croit plus penché en avant qu’on ne l’est en réalité; pour des inclinaisons plus fortes, on se croit au contraire plus penché en arrière. L’erreur s’aecrott-lrès rapidement en approchant de l’horizontale et surtout au delà, au point que, vers 120", le sujet se croit vertical la tête en bas. — Les sensations de l’preiUe interne sont entièrement étrangères à ces sensations et illusions ; celles de l’appareil oculo-motcur tendent à les corriger partiellement. — Leur vraie cause semble être générale et résider dans les sensations musculaires et cutanées de pression, sur les surfaces de soutien et dans la tendance des viscères doués de quelque mobilité et des liquides de l’organisme (y compris peut-être ceux du labyrinthe), à se porter vers les parties les plus déclives. »

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